Le dossier du troisième tronçon du téléphérique de La Grave connaît un nouvel épisode judiciaire, sans pour autant clore un conflit engagé depuis près de sept ans. Par une décision rendue le 11 février 2026, le tribunal administratif de Marseille a rejeté le recours déposé contre le permis de construire accordé en avril 2023 pour prolonger le téléphérique existant jusqu’au Dôme de la Lauze, en survolant le glacier de la Girose, au cœur du Parc national des Écrins. Une décision défavorable aux associations environnementales et aux collectifs locaux mobilisés contre le projet, mais qui ne signe pas la fin de leur mobilisation.
C’est une bataille juridique qui a fait couler beaucoup d’encre et qui vient de connaître un nouveau rebondissement. Opposées au remplacement du téléski du glacier de la Girose par un téléphérique sur la commune de La Grave, entre le col des Ruillans (3 211 m) et le sommet du dôme de la Lauze (3 568 m), des associations environnementales – notamment La Grave Autrement et Mountain Wilderness France viennent de se voir déboutées par le tribunal administratif.
Dans son jugement du 11 février, le tribunal a estimé que les éléments avancés ne permettaient pas de remettre en cause la légalité du permis de construire délivré le 3 avril 2023 par le maire de La Grave. Le projet de téléphérique, destiné à assurer un accès au sommet été comme hiver et appelé à se substituer à terme au téléski actuel, fragilisé par la fonte accélérée du glacier, demeure ainsi autorisé sur le plan juridique.
Cette décision a immédiatement suscité la réaction des organisations requérantes, qui dénoncent une appréciation jugée « insuffisante » de leurs arguments par la justice et s’en expliquent dans un communiqué commun diffusé le 12 février :
Nous estimons que ce site glaciaire exceptionnel, le seul en France accessible par tous grâce au téléphérique existant, doit être préservé. Sa dénaturation par la construction de cette installation nouvelle ne crée pas de richesses mais détruit une valeur inestimable.
Sans attendre, les opposants ont confirmé leur intention d’interjeter appel devant la cour administrative d’appel de Marseille.
Le combat se poursuit donc sur le terrain juridique. D’autant qu’un second contentieux, distinct du permis de construire, reste pendant. Il concerne la procédure de protection des espèces et des habitats, notamment sur le glacier de la Girose, et demeure en cours d’instruction devant le tribunal administratif. Un point central du dossier depuis la découverte, en 2023, d’espèces végétales protégées sur la zone d’implantation d’un pylône.
Au-delà du droit, l’affaire continue de cristalliser deux visions radicalement opposées de l’avenir de La Grave. Pour la commune et la Société d’aménagement touristique de La Grave (SATG), filiale de la SATA, le troisième tronçon est présenté comme un équipement indispensable à l’équilibre économique local, dans un village largement dépendant de la fréquentation du téléphérique.
Les associations défendent, à l’inverse, un changement de paradigme. Elles plaident pour l’abandon définitif du téléski en fin de vie, la mise sous protection forte du glacier de la Girose, et la transformation de l’arrivée actuelle du téléphérique, à 3 200 mètres, en un lieu de contemplation, de médiation scientifique et de sensibilisation aux effets du changement climatique, en lien avec les habitants, les guides et les chercheurs :
C’est une occasion unique de redonner toute sa majesté à ce site et de penser un autre avenir touristique, respectueux de la haute montagne.
Depuis 2018, le projet du troisième tronçon est devenu l’un des symboles nationaux des tensions liées à l’aménagement des glaciers alpins, entre adaptation économique, transition touristique et préservation d’écosystèmes déjà fragilisés. Occupation du glacier par les Soulèvements de la Terre à l’automne 2023, recours successifs, travaux contestés : chaque épisode renforce la dimension politique et environnementale du dossier.
La décision du 11 février 2026 ne met donc pas fin au débat. Elle ouvre, au contraire, une nouvelle phase devant la cour administrative d’appel, dans un contexte où la fonte accélérée des glaciers rend chaque choix d’aménagement plus irréversible que jamais.
Les dates clés autour du projet du 3e tronçon de téléphérique de La Grave
- 2019 : naissance du projet de 3e tronçon
- 2020 : création du collectif La Grave Autrement
- Été 2022 : dépôt du permis de construire
- 12 septembre 2022 : l’étude commanditée par La Grave Autrement dévoile ses conclusions, ce « projet d’aménagement est tributaire d’incertitudes exogènes et bâti économiquement autour de biais et d’interprétations »
- 19 décembre 2022 – 20 janvier 2023:lancement d’une enquête publique
- Février 2023 : le commissaire-enquête penche en faveur du projet
- Septembre 2023 : début des travaux
- 27 septembre 2023 : les associations (La Grave Autrement, Mountain Wilderness France mais aussi la Société Alpine de Protection de la Nature, France Nature Environnement 05, FNE PACA, FNE AURA, la LPO PACA et Biodiversité sous nos pieds ) déposnt un recours contre l’état français, et contre le préfet, pour non-exécution des lois françaises
- 7 octobre : début de l’occupation du glacier de la Girose par les « Soulèvements de la Terre »
- 8 octobre : organisation d’une marche contre les travaux par les associations La Grave Autrement et Mountain Wilderness sur le plateau d’Emparis, en face du glacier de la Girose
- 30 octobre : le tribunal administratif de Marseille rejette la requête des associations (sans motivation de la part du juge)
- 11 février 2026 : rejet du recours contre le permis de construire par le tribunal administratif de Marseille. Annonce d’un appel devant la cour administrative d’appel de Marseille. A noter qu’un recours distinct sur la protection des espèces et habitats est toujours en instruction à ce jour.
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