Skieur de pente raide, guide de haute-montagne et spécialiste de l’ultra endurance, Paul Bonhomme s’est lancé un nouveau défi, loin de toute tentative de record. Désireux de valoriser le potentiel des montagnes et de mettre en avant le rôle essentiel des refuges, il va parcourir 250 km pour 18500 m de D+ dans les Écrins, en offrant à tous de le rejoindre au fil de son parcours. A quelques semaines de son départ, il nous livre tous les détails de son aventure.
« Ces 5 derniers mois auront été assez intenses. J’ai dû m’adapter en permanence à la montagne, j’ai dû apprendre à la lire, à l’écouter, à me mettre à son rythme. Et elle m’a rendu beaucoup de bonheurs. Il y a tellement de personnes que j’ai à remercier ! Tellement de vibration, de passion et de force … » écrivait-il sur son compte Instagram en mai dernier, après avoir réussi son projet 10x qui consistait à ouvrir 10 nouvelles lignes de ski, en pente raide cet hiver. Un engouement pour la montagne qu’il souhaite, encore plus aujourd’hui, partager.
C’est pourquoi, à la fin de l’été, il va partir pour un tout autre défi : « rejoindre les 32 refuges des Écrins en 5 jours... encore une idée bizarre » explique-t-il sur Instagram. Départ prévu à Ailefroide (Hautes-Alpes), le dimanche 29 août. Si tout se déroule selon ses plans et si la météo s’avère être moins capricieuse, il devrait venir au bout de la boucle le 2 septembre. Hors chrono et au-delà de toute tentative de record, il « invite toutes celles et ceux qui veulent à faire un bout de chemin/soirée » cherchant « toujours des moyens de lier plus que de scinder ».
D’où te vient cette idée ?
"J’y songe depuis un bout de temps. Après le projet 10x, j’avais envie d’un truc moins technique, davantage à court terme et qui parlait plus au gens. Le Covid, c’est une période étrange pour tout le monde, alors après le 3e confinement, j’ai concrétisé cette idée : je voulais essayer de mettre en avant les refuges (le protocole sanitaire implique une réduction de leur capacité d’accueil, ndlr). En leur rendant visite, cela va me permettre de passer un peu de temps avec les copains et les copines."



Pourquoi avoir choisi les Écrins ?
"Les Écrins sont l'idéal pour mixer le trail et l’alpinisme. Dans le massif du Mont-Blanc, autour de Chamonix, c’est compliqué de relier les refuges de cette manière en mêlant des parties techniquement faciles et d’autres plus exigeantes. J’ai longtemps vécu dans le Briançonnais, c’est une région que je connais bien pour y avoir préparé ma liste de courses pour l'aspirant guide. L’autre avantage des Écrins ? Si le temps est mauvais, j'aurai la possibilité d'éviter les hautes altitudes et de passer par les vallées… même si cela me fera faire davantage de kilomètres à parcourir."
Comment as-tu fait pour définir le tracé ?
"J’ai mis du temps ! D’abord j’ai identifié les refuges avant d’imaginer les sections. C’est le tracé le plus logique. Là, j’ai prévu de partir d’Ailefroide. Terminer le défi en 5 jours en commençant par-là, c’est réalisable. Mais si j’avais choisi de démarrer de La Grave, il m’aurait fallu six jours. Pourquoi 5 jours ? Pour me botter un peu les fesses… C’est le genre de petit challenge personnel que j’aime bien me donner sans être sûr d’y arriver. Selon mes capacités, je pense que c’est le max que je puisse faire, ça fait 50 km par jour et environ 3700 mètres de D+. Mais si ça me prend six jours, ça sera très bien aussi. Contrairement au projet "10x", un défi à long terme, je vais retrouver ce qui me manquait ces derniers temps : des journées bien remplies en montagne."

Parcours quelque peu surprenant de Paul Bonhomme… Pas le plus logique certes mais il reflète sa volonté de rendre visite à un maximum de refuges
Seras-tu autonome le long du parcours ?
"Je vais partir avec quelques barres de céréales, choisissant de me ravitailler dans les refuges. Par contre, je serai totalement autonome au niveau du matériel technique nécessaire pour l’alpinisme - crampons, piolets, corde, baudrier, casque – que je porterai également dans les parties trail. C’est une autre approche, ça demande de prendre plus de choses en compte. Mais sans dépose matos et sans aucune assistance, le projet parlera plus aux gens qui ont, comme moi, un métier. Tout le monde n’a pas de supers sponsors qui peuvent assurer un service génial. Et puis, je ne compte pas établir un record !
T’es-tu entraîné spécifiquement pour « La Farandole des Écrins » ?
"Pas du tout ! Et puis, là c’est trop tard, je n’ai plus le temps. Il faut que je récupère physiquement du projet « 10x », j’ai des petites blessures qui traînent, alors je dois prendre du repos. Mais c’est un type d'effort que j’ai déjà réalisé lors du « Bob’s Tribute » en 2019 (en hommage à Bob Bobrowicz, créateur de la marque White Doctor, ndlr) une traversée partielle des Alpes de 277 km et 18000 m de dénivelé en six jours avec un gros sac pour une moyenne identique à celle prévue pour « la Farandole des Écrins ».

Qui peut te rejoindre pour partager quelques heures à tes côtés ?
"Celles et ceux qui en ont envie ! Du moment que les gens sont autonomes, notamment pour les parties d’alpinisme, tout le monde peut venir avec moi sur les sentiers… et même partager une petite soirée avec moi. C’est pour ça que j’ai annoncé le projet sur les réseaux sociaux. Dès que je le pourrai, je ferai un petit post pour dire où je suis mais dans les Écrins, il n’y a pas toujours de réseau… Je ne suis pas un pro du trail alors à ce niveau-là, ça va être comme lors de tous mes projets : du bricolage (rires)."
Tu as annoncé sur Instagram que ton objectif était de « remettre du lien dans le grand bazar du monde ». Avec ce projet, désires-tu également sensibiliser au changement climatique, très visible en montagne ?
Joindre des refuges, je trouve ça chouette comme idée. On en parle rarement mais ils sont d’une utilité absolue : sans eux, je n’aurai pas fait la moitié de mes aventures.
Écologiquement, je ne m’engage pas trop car je ne me sens pas légitime pour en parler. Comme tout le monde, j’ai mes paradoxes : pour aller à Ailefroide, je vais prendre ma voiture et plus généralement, dans ma vie quotidienne, je ne suis pas irréprochable. Je suis juste quelqu’un qui passe du temps en montagne, le plus sobrement possible. Et si je veux montrer un exemple en termes d’impact carbone, ça risque d’être un frein pour moi. Pour l’instant, je ne veux pas aller au Népal justement pour ne pas prendre l’avion. Mais qui sait si dans deux ou trois ans, je n’aurai pas envie d’y retourner pour faire un projet sympa avec du sens, qui intègrerait les locaux.
Détail des étapes (variables en fonction de la forme de Paul et de la météo)
Départ à Ailefroide le 29 août
Étape 1 : Ailefroide - refuge du Pelvoux - refuge du Sélé - refuge des Bans - refuge du Pré de la Chaumette - refuge du Tourond
Étape 2 : refuge du Tourond - refuge de Vallonpierre - refuge de Chabournéou - refuge du Pigeonnier - refuge du clôt Xavier Blanc - refuge de l’Olan - refuge des Souffles
Étape 3 : refuge des Souffles - refuge de Font Turbat - refuge de la Muzelle - refuge de L’alpe du Pin - refuge de la Lavey - refuge sur Soreiller - refuge de la Bérarde
Étape 4 : refuge de la Bérarde - refuge de la Pilatte - refuge de la Temple - refuge du Chatelleret - refuge de la Selle - refuge Évariste Chancel - refuge du Promontoire
Étape 5 : refuge du Promontoire - refuge de l’Aigle - refuge du Pavé - refuge Adèle Planchard - refuge de Chamoissiere - refuge de l’Alpe de Villard d’Arène - refuge des Écrins - refuge du Glacier Blanc - refuge du pré de Mme Carle - Ailefroide
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