Prévus pour protéger la tête des fractures à des vitesses allant de 25 à 30 km/h maximum, les casques de ski n’empêcheraient pas l’apparition de traumatismes crâniens lors de chocs plus rapides, nettement plus fréquents aujourd'hui, alerte Dominique Pioletti, directeur du Laboratoire d'Orthopédie Biomécanique de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Explications.
Sur les pistes, les blessures se multiplient en cette période de vacances scolaires. La faute à la douceur des températures qui alourdit la neige. "Ce qui est assez impressionnant, c'est le nombre de fractures du col du fémur chez les personnes jeunes" souligne Jean-Jacques Banihachémi, chef des urgences traumatologiques à l'Hôpital Sud de Grenoble, au micro de France Bleu Isère. "On a aussi beaucoup de fractures du genou et des fractures de jambe en augmentation. En ce qui concerne les membres supérieurs, les fractures de l'épaule et du poignet prédominent".
Lourd à gérer mais rien d'inhabituel pourtant pour les soignants. Chaque hiver, on dénombre ainsi en moyenne de 130 000 à 140 000 blessés en stations, selon un rapport des Domaines Skiables de France publié en décembre 2021. Parmi eux, plus d'un quart de blessures à la tête, dont les traumatismes crâniens (3% des accidents de ski), souligne l'Observatoire d'accidentologie des sports d'hiver publié en 2020 par l'Association des médecins de montagne. On ne le répètera donc jamais assez : le port du casque est indispensable afin de minimiser les risques, chez les enfants comme chez les adultes. Reste à savoir si les équipements disponibles sur le marché français sont encore adaptés aux pratiques actuelles.
S’ils protègent bien des lésions légères, il semble que des améliorations s'imposent. Les casques de ski commercialisés en Europe sont prévus pour des vitesses allant de maximum 25 km/h, selon les normes EN1077 (Europe) ou de 30 km/h, selon les normes RH2013 (norme américaine correspondant aux standards demandés par l'ESF et le FIS). Or ils ne seraient plus suffisamment adaptés à notre façon de skier, apprend-on sur la RTS. "Avec l’arrivée du ski carving (une pratique du ski qui consiste à ancrer les carres de ses skis dans la neige, en appliquant une forte pression sur le ski aval), on skie en moyenne à 45 km/h. Et cela, sans forcément maîtriser complètement la technique" précise le média suisse. La faute à des skis plus performants et à des pistes mieux préparées - la neige artificielle, plus dure, entraînant des traumatismes crâniens plus violents lors de chutes.
"On ne peut que recommander la plus grande prudence aux skieurs"
"Les tests sont faits sur une accélération linéaire" détaille Dominique Pioletti, directeur du Laboratoire d'Orthopédie Biomécanique de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). "Lors d'un choc en ligne droite avec un poteau, notre tête va tourner très rapidement. C'est ce mouvement de rotation qui va induire des lésions cérébrales […] Si on considère que l'œuf est la tête, la coquille serait l'os et le jaune et le blanc seraient le cerveau. Si l'on tourne rapidement l'œuf, le jaune et le blanc vont également tourner mais pas à la même vitesse. À l'interface entre le jaune et le blanc, on va avoir du cisaillement. C'est ce qui va se passer lors d'une rotation rapide du cerveau suivant un choc, il va y avoir une sorte de déchirement des neurones".
Des recherches, visant à minimiser cet effet de rotation, sont actuellement en cours - les premiers prototypes de casque de ski intégrant cette donnée devraient être testés d’ici trois à quatre ans. "Les normes actuelles ne répondent plus aux situations des accidents qu'on voit tous les jours" précise le chercheur. "C’est difficile de changer des normes une fois qu'elles sont établies. […] On est arrivé à une situation où les vitesses sont beaucoup trop élevées par rapport aux protections proposées et on ne peut que recommander la plus grande prudence aux skieurs". Pas question donc de renoncer au casque pour autant puisque ce dernier protège toujours d’un grand nombre de lésions.
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