Encore au stade de prototype, cet engin à quatre ailes volant au-dessus de l’eau, tel une libellule, pourrait bien révolutionner le transport maritime, selon ses créateurs, de jeunes ingénieurs passionnés de voile réunis dans "Globe for you", laboratoire de recherches breton. Explications.
"Créé il y a environ deux ans et demi, le projet initial, basé en Bretagne, était d’allier sport de haut niveau et recherches basées autour de l’innovation, de la mobilité", explique Titouan Sessa, co-fondateur de "Globe for you" et ingénieur en matériau. "On reste persuadé que beaucoup d’initiatives dans la course au large peuvent être reportables sur des projets d’ingénierie".

Deux chantiers sont alors lancés, Maïna, une remorque de vélo pliable, fabriquée en France et aujourd'hui en phase de commercialisation, et l’Odonate, le premier hydravion propulsé à 100% par le vent. "C’est le premier hydravion à effet de sol, c’est-à-dire un bateau qui utilise le vent comme moyen de propulsion pour voler entièrement au-dessus de l’eau", explique Titouan. "L’Odonate, ça vient de libellule, un animal qui vole au-dessus de l’eau, à quatre ailes, comme notre engin. On a deux ailes de propulsion inclinées vers l’arrière qui vont fonctionner exactement comme des voiles de planche à voile - le vent va venir dessus et, comme une voile de bateau, va gérer une poussée vélique qui va permettre de propulser l’ensemble". Notons que ces ailes-là sont inclinées, de sorte à ce que la force générée par le vent pousse sur la dérive, ce qui permet d’éviter le couple de chavirage. Ainsi le bateau reste à plat, au lieu de pencher comme pourrait le faire un bateau plus traditionnel.





"Ensuite, on a deux ailes horizontales" poursuit Titouan, "de chaque côté du cockpit. Elles fonctionnent comme des ailes d’avion - quand on va accélérer avec les deux autres ailes, on va créer de la portance (force perpendiculaire à la direction de la vitesse, ndlr), notamment grâce à l’effet de sol. C’est-à-dire qu’à une certaine vitesse, un coussin d’air va se créer entre l’eau et l’appendice (terme générique désignant toute partie dépassant sous la coque ou la prolongeant, ndlr) ce qui va permettre de générer de la portance un peu gratuite. Et au final, grâce à cet effet-là, on va avoir besoin de moins d’énergie pour voler".
L’objectif ? Aller plus vite, en passant par les airs
L'Odonate, un concept venu de Gilles Durand qui comptait déjà à son actif plusieurs prototypes de bateaux de records de vitesse à voile. "Je l’avais rencontré sur un bateau de course" se souvient Titouan. "On avait des centres d’intérêts assez proches, le contact s’est très bien fait. C’est ainsi que l’on a commencé à travailler sur l’Odonate - il y a eu un bel engouement autour de ce projet. Peu à peu, on a réussi à trouver un peu de financement, des bénévoles pour travailler, le tout en accomplissant nos objectifs techniques".
"Sur cette base-là, on voulait trouver des solutions pour aller plus vite que tous les anciens bateaux. Les problèmes étant la ventilation et la cavitation" souligne Titouan. "Pour faire simple, à une certaine vitesse, l’eau se transforme en vapeur d’eau parce qu’il y a une grosse dépression. Donc les bateaux ne peuvent pas aller au-delà de 50 noeuds, et ce malgré des profils hyper cavitants qui visent à repousser cette limite sans pour autant éliminer cette contrainte". En clair, l’idée de l’Odonate, c’est d’aller encore plus vite. "En passant par les airs, on ne fait pas face à ces problèmes de cavitation et de ventilation, ce qui nous permet d’atteindre des vitesses plus intéressantes".

Vers un transport maritime à grande échelle ?
"Comme j’ai très vite cru au concept, on a rapidement fait des calculs de structure et créé un simulateur de vol afin d’observer le comportement théorique et physique du bateau. Après, il y a eu plusieurs petites maquettes de prototypage afin de vérifier le fonctionnement en pratique. Avec plus ou moins de réussite. […] L’idée était vraiment de commencer à construire rapidement, même à petit budget, pour avoir quelque chose à montrer et pouvoir fédérer du monde autour du projet".
Autre point important : les matériaux. L’Odonate "est essentiellement composé de carbone epoxy, le plus léger que l’on trouve actuellement sur le marché, que l’on vient tisser nous-mêmes et enrouler grâce à une machine à enroulement filamentaire. Ensuite, on vient l’imprégner, le dépoxyer, pour avoir un matériau très raide et léger".
Après plus de deux ans et demi de travail, Globe for You est récemment devenue une SAS, aujourd’hui en plein lancement. "Pour les projets non lucratifs, on a tout de même gardé une association. Mais du côté de la SAS, pour l’instant, Gilles et moi sommes associés. Antoine Wypychowski, qui a beaucoup travaillé au début bénévolement, va très prochainement être notre premier salarié. Les autres membres de l’équipe y contribuent en électrons libres mais ont, pour le moment, d’autres activités à côté”.
“Il n’y a pas d’objectif commercial sur l’Odonate. C’est plutôt un projet de recherche autour de l’effet de sol et des concepts de navigation que l’on développe, reportables à plus grande échelle, selon nous" précise Titouan. "Le but, c’est de défricher le terrain […] À l’issue de ce premier prototype-là, plusieurs scenarios sont possibles. Soit il est suffisamment intéressant pour être commercialisé - mais aujourd’hui, ce n’est pas notre but premier. Soit il est possible d’en faire une deuxième version, avec plus de budget afin d’aller, cette fois-ci, au bout de ces concepts avec les techniques de calcul et les logiciels actuels dans l’idée d’aller chercher un record de vitesse".
Après des premiers essais en mer réalisés au mois de juin, afin de tester le pilotage et le comportement de l’Odonate à basse vitesse, l’équipe de "Globe for you" retravaille sur certaines pièces, comme la dérive. Prochaine phase de tests courant automne, toujours en Bretagne. "En terme de construction navale, on a aussi d’autres idées, et d’autres projets, on a même des idées d’application des concepts de l’Odonate, pour du transport maritime plus global notamment, mais pour l’instant on ne souhaite pas trop s’éparpiller" conclue Titouan.
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