"Des putains de course, des crève bonhomme", le champion basque ne peut s'empêcher de s'enthousiasmer à l'évocation de ces courses qui l'ont tant marqué ! Car bien sûr il y la « Diag », emportée haut la main en octobre dernier, et puis l’UTMB, où il a décroché la même année la 6e place, mais quand on est né dans les Pyrénées, terre de trail par excellent, il y a aussi ces épreuves fondatrices, courues pour le podium mais surtout pour le plaisir. Des parcours magnifiques, souvent très engagés, mais pas aussi connus qu’ils devraient l’être, nous révèle Benat Marmissolle.
S’il ne fallait retenir que trois trails dans les Pyrénées, lesquels retiendrais-tu ? La question rend Benat Marmissolle un peu perplexe. « Il y a tant de belles courses dans la région, animées par des équipes incroyables », insiste-t-il. Des « petites, des locales, » comme la Tardets La Madeleine tout près de chez lui. Une course qui n’existe plus aujourd’hui mais qui l’a marqué, pour l’ambiance, le tracé, la qualité de l’organisation. Mais aussi des grandes qu’en sept ans de carrière il a courues, ou qu’il lui reste encore à cocher, comme la Pica Pica, le Marathon de Montcalm ou le Grand Raid des Pyrénées. Mais ces dernières attendront un peu, car le traileur ne veut pas se disperser, cette année son programme est chargé.
Après un palmarès impressionnant en 2022 - sixième de l'UTMB le plus rapide de l'histoire, vainqueur de la Diagonale des fous, de la Black Mountain, de l'Ultra Trail di Corsica et de la 6000D - le Français de 41 ans s’est concocté un planning 2023 conséquent. Rien moins que la « trilogie » Hardrock-UTMB-Diagonale des fous. La première ? L’Amérique « mon grand-rêve, toute une aventure », dit-il. La deuxième ? L’incontournable rendez-vous de Chamonix, où il sait pouvoir aller « beaucoup plus vite, faire moins des 21h28 qui lui ont valu une 6e place sur l’édition la plus rapide de son histoire. « L’année dernière, c’était l’inconnu. Je ne connaissais pas le parcours, et je n’avais fait qu’un seul 100 miles. Mais je sais comment j’ai couru. Je sais la prudence que j’ai affichée et je sais aussi que d’une édition à l’autre, il y a une marge de progression, même si tout peut arriver le jour de la course. Quant à la Diagonale des fous, c’est son titre qu’il va défendre. L’idée ? Faire moins des 23 heures. « J’aurais pu cette année, mais je n’aurais pas fait la course que j’ai réalisée avec Jean-Philippe (Tschumi, ndlr). « Humainement, j’ai touché les étoiles cette année-là ! Et ça, c’est plus fort que tout ! ».
« Je veux kiffer ce projet et j’y vais sans pression », explique-t-il. « Lui qui a couru en 2022 sous dossard ASICS, part cette année en solo, et à son rythme. A deux mois de son premier gros rendez-vous, il affiche un volume d’entraînement encore relativement léger, dans les 20 heures hebdomadaires « Je suis costaud dans ma tête. J’ai compris que pour durer sur cette saison, il fallait que j’y aille crescendo, que je monte progressivement en puissance. La fameuse trilogie est impitoyable. Le but, c’est de la faire et de la réussir. Alors j’y vais doucement sur les sollicitations, il faut calmer le cheval qui tire sur la bride », dit-il. « J’y vais pour donner le meilleur de moi-même, c’est une aventure ! », nous confie-t-il avant de plonger dans sa mémoire et, après quelques hésitations, nous livrer ces trois courses pyrénéennes qui au cours de carrière auront été de véritables « marqueurs ».

Le trail du Grand Vignemale : « la révélation ! »
Une très belle boucle (82.99 km, 4494 m D+ ndlr) qui part du centre-ville de Cauterets jusqu’au sommet du Grand Vignemale, le plus haut sommet des Pyrénées, côté français. Glacier à la montée, et aussi à la descente ( en petites chaussurse, même pas besoin de crampons !), un point de vue incroyable : une course tellement belle ! Je ne l’ai courue qu’une fois, le 6 juillet 2014, et je l’ai gagnée, mais elle m’a marqué. Très technique, très complète et variée, c’est une grosse course de sky running, avec une première partie très roulante puis pas mal de cailloux et des moments où tu mets les mains. Elle n’est pas forcément très connue, mais c’est un vrai test, j’aimerais bien y voir de grands champions s’y frotter car elle mérite d'avoir une aura plus internationale. C’est un mythe aussi, une épreuve qui ne se tient pas tous les ans. En alternance avec une autre course. L’ambiance y est extraordinaire. Elle compte vraiment pour moi car c’est là que j’ai pris de conscience que le Sky Running j’aimais ça. Elle a déclenché quelque chose en moi ».
Prochaine édition : 2024, dates à venir

La Canfran Canfran : « Je suis fait pour le long ! »
« Un ultra de 100 km (8848 m D+) en format skyruninng, côté espagnol : ça n’existe nulle par ailleurs sur la planète ! Rien à voir avec un UTMB, ici dans plein d’endroits tu n’as même pas de sentiers, c’est très technique, un trail très engagé. Ici, beaucoup d’Espagnols, et le nombre de dossards y est limité. Jusqu’à présent, ni Kilian ( Jornet, ndlr), ni Pau ( Capell, ndlr), n’y sont venus, mais ça serait intéressant de les voir la courir car elle mérite de voir son aura grandir encore. C’est un vrai 'crève bonhomme' ! C’est là que je me suis rendu compte, en 2021, que j’étais fait pour le long, que je pouvais tenir très longtemps sur un terrain très dur ». Ce que confirmera sa performance au Grand Raid de la Réunion cette année-là : troisième !
Prochaine édition : 1e juillet


Le Xiberau trail : « Y croire, malgré les mauvaises conditions »
« Ce trail de 42km et 2800m D+ (aussi appelé Marathon de Larrau, ndlr) est une course fabuleuse, malheureusement dans l’ombre des plus grandes, mais encore plus belle que la Zegama pour moi. Pas assez connue, mais une grosse marque, qui là aussi mériterait de voir les plus grands athlètes la courir. J’y ai fait un joli chrono en 2017 alors que ce n’était vraiment pas gagné. La veille, avec mon père j’avais sept hectares de foin à rentrer quand j’ai eu un accident sur la machine. Le ressort du siège a explosé ! Pas d’engin de rechange et pas question de laisser tout en plan. Donc pas le choix : j’ai dû coincer le siège à la force des jambes, jusqu’à dix heures du soir, les quadriceps et les ischios en tension maximale. Le lendemain matin, j’étais défoncé, mais j’étais confiant et au final content : j’avais gagné la course et rentré mon foin ! Le foin, c’était plus important que la course ! Preuve que je pouvais faire un gros chrono même avec de mauvaises conditions ». Un autre déclencheur.


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