On espérait son retour sur les ultra les plus relevés. On l’attendait au détour suite à son départ de Salomon et on spéculait sur le lancement de sa propre marque. C’est peu dire que Kilian avait un peu de pression cette année ! Pas de quoi le déstabiliser pour autant si l’on en juge par ses performances et par l’interview accordée à Outside. Au contraire, c’est plutôt serein que « le boss » semble aborder 2023.
Souvenez-vous. À l'aube de la saison 2022, Kilian Jornet n'avait pas participé à un ultra depuis 2018, année où une réaction allergique due à une piqûre d'abeille le contraignait à abandonner en plein UTMB. Dans les années qui ont suivi, le trailer, aujourd'hui âgé de 35 ans, a eu deux enfants avec sa compagne, l'ultra-runneuse suédoise Emelie Forsberg, et a lancé sa propre marque de chaussures et de vêtements de trail-running, NNormal. Devenir père et monter sa société ne semblent pas l’avoir ralenti pour autant : le plus grand coureur de tous les temps a commencé la saison par une victoire au Tjörnarparen Trail Ultra, une course de 100 miles en Suède, avant d’enchaîner un doublé audacieux : remporter la Hardrock 100 ET l'UTMB, en se payant au passage le plaisir d’établir deux nouveaux records sur ces deux épreuves. C’est ce qu’on appelle une année bien remplie, que le Catalan commente ici pour nous.
Kilian, après quelques années à t’aligner sur des courses courtes, on a t’a vu à nouveau sur plusieurs 100 miles en 2022. Était-ce une pause prévue ?
KILIAN JORNET : En 2019, je voulais me concentrer sur des distances plus courtes, notamment les Golden Trail Series et une expédition sur l'Everest. En 2020, je voulais passer du temps avec ma famille. Et, pour essayer quelque chose de différent, je me suis surtout entraîné sur route. En 2021, j’ai mis l’accent sur un voyage dans l'Himalaya et sur la rapidité sur de courtes distances, en particulier le kilomètre vertical.
Ton partenariat de longue date avec Salomon a pris fin l'année dernière. Qu'est-ce qui t’a convaincu qu'il était temps de lancer ta propre marque ?
J'ai toujours été un geek en matière d'équipement. J'avais dans l'idée de développer quelque chose moi-même depuis quelque temps déjà, mais c'était plus un rêve qu'un projet. Puis, l'année dernière, par l'intermédiaire d'un ami commun, j'ai rencontré la famille Fluxá, propriétaire des chaussures Camper. Je leur ai dit que je voulais faire quelque chose dans le domaine de l'outdoor. Dès la première conversation, nous avons constaté que nous partagions les mêmes valeurs et la même vision en matière de responsabilité sociale et environnementale. À partir de là, tout est allé très vite. Je suis très reconnaissant à Salomon pour toutes ces années passées ensemble, pour son soutien et pour ce que nous avons fait, mais il était temps de faire quelque chose de différent.
Comment est née l'idée de NNormal ?
Nous avons pensé que la meilleure façon de mettre en œuvre nos idées - en termes de produits, de marketing et de responsabilité d'entreprise - était de créer notre propre société. L'avantage de cofonder une société, c’est que tu n'as pas à répondre à des actionnaires à la fin de l'année, ce qui te permet de développer ta mission sans aucune pression. Bien sûr, tu veux qu'elle soit économiquement viable, mais tu peux toujours placer les valeurs du produit et de l'entreprise au premier plan.
Avec l'explosion de la popularité de l'ultrarunning, penses-tu qu'il y aura davantage d'athlètes professionnels dans un avenir proche ?
Au cours des cinq dernières années, j'ai vu beaucoup plus d'athlètes devenir professionnels – et ils ne font pas que survivre, ils gagnent un bon salaire. De plus en plus de marques créent des équipes dotées de gros moyens. Je pense que cela va continuer, et j'espère que cela contribuera à aller vers plus d'égalité et de diversité. Dans beaucoup de grandes compétitions, les femmes sont moins nombreuses que les hommes, or beaucoup de sponsors sont des marques occidentales. À cet égard, les marques ont un grand rôle à jouer, non seulement en matière d'égalité des chances au niveau du soutien financier, mais aussi en matière de marketing et de communication.
De nombreuses marques d’équipement outdoor affirmentent, elles aussi, que protéger l'environnement fait partie intégrante de leur leur philosophie. Comment NNormal compte-t-elle relever ce défi ?
Chez NNormal, nous voulons nous concentrer sur la durabilité. Cela signifie fabriquer des produits qui fonctionnent bien, pendant longtemps, et qui sont faciles à réparer. Ils doivent également avoir une « durabilité émotionnelle », qu'on les trouve beaux aujourd'hui mais encore dans cinq ans. Nous voulons créer des collections intemporelles, qui ne soient pas conçues en fonction des tendances saisonnières. Par ailleurs, il est important d'avoir des normes strictes en ce qui concerne l'empreinte environnementale des matériaux et le processus de production. Plus important encore, nous voulons baser notre modèle économique non pas sur la surconsommation, mais sur la recherche de moyens permettant d'être économiquement durables.
Il est de notoriété publique que le marché de la chaussure de course est très concurrentiel. Qu'est-ce qui te rend optimiste quant à la réussite de NNormal ?
La première chose à faire est de définir la notion de succès. S'agit-il de vendre beaucoup ou d'avoir un produit de qualité ? Nous disposons d'une excellente équipe de développeurs - nous avons Camper, dont l’expérience en matière de chaussures et de confort n’est plus à prouver, et nous avons un groupe très talentueux maîtrisant parfaitement les contraintes de la performance. Pour notre premier modèle, la Kjerag, nous voulions faire quelque chose qui soit performant sur différents terrains et sur différentes distances. Je pense que notre approche de la durabilité, du confort et de la polyvalence séduira de nombreux athlètes. Mais nous verrons bien ce qu’en pensent nos clients.
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