"N'ayez pas peur de rêver grand", déclare Nirmal Purja, alias Nims Dai, au début du documentaire qu’il vient de tirer de son périple fulgurant : l’ascension des 14 sommets de plus 8 000 mètres en moins de sept mois. Un principe que l’ancien soldat d’élite applique à la lettre dans cet excellent film d’alpinisme de 1h40, finement monté, sorti lundi. Une (grosse) production Netflix pourtant tournée au départ avec les moyens du bord. Il est vrai qu’en 2019, lorsque ce Népalais inconnu a lancé son incroyable défi, personne n’aurait misé un dollar dessus…
En atteignant le 29 octobre 2019 le sommet du Shishapangma (8 027m) à 8h58 heure locale, Nirmal Purja bouclait son incroyable tentative de réussir l’ascension des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres en 7 mois, du 23 avril au 29 octobre. Dans l’histoire de l’alpinisme, seule une quarantaine de personnes a grimpé la totalité des “8000” et le record appartenait depuis 2013 au Coréen Kim Chang-Ho en 7 ans, 10 mois et 6 jours. Dire que c’est un exploit est un euphémisme, car c’est six énormes records mondiaux que celui qu’on connait aujourd’hui sous le surnom de Nims Dai a accumulés en un temps éclair. De quoi faire rire jaune tous ceux qui en 2018, il y a trois ans seulement, balayaient d’un revers de main méprisant ce défi jugé ridiculement prétentieux.
Au fil des sept mois qu’aura duré cette incroyable course contre la montre, mais aussi contre l’adversité, les doutes vont peu à peu s’estomper dans la communauté des alpinistes, et certains vont commencer à y croire, comme l’explique Don Bowie, alpiniste de classe mondiale interviewé dans le documentaire que le réalisateur britannique Torquil Jones vient de tirer de cette épopée. Mais une fois le défi relevé, à la descente d’avion de Nims Dai et de son équipe, tous népalais comme lui, ce sont surtout des médias locaux qui les accueillent, fascinés et immensément fiers aussi, comme on le découvre dans le documentaire. « Si cela avait été fait par un alpiniste occidental, l’exploit aurait été jugé dix fois plus important que cela », commentera à juste titre Nims Dai, lapidaire, comme toujours.
Des images inédites, au coeur des ascensions
A découvrir ce film, nourri d’images somptueuses, d’archives mais aussi d’images rares, tournées par la cordée népalaise en pleine action avec des moyens réduits (leurs fonds sont très limités), on reste saisi par l’immensité de la tâche que Nims Dai s’est un jour fixée, et on prend conscience de la multitude d’obstacles que cet ancien Gurkha, fils d’une famille népalaise pauvre, a dû surmonter pour atteindre son objectif, faisant preuve d’une détermination qui force le respect. Convaincu de l’importance de son défi pour la communauté népalaise, trop souvent laissée dans l’ombre de l’histoire de l’alpinisme, et de son urgence aussi, il est prêt à tout. A commencer par défier son frère ainé en quittant les forces spéciales anglaises, corps d’élite extrêmement sélectif qu’il a pourtant réussi à intégrer à l’issue d’un entraînement physique et mental dantesque, révèle le film. Une décision radicale, quand on sait que Nims est alors le principal soutien financier de sa famille et que, de surcroit, il perd ainsi tout droit à sa retraite de militaire, à quelques mois de son échéance. Plus tard, quand les fonds manquent pour poursuivre l’aventure, c’est sa propre maison qu’il hypothèque, avec la bénédiction de son épouse Suchi Purja, longuement interviewée. Enfin, à la veille de boucler son périple, c’est la menace de voir mourir sa mère, très malade, sans pouvoir lui dire adieu, qu’il affronte. Ajoutons que jusqu’aux derniers jours, les obstacles s’accumuleront, et qu'il faudra tout l’entregent de Nims Dai -mais aussi la mobilisation de la communauté des alpinistes - pour lui permettre d'obtenir de la Chine l’accès à son 14e et dernier sommet, le Shishapangma.
A la réalisation, pour raconter cette impressionnante aventure sportive et humaine, le réalisateur Torquil Jones, mais aussi, dans les coulisses de la production, l'impeccable duo Jimmy Chin/Elizabeth Chai Vasarhelyi, auxquels on doit déjà l’oscarisé « Free Solo« , le multiprimé »Meru » et, tout récemment « The Rescue« , documentaire émouvant sur le drame des enfants footballeurs piégés dans une grotte thaïlandaise. Leur expertise à tous trois n’aura pas été de trop pour concentrer en 1h40 huit ascensions majeures menées à un rythme effréné par une équipe népalaise incroyablement soudée autour de son chef.
Trop rapide pourront regretter certains, c’est vrai, mais le tempo retranscrit bien le sentiment d’urgence qui anime un Nims Dai dont la carrière ne fait que commencer si l’on en croit le « boss « lui-même, Rudolph Meissner. « Nims Dai a droit à tout mon respect », dit-il dans le film. « C’est un exploit unique dans l’histoire de l’alpinisme ». Venant de celui qui, le premier, a gravi les 14 sommets de plus de 8000 mètres, sans oxygène, le commentaire fait son poids.
« Je suis le Husain Bolt des 8000 m, je suis imbattable », laisse tomber à la fin du film le Népalais, dont la modestie n'est peut-être pas le point fort. Mais l'homme, qui affiche désormais un superbe palmarès, a une sacrée revanche à prendre, et on le comprend. « Ce que je vais faire après ? Ce sera plus dur encore, vous verrez bien, je suis sérieux », conclut-il. Et cette fois, plus personne n’en doute.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€







