Après la controverse sur la construction d'une cinquième retenue collinaire destinée à assurer la pérennité de la station en mal de neige, voici que La Clusaz est au cœur d'une nouvelle affaire qui fait déjà beaucoup de bruit. Depuis au moins 2014 la commune savoyarde a pompé l’eau d’une source pour fabriquer de la neige artificielle, et ce sans aucune autorisation, selon un article de Blast qui s’appuie sur une enquête judiciaire de l’Office français de la biodiversité (OFB). Un scandale qui tombe plutôt mal à l’heure où la station est en première ligne dans la candidature française pour l’accueil des JO d’hiver de 2030.
De quoi s’agit-il ?
Juillet 2022 : la Haute Savoie traverse un épisode de sécheresse. Des restrictions interdisent l’arrosage. Et pourtant, La Clusaz continue d’arroser ses jardins en puisant dans la retenue du Lachat. Intrigués, les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) remarquent alors que cette retenue est toujours alimentée en eau. A l’issue d’une enquête judiciaire, Ils découvrent alors un dispositif secret, dont Blast révèle aujourd’hui tous les détails.
Au moins un captage d’eau illégal est visé, mais trois autres prélèvements irréguliers ont été constatés sur l’ensemble des retenues de la commune pour alimenter ses pistes. Aucun d'entre eux n’a jamais été mentionnés sur les plans d’aménagement. Des prélèvements illégaux que la commune aurait pu dénoncer à plusieurs occasions.
Comment ce dispositif fonctionnait-il ?
« La commune a mis en place un système souterrain illégal pour capter l’eau de la source du Lachat, la diriger vers un local étiqueté « neige de culture », puis la pomper vers la retenue.(…) « Il s’agit d’une installation complexe caractérisant le fait qu’une réflexion poussée et des investissements importants ont été mis en œuvre par la commune », constate le procès-verbal de l’OFB.
Quel est le volume d'eau concerné ?
« Construite en 2000, la retenue du Lachat est destinée exclusivement à produire de la neige artificielle. Si les prélèvements illégaux ont pu commencer dès sa construction, ils n’ont été enregistrés qu’à partir de 2014 avec l’installation d’un compteur. (…) De 2014 jusqu’en juillet 2023, date de la fermeture définitive du dispositif de prélèvement, 135 108 m³ d’eau ont été siphonnés illégalement. Malgré l’engagement de la commune à ne plus prélever d’eau après l’intervention de l’OFB à l’été 2022, La Clusaz a encore capté 5 020 m³ supplémentaires en 2023. », selon Blast.
Comment a réagi la municipalité de la Clusaz ?
« Au cours de l’enquête judiciaire lancé par l’OFB, la mairie s’est montrée incapable de fournir un plan détaillé de la retenue ». Pire, l’adjoint en charge de la gestion des retenues collinaires avouera ne pas avoir une connaissance suffisante du fonctionnement des installations de prélèvement de la retenue… ce qui lui permettrait de se dégager de toute responsabilité. Des arguments qui n'ont pas convaincu les enquêteurs qui ont conclu à une « méconnaissance volontaire des prescriptions réglementaires de l’arrêté d’autorisation de la retenue du Lachat et la volonté manifeste de n’en prendre aucune ».
Que risquent les responsables ?
Des amendes pénales de 5e classe (1 500 euros) pourraient être appliquées à l’adjoint en charge de la gestion des retenues collinaires et à La Clusaz pour « non-respect du projet fondement de l’autorisation ou de la déclaration d’une opération nuisible à l’eau ou au milieu aquatique » et pour « exercice d’une activité nuisible à l’eau ou au milieu aquatique sans respect des prescriptions de l’arrêté d’autorisation des arrêtés complémentaires ». Pourrait s’y ajouter également jusqu’à 75 000 € d''amende pour « exploitation sans autorisation d’une installation ou d’un ouvrage nuisible à l’eau ou au milieu aquatique ».
Quel est l’impact écologique de ces prélèvements illégaux?
Faute de l’étude d’impact qui aurait dû être menée si ces prélèvements avaient été déclarés, les dégâts provoqués pendant 23 ans sont impossibles à mesurer. Mais il est certain que cet accaparement de l’eau, intervenant en période de sécheresse, a bouleversé les milieux naturels durablement en accélèrant le phénomène de déficit hydrique et en accentuent l’ampleur
Quelle est la situation aujourd’hui ?
Si le prélèvement illégal sur la source du Lachat est aujourd’hui enfin stoppé, selon Blast, « des captages irréguliers ont également été découverts en mai, puis juillet 2023 par l’OFB sur les trois autres retenues exploitées par la commune haute-savoyarde. Ceux-là aussi ont été fermés, affirme la collectivité. » qui considère qu’il « n’y a plus de sujet. Nous sommes en médiation avec l’OFB et des mesures correctives ont été prises. ».
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