En mai dernier le groupe UTMB annonçait son partenariat avec le groupe IronMan pour créer l’UTMB World Series. Objectif : poursuivre le développement du trail à l’échelle mondiale et proposer un nouveau système de qualification pour les courses de l’UTMB Mont Blanc, considéré comme la « Mecque » de la discipline. Outre Atlantique, certains ont choisi de rejoindre le « premier circuit mondial de trail running qui repose sur les valeurs sportives et humaines de l’UTMB », c'est le cas de la Western States. D'autres non, comme la Hardrock 100. Deux approches sensiblement différentes, expliquent les organisateurs de ces deux courses mythiques.
Avec son nouveau système de qualification, l’UTMB fait peau neuve : pour participer aux courses phares autour du Mont Blanc (OCC, CCC, UTMB), il faudra avoir obtenu au minimum une Running Stone (via l’une des courses de l’UTMB World Series). Et plus l’on court sur le circuit, plus on récolte de Running Stones, ce qui augmente vos chances d’être tiré au sort. Un fonctionnement en vase clos, mais qui ouvre un grand nombre d’opportunités de courses. Reste que ce n’est pas la seule évolution majeure, si l'on regarde bien.
Qu’est-ce qui change ?
1. Extension de la couverture télévisuelle des courses
Déjà émises sur Canal+ en France, l'UTMB, l'OCC, et la CCC, épreuves phares de la semaine chamoniarde, seront désormais diffusées à l’international ainsi que sept courses supplémentaires faisant partie des UTMB World Series.
2. Sponsoring d’athlètes
L’organisation UTMB va apporter un soutien financier à 300 coureurs élites du monde entier. L’idée étant de leur permettre de participer aux UTMB World Series en prenant en charge une partie de leur transport et de leur hébergement. Une réelle opportunité pour eux de découvrir de nouveaux sentiers dans divers pays du monde à moindre coût... mais en contre partie, les athlètes seront invités à promouvoir les événements via les réseaux sociaux.
3. Nouveau site web
Le nouveau site web de l'UTMB intègre désormais toutes les courses l'UTMB World Series dans une seule plateforme en ligne. Idéal pour retrouver les informations complètes, que l’on veuille s'inscrire ou tout simplement suivre une course.
Ces divers changements amènent leur lot d’interrogations. Neuf mois après le partenariat de l'UTMB avec l'Ironman, Dale Garland, directeur de la Hardrock et John Medinger, ancien directeur et toujours membre du comité consultatif de la Western States, deux courses américaines mythiques, analysent l’impact de ce que certains n'ont pas manqué de décrire comme une révolution dans le monde du trail.
Dale Garland : "la Hardrock restera toujours la Hardrock"
Organisation à but non lucratif gérée par des bénévoles, Hardrock (10 000 D+ pour 160 km dans les terres accidentées du Colorado) suit une trajectoire différente de celle de l'UTMB. La course, qui fonctionne grâce à des permis d'utilisation spéciale délivrés par l'US Forest Service (service des forêts) et l'US Bureau of Land Management (bureau de gestion du territoire), est limitée à 145 coureurs, tandis que l'UTMB compte sept courses regroupant un total de 10 000 coureurs. Bien que les deux organisations soient aux antipodes de l'univers du trail, Dale Garland, 64 ans, membre de l’organisation depuis les débuts de la course en 1991, atteste qu’une cohabitation entre Hardrock et UTMB est totalement possible dans ce sport en pleine croissance. "Le marché du trail génère de plus en plus de bénéfices. Les changements annoncés par l’UTMB n’ont donc rien d’étonnant", explique-t-il.
"[Les UTMB World Series, dont la Hardrock ne fait pas partie, ndlr] ne vont pas changer notre mode de fonctionnement", poursuit Dale Garland. "Il y aura toujours des athlètes qui viendront sur la Hardrock, grâce à l'attrait des montagnes de San Juan et à la réputation de la course. Je continuerai de m'assurer que leur expérience soit à la hauteur de leurs attentes".
Bien sûr, cela ne signifie pas pour autant que la Hardrock est intouchable. Le développement du trail combiné à l'évolution démographique "nous a obligé à réfléchir", reconnait Dale Garland qui précise que l’organisation a d’ailleurs récemment discuté de sa mission et de ses objectifs. Le résultat ? "Nous allons tout simplement continuer à rester nous-mêmes. À la Hardrock, nous mettons l’accent sur le dépassement de chacun face aux éléments naturels, et pas sur la compétition entre les coureurs. Nous essayons de développer un événement qui mette tout le monde en avant. Chaque finisher compte", explique le boss qui affirme cependant être "un peu attristé" face à la commercialisation croissante de ce sport. Tendance qu'il ne connait que trop bien lui qui a quitté la course sur route pour les sentiers il y a quarante ans, au moment où la route commençait à tomber entre les mains des grandes entreprises. "Cela dit, c'est un bon moyen de démocratiser le trail", concède l'organisateur qui se veut optimiste, mais aussi un peu perplexe. "Comment vont s'intégrer tous ces nouveaux pratiquants dans un sport culturellement marqué par un fort esprit communautaire?, s'interroge-t-il ? D'autant que les attentes et les attitudes des nouveaux coureurs sont différentes de celles que j'ai pu connaître à mes débuts. Comment faire en sorte qu'ils adhèrent à nos traditions existantes ? À la Hardrock, nous misons donc beaucoup sur l'éducation des coureurs".
John Medinger, de la Western States : "c'est une évolution logique"
Pendant ce temps, à Sedona, en Arizona, John Medinger suit également de près le développement des UTMB World Series. Rares sont les observateurs aussi avertis que lui. Medinger a participé à sa première course d’ultra trail en 1980, à une époque où ce sport ne comptait que 2 300 participants. On lui doit la création et le gestion de la Quad Dipsea et du Lake Sonoma, deux des événements de trail les plus connus de Californie, et il a siégé au conseil d’administration de la Western States 100 pendant 29 ans (dont 9 ans en tant que Président). Aujourd'hui, il fait partie du comité consultatif de la Western States, où il gère une base de données d'environ 200 courses qualificatives pour l’événement, aussi son point de vue sur le sujet est-il éclairant.
"Il y a vingt ans, il y avait 55 000 coureurs d'ultra dans le monde. Aujourd'hui, ils sont plus de 700 000. Forcément, les sponsors sont plus nombreux et beaucoup d'argent a été injecté dans cette discipline", explique-t-il. Pour lui non plus, l’arrivée de l’UTMB World Series - auquel la Western States a adhéré, ndlr - n’a rien d’étonnant. Cela correspond à "une évolution logique du trail qui ne diffère en rien à ce qu’il se passe dans la course sur route ou en triathlon", dit-il. On assiste donc à "une croissance explosive qui finira par plafonner. Mais d'après moi, nous n'en sommes pas encore là".
"[Catherine et Michel Poletti, les fondateurs de l’UTMB] sont des visionnaires : ils ont un plan", concède-t-il. "Je pense que la plupart de ces nouveaux événements vont être une réussite. Reste à savoir si, à terme, les courses qui ne font pas partie de l’UTMB World Series vont être considérées comme mineures. "Avec un peu de chance, il y aura de la place pour tout le monde", dit-il, faisant écho au sentiment de Dale Garland, directeur de la Hardrock. “Une chose est sûre, ça va être intéressant de voir comment tout cela va évoluer", conclut-il.
Il se pourrait bien que cela donne naissance à deux approches du trail, ceux qui souhaitent appartenir à la famille UTMB, prônant le dépassement de soi et la compétition. Et les autres, les électrons libres, restant aux origines de la discipline, préférant un défi plus personnel. Les deux approches n’étant pas forcément incompatibles. En tous cas, on ne peut que l'espérer.
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