"Footing vertical", drôle de nom pour une invention qui pourrait pourtant changer la vie de milliers de personnes écartées de l’escalade parce qu’en situation de handicap, souffrant d'obésité ou tout simplement très sédentaires ou âgées. Le concept : un enrouleur amélioré capable de faire grimper tous les profils, en toute sécurité, indépendamment de leur condition physique ou mentale, grâce à un système d’assistance intelligent. Un formidable complément à la rééducation aussi, que viennent de mettre au point les deux Olympiens, champions du monde et champions d'Europe, et que vient d'adopter le réseau de salles Climb Up.
C’est à quelques heures du coup d'envoi des Jeux paralympiques que les frères Mawem ont choisi de dévoiler leur concept de Footing vertical. Une façon bien à eux de montrer comment ils ont l’intention de s’occuper, maintenant qu’ils ont officiellement pris leur retraite internationale. Pas de quoi étonner ceux qui les suivent depuis des années.
Micka et Bassa, le premier champion du monde de bloc, le second ancien recordman du monde de vitesse et 8e des derniers Jeux olympiques, n'ont jamais eu une approche autocentrée de l'escalade. Ils comptent déjà à leur actif leur propre salle de grimpe à Colmar, dans laquelle débutants et grimpeurs pro évoluent côte à côte. Sans parler de leur LFM Academy qui accompagne des jeunes dans leur projet sportif. Le Footing vertical s'inscrit donc dans la suite logique de leur parcours et arrive à point nommé. L'escalade, désormais présente aux Jeux Olympiques, va en effet faire son entrée aux Jeux paralympiques lors de la prochaine édition à Los Angeles, en 2028. C'est dans cette dynamique qu’est lancé cette innovation qui, espèrent-ils, devrait permettre de préparer de futurs athlètes paralympiques. De quoi grossir les effectifs d'une discipline qui ne compte que 1100 licenciés handisport.
"Obliger le monde de l'escalade à faire grimper tout le monde"
« Nous, Les Frères Mawem, avons décidé de mettre fin à notre parcours sportif pour nous consacrer à un projet qui nous tient à cœur : rendre notre discipline accessible à tous. », expliquent-ils. « Forts de plus de 25 ans d'expérience, nous avons vu évoluer l'escalade et souhaitons maintenant offrir à chacun la possibilité de découvrir et de pratiquer ce sport aux valeurs humaines et sportives profondes. Dans notre salle, on voulait que les personnes handicapées aient accès à la totalité de l’équipement. On pouvait les faire rentrer chez nous, mais la seule chose qu'ils pouvaient faire, c'était regarder les gens grimper. A partir de ce moment-là, on s’est dit que ce n’est plus possible (…) On va obliger le monde de l'escalade à les faire grimper « .
Leur rencontre avec un ingénieur spécialisé, Sébastien Kuehn, va leur permettre de donner corps à leurs ambitions. Ensemble, ils vont mettre au point un ingénieux système d'enrouleur doté d'un système d’assistance intelligent qui compense les efforts qu’un grimpeur handicapé ne peut plus faire par exemple. Le fruit de deux ans de recherches, possible grâce à une levée de fonds de 1175 k€ réunis en moins de deux mois.
"Un peu comme le vélo électrique, si tu ne fais rien, la machine ne fait rien non plus"
Une innovation très convaincante si l’on en croit le témoignage de Guillaume Janin, ancien triathlète reconnu, victime d'un accident de VTT il y a six ans qui l’a laissé tétraplégique et sans espoir de renouer avec le sport. « C'est un peu comme les vélos à assistance électrique », dit-il . « Si on ne pédale pas, ça ne marche pas. Et bien là, ça fonctionne exactement pareil. Je suis obligé de choper la prise et de pousser dessus pour que la machine me monte vers le haut. Si je ne fais rien, la machine ne fait rien non plus. Et ça me demande un effort physique qui est vraiment sympa, mais tout en étant acceptable vu ma situation ».
Car cette machine est plus qu'un treuil. Grâce à de multiples capteurs et des centaines d'heures de recueil et d'analyse de données, elle comprend les mouvements des grimpeurs et adapte son niveau d'assistance selon leurs particularités et leurs besoins. Certaines pathologies font qu’il faut beaucoup de temps pour passer d'une prise à l'autre alors que chez d'autres personnes elles peuvent aller vite, mais elles ont plus de mal à les attraper à les serrer. Donc ici, avec tous ces paramètres, on est en capacité de s'adapter pour que la personne ait vraiment une expérience qui colle à ses capacités. Le système garantirait en outre une sécurité totale, selon les concepteurs. Il comprend notamment une fonction anti panique, un délestage adapté et contrôlé fournissant une gravité « lunaire ».
Une rééducation ludique et variée
De quoi rassurer Camille, l’une des ambassadrice du Footing vertical. Il y a trois ans, sa vie bascule lors d’un accident de gymnastique artistique qui la prive de l’usage de sa jambe droite, cependant qu'une pathologie affecte sa vue. Le sport ne semble plus qu’un rêve pour elle. « Heureusement que mon médecin du sport ne m’a pas lâché », raconte-t-elle. « Il m’a fait le plus beau des cadeaux en me proposant de participer à un projet à l’escalade qui me permettrait de grimper. Il m’a donné un temps de réflexion, je ne sais pas pourquoi mais à ce moment là je lui ai répondu : c’est déjà tout réfléchi, j’ACCEPTE ! « (…)
Il y a eu cette magnifique rencontre avec l’escalade et toute une équipe qui m’a accueillie à bras ouvert sans jugement sans différence et surtout à l’écoute. Je n'avais jamais vécu ça. Une nouvelle vie sociale, une mentalité sereine, ils répondent toujours présent. J’ai tout de suite chopé le virus de la grimpe (…) J’ai enfin trouvé mon sport. Cela m’a permis de fermer une porte et d’en ouvrir d’autres. Pour la perspective rééducative, le Footing vertical est une révolution de mon point de vue. C’est avec enthousiasme et non en reculant que je me rends à mes séances entourées de mon coach consciencieux, compréhensif et constamment dans une bonne atmosphère, sans oublier de travailler bien sûr ! C’est une rééducation adaptée, personnalisée, ludique et variée. Je n’ai jamais eu une rééducation pareille ! J’ai commencé par 1 séance puis 2 puis 3 et aujourd’hui, c‘est 1 séance par semaine. J’ai enfin pu sortir la tête de l’eau ! «, conclut-elle.
Déjà adopté par Climb Up, premier réseau de salle d'escalade en France, l’équipement du Footing vertical - harnais inclusif C.H.A.S, enrouleur et contrôleur B.A.S.S - devrait être commercialisé à compter d'août 2025. Il est actuellement en précommande.
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