Entre 70 et 90% des coraux sont voués à disparaître, même si le réchauffement climatique était limité à 1.5°C, selon un rapport du GIEC. La découverte, par des plongeurs français, d'un corail réfugié à -172m laisse envisager la possibilité de leur survie et d'une recolonisation des récifs de surface qui se meurent. Un immense espoir pour les océans.
Le 4 avril 2019, en Polynésie française, trois plongeurs de l’expédition française “Under The Pole III” ont repéré un spécimen de Leptoseris hawaiiensis, un corail mésophotique (qui vit avec peu de lumière) à 172 mètres sous la surface. "Cela faisait plus de 40 ans que j'attendais ça", s’enthousiasme Michel Pichon, expert de renommée mondiale des récifs coralliens et de leur identification en particulier. "Et ce n'est pas une anomalie, il existe une population de coraux qui vit à ces profondeurs !"
“Il ne sera jamais plus possible de parler des récifs coralliens sans considérer cette vie dans les profondeurs comme pouvant constituer un radeau de sauvetage pour les récifs de surface”, explique Laetitia Hédouin, chargée de recherche au Criobe (Centre de Recherche Insulaire et Observatoire de l’Environnement), un laboratoire du CNRS spécialisé dans l'étude du corail. “Ils représentent aujourd’hui un vrai espoir pour restaurer les récifs via un apport de larves pouvant venir recoloniser la surface. Sans ces récifs profonds, les chances de survie des récifs sont très faibles face aux modifications sans précédent que subit la planète.”
Cela faisait depuis le mois de juillet dernier que les plongeurs de l'expédition UTP III écumaient les fonds marins de diverses zones de Polynésie française pour étudier ces coraux mésophotiques, des espèces connues en surface aussi mais dont certains spécimens particulièrement résistants vivent entre 30 et 150 m de profondeur dans un milieu plus hostile, dans le cadre d’un programme de recherche baptisé DeepHope, monté en partenariat avec le Criobe.
“C’est une découverte totalement opportuniste, explique Ghislain Bardout, plongeur en chef et cofondateur d’UTP III. À cet endroit, situé dans l’archipel des Gambiers, au sud-est de Tahiti, on avait entamé les protocoles scientifiques que l’on applique de manière systématique à 120 mètres de profondeur. Quand on a constaté une diversité corallienne inédite, ça nous a mis la puce à l’oreille… On est descendu plus bas, à 140 mètres, et on y a trouvé des coraux énormes. On a continué tant qu’il y en avait, passant en plongée très profonde. On s’est arrêté à 173 mètres, et en se retournant, devant nous, il y avait un corail. On l’a prélevé, ainsi que deux autres. C’est comme ça que ça s’est fait, tout simplement.”

Dans les faits, ce n’est pas si simple que ça. Les plongées aussi profondes sont périlleuses et réservées à des équipes parfaitement préparées. “On utilise des propulseurs, des espèces de torpilles sous-marines qui permettent d’avancer beaucoup plus rapidement, et on a pas loin de 100 kilos de matériel scientifique avec nous, détaille Ghislain Bardout. C’est lourd, encombrant, ça complexifie encore la technicité de la plongée et augmente l’engagement.” Logiquement, ce genre de plongée très profonde consacrée à la recherche est extrêmement rare et illustre l’importance d'expéditions comme celles d’Under The Pole, qui mettent leur plateforme logistique et leurs compétences en matière de plongée technique durant plusieurs mois au service des scientifiques.

Si les récifs coralliens représentent une surface extrêmement faible, moins de 1 % de la Terre, leurs écosystèmes sont parmi les plus diversifiés. Abritant plus de 25 % de la vie marine, ils présentent une biodiversité égalant celle des forêts tropicales. Des caractéristiques qui font d'eux une véritable pharmacie sous-marine offrant de nombreuses promesses pour la recherche médicale.
Plus que quelques semaines de travail à Tahiti, Moorea et Makatea et les équipes d’Under the Pole III en auront fini avec la partie terrain de DeepHole. Charge aux scientifiques du programme de traiter les échantillons et données collectées en laboratoire, ce qui pourrait leur prendre deux ou trois ans.
Le prochain programme, baptisé “Capsule”, débutera en août pour UTP III. “Nous serons à bord d’un observatoire sous-marin que nous avons conçu, qui nous permettra de surveiller le récif 24/24h en séjournant sous l’eau pendant plusieurs jours, explique Ghislain Bardout. Ce sera notamment l’occasion de capter en direct la reproduction sexuée des coraux, un moment-clé et méconnu, jamais encore observé in situ”.
Under The Pole produit des web-documentaires sur ses périples à découvrir ici.
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