C’est une course mythique, que tout traileur rêve de courir au moins une fois dans sa vie. Et pour cause : une légende construite dans le grand ouest américain, une belle distance – 100 miles (160 km) - un terrain éprouvant et une météo souvent bien méchante, bref on a là tous les ingrédients d’un cocktail très corsé que seule la crème de la crème des coureurs cumulant un solide CV et une bonne dose de chance - il faut être tiré au sort - pourra déguster ce samedi 24 juin. Parmi les 381 « lucky ones » : beaucoup d’Américains bien sûr – l’infatigable Courtney Dauwalter - qui a bien l’intention de faire un doublé WS100 et Hardrock100, la championne Camille Herron, ou encore Hayden Hawks, 32 ans, vice-champion de la WS100 l'an dernier, mais aussi des Français : Ludovic Pommeret et Mathieu Blanchard, notamment, que l’on suivra de très près. A J-4 du départ, le point sur cette édition qui s’annonce exceptionnelle.
D’où vient sa légende ?
La Western States Endurance Run, alias la Western States 100 ou WS100 n'est pas la plus ancienne course de trail ultra-distance des temps modernes, mais c'est l'une des plus prestigieuses car, aiment rappeler les Américains, elle a mis à l’honneur l'ultra-trail et la distance de 100 miles, devenue depuis la référence. Même si, sur le terrain, c’est 100,2 miles que courent les traileurs ce samedi depuis le pied des pistes de ski de Palisades Tahoe jusqu'à la piste de Placer High School à Auburn. Et cette course n’existerait pas sans Gordy Ainsleigh.
Au début des années 1970, l’Américain est féru d’équitation, entre autres passions. Il participe à plusieurs reprises à la Tevis Cup, une épreuve de 24 heures alors très populaire dans la région. Mais en 1973 son cheval a un problème, et faute d’en trouver un autre dans les temps pour le remplacer, il décide l’année suivante de participer à la compétition… en courant. A 27 ans, Gordy s’était déjà fait un nom dans le petite monde de la course à pied, alors en plein développement, et c’est donc sur ses deux jambes qu’il a pris le départ à l’aube du 3 août 1974 pour tenter sa chance. Certains crient au fou, d’autres l’encouragent ! A mi-parcours, bien sûr les choses se corsent, mais il ne lâche rien et continue sa course, définissant ainsi un état d’esprit que l’on retrouvera plus tard dans l’ultra.
"Je n'étais pas prêt à abandonner parce que je voulais participer à cette expérience", raconte-t-il. "Il était clair que j'allais toucher le fond. Je savais que je ne pourrais pas finir, mais je me suis dit que je pouvais encore faire un pas de plus. Alors j’ai décidé de continuer à faire un pas de plus jusqu'à ce que je ne puisse plus le faire ". En franchissant la ligne d'arrivée en 23 heures et 42 minutes, l’Américain prouva qu'il était possible de parcourir 160 km sur des pistes poussiéreuses en moins d'une journée ! Il faudra attendre trois ans, en 1977, pour que débute une course officielle réservée non plus à des chevaux, mais à des runners. Au départ cette année-là : 16 coureurs. Trois seulement parviendront à l'arrivée - Andy Gonzales, Peter Mattei et Ralph Paffenbarger. Mais Ainsleigh, qui a terminé la course 22 fois, est considéré comme le premier à avoir terminé la course. Et c'est à lui que l'on doit l’idée de récompenser d’une boucle de ceinture en argent ceux qui coure cette épreuve de 100 miles en 24 heures, et d’une en bronze pour ceux qui la font en 30 heures. Le vétéran n’est plus au départ de la WS100 depuis 2007, il avait alors 60 ans, mais son dernier 100 miles remonte à ses 72 ans. Agé aujourd’hui de 76 ans, il court encore régulièrement et bien sûr il sera présent pour l'événement cette année en tant que fondateur, gratifié d’un dossard spécial "0", mais aussi en tant qu’expert qui n’a rien perdu de sa superbe. L’année dernier, il a couru le Lake Sonoma Marathon. C’est donc une démonstration vivante que l’ultra conserve !

Qui suivre ce samedi chez les femmes ?
Cette année, le plateau féminin est l’un des plus complets de l'histoire de la course. Sept des dix premières femmes « finishers » seront présentes. En tête, la Canadienne Marianne Hogan, 32 ans - troisième à la Western States l'année dernière (18:05) et, deux mois plus tard, deuxième à l'UTMB. La Zimbabwéenne Emily Hawgood, 27 ans, cinquième en 18:16, les Américaines Leah Yingling, 32 ans (sixième, 18:32), Taylor Nowlin, 32 ans (septième, 18:46), Camille Herron, 41 ans (huitième, 18:51 ) et Katie Asmuth, 37 ans (neuvième, 19:30), sont également de retour. En temps normal, cette sélection serait déjà très impressionnante, mais cette année, il faudra aussi compter sur les Américaines Katie Schide, Courtney Dauwalter, Keely Henninger, Riley Brady et Kaci Lickteig. Passionnant quand on sait que Katie Schide, 31 ans, qui a grandi dans le Maine mais a vécu en France pendant plusieurs années a remporté l'UTMB et le Val d'Aran 101K en 2022 et l'Eco Trail de Paris (80K) en avril dernier. Face à elle, un autre poids lourd, et non des moindres l'incroyable Dauwalter, 38 ans, qui vit à plus de 3000 mètres d’altitude dans le Colorado, est de retour après avoir remporté la Hardrock100 l'année dernière. En 2023, elle s'est tout simplement fixée l’objectif de réaliser le doublet Western States 100 et Hardrock100, à seulement trois semaines d'intervalle ! "Les courses de 100 miles sont amusantes, il y a tellement de variables en jeu ! On verra bien ce qui va se passer. Mon objectif principal ? Donner le meilleur de moi-même dans chaque épreuve et terminer les deux », commente-t-elle simplement. Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans la Canadienne Jenny Quilty, 34 ans, vainqueur de l'UTMB Thaïlande 2022, la Néo-Zélandaise Nancy Jiang, 32 ans, vainqueur du Tarawera 100K 2023, et l’incontournable Suédoise Ida Nilsson, 42 ans, vainqueur du Canyons UTMB 100K 2023.
Et chez les hommes ?
Là aussi, le plateau est très relevé : huit des dix premiers finishers 2022 sont de retour cette année, à l'exception du vainqueur, Adam Peterman, victime d'une fracture de stress au niveau du sacrum. Au départ, on trouvera donc Hayden Hawks, 32 ans, vice-champion de la WS100 l'an dernier (15:47) et huitième en 2021, Drew Holmen, 30 ans, cinquième l'an dernier (16 : 09) ; Jonathan Rea, 31 ans ( seizième l'année dernière, 18:52). Parmi les autres coureurs qui reviennent, citons : Arlen Glick, 30 ans, troisième l'année dernière, 15:56) ; Tyler Green, 39 ans (quatrième en 15:57 en 2022 mais deuxième en 2021. Très attendus également, le Français Ludovic Pommeret, 47 ans, fort de sa victoire sur la TDS l’année dernière (sixième l'année dernière, 16 : 20), f; sans parler bien sûr de Mathieu Blanchard, 35 ans. Pour lui, ce sera la première participation sur cette course mythique, mais il arrive auréolé de sa deuxième place à l'UTMB 2022 et de sa troisième au Marathon des Sables, en avril dernier. On gardera aussi un œil sur le coureur britannique Tom Evans, 31 ans, qui revient après avoir terminé troisième à la WS100 en 2019. Enfin parmi les autres coureurs qu’il ne faut pas sous-estimer, citons les Américain Cole Watson, 31 ans, et Anthony Costales, 34 ans, le Chinois Ju Zhao, 29 ans, et le kiwi Daniel Jones, 31 ans.
Côté terrain, à quoi faudra-t-il s’attendre ?
Courir dans la neige et les dégâts causés par les incendies, voilà ce que réserve cette édition 2023. Une partie des énormes chutes de neige qui ont frappé la Sierra Nevada cet hiver et ce printemps est toujours bien là. Certes, la neige fond rapidement, mais cette course devrait être l'une des plus enneigées de l'histoire du Western States 100, notamment sur la majeure partie des 35 premiers miles du parcours. Les premiers kilomètres à partir de la station de Palisades Tahoe seront secs, mais les coureurs seront probablement sur de la neige pendant la plus grande partie du parcours jusqu'au poste de secours de Red Star Ridge, à 16 kilomètres de la course. Ils courront ensuite sur terrain sec dans le Duncan Canyon, avant de retrouver quelques kilomètres de neige à partir de Robinson Flat, au 30e mile. Ensuite, le parcours devrait être sec, à l'exception, bien sûr, de la traversée de la rivière américaine Rucky Chucky. Les organisateurs ont d’ailleurs indiqué que les coureurs devront obligatoirement traverser la rivière en bateau cette année (rappelons que les bâtons sont interdits dans la Western States 100).
Et, comme si cela n’était pas assez, les traileurs vont devoir passer cette année par des zones où sont encore bien visibles les dégâts causés par l'incendie de septembre dernier. Seize miles de la Western States ont été dévastés et il fallu toute l’énergie des bénévoles de l’organisation, soutenus par l'U.S. Forest Service et d'autres agences territoriales pour débarrasser les débris de la piste.
Et au niveau de la météo ?
On croise les doigts, mais cette année les prévisions météo semblent bonnes pour l'instant. Des températures fraîches de l'ordre de -1°C sont prévues pour le départ samedi matin à 5 heures (heure locale), elles devraient atteindre les 4°C sur la première partie de l'ascension vers le poste de secours de Lyon Ridge (10,3 mile). Mais les températures pourraient monter jusqu’à 10 degrés lorsque les coureurs atteindront le poste de secours de Red Star Ridge (mile 15,8). La pluie pourrait aussi être au rendez-vous. Il y a 50 % de chances qu'il y ait des averses en milieu de matinée. Par la suite, le temps devrait s'éclaircir et le soleil apparaître. De quoi faire monter le thermomètre à 21°C à la hauteur de Michigan Bluff (55,7 mile) et culminer dans les 26°C au moment où les premiers coureurs traverseront Foresthill (mile 62) samedi après-midi, avant de se rafraîchir sur les derniers kilomètres jusqu'à la ligne d'arrivée sur la piste de la Placer High School à Auburn. Enfin, notons qu’il y a également 60 % de chances qu'il pleuve à Auburn aux premières heures de la matinée de dimanche.
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