Du café, des bonbons et une dose de bonne humeur, voilà comment la plus grande ultratraileuse de tous les temps entretient sa passion pour la course à pied et s’impose sur tous les podiums. Une recette qu'elle va tester une fois de plus ce vendredi 14 juillet au cours de son 2e gros challenge de la saison, la Hardrock, 100 miles mythique organisé dans le Colorado.
Dans l'univers du running où règnent en maître les trackers et les plans d’entrainement les plus sophistiqués, l'ultramarathonienne Courtney Dauwalter fait figure d’OVNI. Car pour l’Américaine, le secret, c’est de faire simple. Et, à voir son palmarès éblouissant, elle a sans doute raison.
Originaire du Minnesota, l'athlète s’est découvert une passion pour la course à pied dès l’enfance. "J'ai commencé à courir à l'école primaire, on devait faire le test du mile (1,6 km) pour le cours de gymnastique", dit-elle. "Je me souviens que j’avais adoré ça. J'aimais vraiment ce que je ressentais en courant, et j'adorais essayer de me dépasser autant que je le pouvais." En 1997, cette passion évolue lorsqu'elle rejoint l'équipe de cross-country de son lycée. "La course à pied s'est alors enrichie d'une dimension sociale qui m'a fait tomber encore plus amoureuse de cette pratique ", dit-elle.
Mais comme le savent de nombreux coureurs, il est facile de perdre de vue le plaisir de courir sous la pression des records et de consacrer beaucoup d’énergie à cumuler tous les data possibles et imaginables. Pas le genre de Courtney ! Contrairement à de nombreux coureurs d'endurance, elle n'utilise pas Strava, ce qui ne l’empêche pas de penser que c'est un outil formidable… pour les autres.
Après avoir battu le record de la Western States cette année, Courtney Dauwalter, considérée aujourd’hui comme la meilleure coureuse d'ultra féminine au monde, affirme avoir trouvé le succès en restant fidèle à ses racines et en adoptant une approche très simple de l'entraînement. Elle n'a plus de coach depuis l'époque où elle faisait du cross-country au lycée. Sa stratégie comprend un plan d'entraînement flexible qui prévoit des jours de repos, des sorties spontanées et un état d'esprit qui se concentre sur la joie du mouvement. "Je pense qu'il est important de rester en contact avec la raison pour laquelle vous aimez courir", explique-t-elle.
Son approche est totalement atypique. Mais au fond ne devrait-elle pas être la règle pour tous ? Car elle a incontestablement porté ses fruits, l’athlète affichant des performances impressionnantes. Mais sa réussite ne se mesure pas seulement en termes de podiums et de chronos. Pour elle, la course à pied est le moyen d’être plus proche de la nature et de ceux qui partagent son amour pour cette discipline. Alors que nous continuons à naviguer dans les complexités de la culture moderne du fitness, peut-être pouvons-nous apprendre quelque chose de l'approche de Courtney Dauwalter. En embrassant la joie enfantine de la course à pied et en simplifiant notre approche de l'entraînement, nous pourrions découvrir que le mouvement peut être tout simple synonyme de plaisir et porteur de sens.
Mais, concrètement, que fait donc cette athlète ? Pour résumer, on peut dire que sa philosophie tient dans deux principes.
Prendre les choses comme on les sent… une fois avalé un bon café
Contrairement à beaucoup de ses pairs, Courtney n’a pas un plan d'entraînement très rigide et elle n'est pas obsédée par les détails. "Tous les matins, après le café, je décide de ma course du jour en fonction de l'état de mon corps et de mon cerveau", explique-t-elle. "Ce peut être une longue sortie sur l’un de mes sentiers préférés ou l'ascension d'un sommet tout près de chez moi ( elle habite dans le Colorado, ndlr) à moins que je sente que c’est la journée parfaite pour faire du dénivelé ou des intervalles. Et certains jours, j’avoue que je ne sais pas vraiment ce que je vais faire avant de quitter la maison et de laisser mes pieds choisir l'itinéraire." Ses sorties quotidiennes durent généralement entre deux et quatre heures et, même à l’approche d’une compétition, elle décide de son entraînement en fonction de ses sensations physiques et mentales du moment.
"Il y a tellement de façons de s'entraîner, de se faire plaisir et d'atteindre ses objectifs en matière de course à pied. Avoir un plan d'entraînement, utiliser des appareils et analyser des données, ou ne rien faire de tout cela, sont autant d'options intéressantes", explique-t-elle. "Je pense que tout dépend de la personne et de la façon dont chacun trouve du plaisir. Mais je pense aussi qu'on peut sans problème laisser de temps en temps sa montre à la maison et sortir pour aller courir en écoutant son corps sans se soucier des données."
Son approche générale lui permet donc de se concentrer sur l'expérience plutôt que sur les résultats. Mais si elle s'entraîne pour une course avec beaucoup de dénivelé, elle intégrera plus de sorties en montagne dans son programme. Au fil des ans, l'athlète s'est efforcée de rester à l'écoute de ses émotions et de ne pas prendre pas les choses trop au sérieux. Elle aborde son entraînement de manière ludique, ce qui lui permet de rester motivée et engagée.
L'approche joyeuse et insouciante de Dauwalter à l'égard de l'entraînement est l'exact opposé de ce que l'on pourrait attendre d'un athlète de classe mondiale. Plutôt que d'être obsédée par les mesures du sommeil et les biomarqueurs, elle garde sa routine flexible et écoute son corps. Elle ne se prend pas trop la tête avec son régime alimentaire non plus et opte plutôt pour ce qui lui plait ou ce qui est le plus pratique. Parmi ses plats préférés figurent les nachos, les crêpes, les oursons en guimauve, les Snickers et la bière !
"Je vais presque toujours courir sans plan structuré. Je porte généralement une montre qui peut m'indiquer des données, mais je ne la regarde pas pendant ma course", a déclaré-t-elle. "C'est lorsque je laisse mes pieds me guider que j'éprouve le plus de plaisir. Sans plan prédéterminé, elle a appris à se mettre à l'écoute de son corps, à réagir en conséquence et à ne pas négliger les symptômes ou les signes qui l'incitent à changer de cap. Pour Courtney, il est essentiel d'apprécier l’ensemble du processus. Elle obtient de meilleurs résultats, dit-elle, lorsqu'elle ne se focalise pas trop sur un élément de la course. La flexibilité de son entraînement lui permet de garder un regard neuf sur la course et d'en tirer du plaisir.
Oublier un peu tous les gadgets
"Parfois, nos gadgets nous empêchent de profiter pleinement de la course", dit-elle. "Les gadgets sont cool, mais la simplicité de la course à pied l'est tout autant". Et quand sur un ultra elle entre dans le dur et que les choses deviennent vraiment difficiles ce n’est pas vers sa montre qu’elle regarde, mais dans son "classeur" mental dans lequel elle puise des blagues qu’elle se raconte ! Même simplicité dans son approche de la respiration pour cette athlète qui pratique des exercices de pleine conscience pour se concentrer et garder son calme sur les sentiers.
Le style intuitif de Dauwalter ne convient peut-être pas à tout le monde, mais son approche peut certainement apporter une autre façon d’envisager la course à pied et la compétition. Son état d'esprit, basé sur une moindre intensité nous rappelle que le running peut être aussi simple que d'enfiler ses chaussures et de sortir. "Courir dans la nature, écouter le bruit de sa respiration et de ses pas, en suivant le sentier à l'allure qui vous convient le mieux ce jour-là, voilà, c’est tout, et ça suffit ", résume-t-elle. En ce qui me concerne, "j'essaie de courir ainsi le plus souvent possible. »
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