Première avec près de 80 minutes d’avance sur Ellie Greenwood, détentrice du record féminin depuis 2012. Sixième au scratch, juste devant Mathieu Blanchard, premier Français sur ce 100 miles mythique extrêmement exigeant. L’Américaine de 37 ans défie une fois de plus tous les pronostics et confirme, s’il le fallait, qu’elle est la meilleure ultratraileuse de l'histoire. Une performance que saluent tous ses pairs, à commencer par Kilian Jornet.
Bien sûr on surveillait de près ce week-end Hayden Hawks et Tom Evans, donnés pour favoris, sans parler de Mathieu Blanchard, dont c’était la première participation à la Western States, mais pour sa 50e édition, ce trail de 100,2 miles (environ 160 km, 5514 D+, 7001 D-) tracé dans la chaîne de montagnes de la Sierra Nevada, aux Etats-Unis, c’est du côté des athlètes féminines que sont arrivés la surprise et le record. Et non des moindres !
En franchissant hier matin, dimanche 25 juin, la ligne d’arrivée à Auburn, près de Sacramento, après 15 heures, 29 minutes et 33 secondes de course, l’Américaine a laissé loin derrière katie Shilde (16:43:45) et pulvérisé de 78 minutes le temps de référence féminin détenu depuis 2012 par la Ellie Greenwood (16:47:19) ! «Probablement l’une des meilleures performances féminines jamais vues en Ultra-trail», a salué Kilian Jornet Twitter en connaisseur, il a remporté l’épreuve en 2011.
Waaaahoaaa!!! What did you do Courtney! 👊 https://t.co/QxuQPIx4yz
— kilian jornet (@kilianj) June 25, 2023
Mais ceux qui ont suivi la Diagonale des fous en 2022 ne s’en étonneront sans doute pas. En octobre dernier, la championne avait remporté haut la main la victoire féminine et frôlé le podium au scratch en s’imposant à la 4e place. Du jamais vu. Ce faisant, cette année-là, elle devenait la première femme à remporter les quatre courses majeures du circuit mondial (l’UTMB 2019 et 2021, la Hardrock 2022 et (déjà !) la Western States 100 en 2018. Chez les hommes, seul Kilian Jornet a réussi cet exploit.
Aussi au départ vendredi dernier, les athlètes masculins les plus lucides savaient qu’ils avaient du souci à se faire avec le retour de Courtney sur la Western States. Questionné sur ses rivaux potentiels, Mathieu Blanchard nous confiait d’ailleurs : « Et puis il y a Courtney, elle est très affutée. Je n’aime pas la voir sur une course, car à la moindre défaillance, elle te croque ! Ce n’est jamais agréable pour un garçon bien entrainé de se faire rattraper, mais il faut être capable de l’accepter ! ». Beau joueur le Français, arrivé 7e au scratch après Courtney, et 6e au palmarès masculin en 15:37:02, a salué lui aussi la performance. Quant à l’ex militaire britannique Tom Evans, arrivé en 14:40:22, qui a remporté la course côté masculin, nul doute qu’il a gardé un œil sur Courtney… you never know !

Autant dire que dans trois semaines, au départ de la Hardrock100, course qu’elle a déjà remportée en 2022, tous les yeux seront braqués sur Courtney car cette année, elle s’est donné un nouvel objectif : réussi le doublet Western States/Hardrock. Ne reste plus depuis hier que la Hardrock, que l’Américaine devrait aborder avec son éternel sourire et son flegme légendaire. A l’issue de la Western States l’année dernière, l’invincible Courtney nous expliquait en effet que ses performances tenaient peut-être à son approche très relax de l’entraînement et de la compétition. Une interview que nous reproduisons ici intégralement pour l’occasion.
Les secrets de la victoire, par Courtney Dauwalter
1. Ne soyez pas obsédé par votre course
Courtney Dauwalter a toujours excellé dans des courses plus lentes et plus montagneuses que la Western States. Aussi était-elle en territoire moins familier en juin 2018 pour ce rapide trail de 100 miles gagné généralement bien en dessous des 16 heures (contre 17 ou 18 heures pour le trail américain Run Rabbit Run par exemple). Mais pour autant l’Américaine n’avait pas réfléchi à un plan d’entraînement spécifique pour la Western States. « J’ai juste continué à faire ce qui avait toujours fonctionné pour moi », explique-t-elle. Elle admet d’ailleurs ne pas avoir de calendrier d’entraînement bien établi. « Je lace mes chaussures et je vois où mes jambes me portent ce jour-là, dit-elle. « Sur certains tronçons du sentier j’accélère, avec des intervalles informels, ce n’est pas très structuré tout ça ». Courtney se laisse ainsi la liberté de prendre une journée de repos, d’interrompre sa course lorsque son corps en a besoin, ou d’aller plus loin lorsqu’elle se sent bien, sans se sentir coupable d’avoir modifié son plan.
Une philosophie qu’elle a conservée jusqu’au jour de la Western States. Ainsi, beaucoup d’athlètes passent les jours qui précèdent le départ à étudier leurs allures et à revoir leur stratégie. Courtney, elle, a joué aux cartes avec son équipe. « Je ne voulais pas me lancer dans la course épuisée mentalement, à gamberger sur les autres coureurs », dit-elle. A son habitude, elle a pris le départ sans aucune stratégie. « J’aime voir comment la journée se déroule », dit-elle, « et faire ce qui me semble confortable et naturel. »
2. Concentrez-vous sur vous-même, pas sur les autres.
Avant la course, Dauwalter a reçu des tas de conseils sur la meilleure façon de se préparer aux températures extrêmes auxquelles elle devait s’attendre : séances de sauna, entraînement en survêtement … Elle a bien essayé quelques séances de sauna, mais en est sortie « vidangée et détruite ». Elle s’est donc tournée vers d’autres méthodes. « Je suis plutôt douée pour écouter mon corps », dit-elle. La traileuse a enchaîné quelques courses l’après-midi dans la chaleur du Colorado, mais elle a surtout travaillé son mental. « Je me suis simplement concentrée en me disant que oui, cette journée allait être chaude et que tout allait bien se passer », dit-elle. « La chaleur n’allait pas gâcher ma journée, parce que je n’allais pas la laisser faire. »
3. Acceptez ce que vous ne pouvez pas contrôler
Courtney Dauwalter savait qu’elle ferait face à beaucoup de variables inconnues le jour de la course, notamment un peloton de femmes rapides et expérimentées avec lesquelles elle n’avait jamais courues auparavant: Stephanie Howe Violett, Kaci Lickteig, mais aussi la phénoménale Australienne, Lucy Bartholomew, 22 ans. Toutes de redoutables championnes qui s’étaient déjà illustrées à la Western States. Courtney a donc décider de ne pas se préoccuper des éléments qui lui échappaient. « Je n’avais aucun contrôle sur la façon dont la journée pouvait se dérouler pour quelqu’un d’autre que moi « , dit-elle. « Je devais juste être prête à réagir. »
Quand elle a doublé Lucy Bartholomew à environ 55 miles de l’arrivée et qu’elle a pris la première place, Courtney est devenue un peu nerveuse. La peur lui dictait de réagir à la menace de l’ensemble du peloton féminin maintenant derrière elle et d’augmenter son alllure, mais Dauwalter savait que cela ne la mènerait qu’à l’explosion.
« S’il était dit que je devais me faire rattraper, et bien, ça arriverait « , raconte-t-elle. « Mais avant, j’allais leur en faire baver ! » Pour ce faire, elle devait contrôler tout ce qui était en son pouvoir : manger, garder son rythme, rester calme. « J’ai fait des pauses aux postes de secours, j’ai veillé à bien gérer mes calories et à courir efficacement mais sans aller trop vite pour éviter l’explosion.
4. Continuez, gardez votre but en tête, c’est tout
Lors de sa première tentative d’un 100 miles, en 2012, Courtney a fléchi au soixantième. Elle souffrait et ne comprenait pas encore que ce « coup de mou » passe si on attend. « Ne pas finir cette course m’a challengée « , dit-elle. L’année suivante, elle s’est inscrite à un autre trail de 100-miles et a passé les douze mois suivants à se préparer mentalement à ne pas abandonner. Résultat, elle est arrivée deuxième à la Superior Fall Trail Race 100 et surtout elle a repris confiance : ses jambes savaient continuer à courir, même en cas de douleur intense.
Au départ de chacune de ses courses, Courtney Dauwalter a profondément ancré en elle une confiance absolue dans les capacités de son corps, assortie d’une farouche détermination. « Avancer est le seul moyen d’arriver à la ligne d’arrivée », rappelle-t-elle. « Tu peux le faire si et seulement si tu décides qu’il n’y a aucune excuse valable pour te faire arrêter. »
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