Des chaussures (recyclables) sur abonnement ? Notre journaliste a voulu en faire le test et s’est inscrit au programme Cyclon, mis au point par la marque suisse On. Résultat : tous les trois mois, il reçoit une nouvelle paire flambant neuve. Un système perfectible qui pourrait pourtant faire des émules.
En septembre 2020, le Suisse On créait une petite révolution dans l’univers de la chaussure de running en annonçant le lancement d’un nouveau modèle économique environnemental censé changer l'industrie, à savoir le programme « Cyclon ». Il aura tout de même fallu attendre deux ans pour qu’à l’automne 2022 sorte sa Cloudneo, une chaussure de course entièrement recyclable dont vous ne serez jamais vraiment les propriétaires. Car, au lieu de dépenser 120 à 200 euros pour une seule paire, de courir avec jusqu'à ce que l'amorti soit mort, puis (si tout va bien) de les donner à une bonne oeuvre, vous "louez" la chaussure de course sur route Cloudneo pour quelques 30 euros par mois. Lorsque vous avez besoin d’une nouvelle paire - à condition que la dernière remonte à au moins 90 jours – vous vous connectez à votre compte et activez l'option « recyclage ». Quelques jours plus tard, une paire de Cloudneos flambant neuve vous est livrée, accompagnée d'une étiquette de retour FedEx. Chaque abonné a alors 30 jours pour renvoyer son ancienne paire, qui sera nettoyée, broyée en composants recyclables et transformée en nouvelles Cloudneos.

Il s'agit d'un processus circulaire, en boucle fermée, qui coûte aux abonnés à peu près le montant qu'ils dépenseraient pour acheter trois nouvelles paires de chaussures de course à 120 euros par an, mais sans aucun déchet, et ça c’est réellement nouveau. La chaussure entière, à l'exception de petits éléments comme la colle et la doublure de la chaussette, est fabriquée dans un matériau appelé PA11, qui provient de l'huile de ricin et d'élastomères de pebax (également biosourcés à partir de ricin). Une vidéo fascinante sur le site web de On-running - que je n'ai pas pu m'empêcher de regarder plusieurs fois – montre parfaitement le processus.
J'ai reçu ma propre paire de Cloudneos au début de l'automne 2022. J’avoue que j’étais vraiment impatient de tester ces chaussures sur la route annoncées par la marque comme « performantes ", mais aussi le programme d'abonnement dans son ensemble. À l'ouverture de la boîte, la première chose qui m'a frappé, c’est la blancheur des chaussures et du sac (en polypropylène) dans lequel elles sont soigneusement emballées. La couleur est dans la tendance de ce que portent les "cool kids" (mes nièces en âge d'aller à fac et leurs compains ), le genre de modèles qui pourraient facilement passer avec un jean ou tout autres tenue cool. Salissant, mais beau, cela dit, que donnent-elles sur le terrain ?
Lors d'une petite sortie de 6 km autour de chez moi, j'ai immédiatement apprécié le dynamisme mais aussi le soutien apportés par ce que la marque On appelle le "Speedboard". A savoir, une plaque semi-flexible sur toute la longueur, prise en sandwich entre deux couches de mousse à base de pebax, avec trois petits coussins " Cloudtec " - un au-dessus et deux en dessous de la plaque - sous le milieu du pied. Ces dernières années, j'ai testé de nombreuses chaussures avec plaque de carbone et en composite de différentes formes. Cette plaque - et la semelle intermédiaire dans son ensemble - m'ont semblé moins stimulantes que celles que l'on trouve dans une super chaussure comme la Nike ZoomX Vaporfly Next%, mais elles m'ont tout de même donné un peu plus de punch. Et, alors que la plupart des chaussures de On testées jusque-là m'ont toujours semblé plus fermes - à l'exception de la Cloudmonster - la combinaison de mousse rebondissante, plaque réactive et cosses Cloudtec minimales de la Cloudneo offre ici un dynamisme certain.
J’ai complété ce premier test par d’autres sorties. Sur des routes pavées mais aussi des chemins de terre peu accidentés. Dans les deux cas, j’étais à l’aise, en allure lente comme lors des pointes de vitesse. Puis, pendant une dizaine de kilomètres, j’ai enchaîné des montées et des descentes de 1,5 à 2 km, là aussi, j’ai constaté que les Cloudneos tenaient la route.
A cette occasion, j’ai noté que la forme de la chaussure semblait favoriser la propulsion vers l'avant et une foulée souple, et que les 204 grammes de ma paire ( modèle femme) se faisaient oublier. Reste que pour des sorties plus longues, au-delà des 10-12 km, je choisirais sans doute une chaussure plus amortissante.
L'empeigne, construite à partir d'une seule pièce de fil non teint, recyclable et biologique, assure un confort parfait. Elle est douce, flexible et enveloppe le pied comme une chaussette. Je n'ai ressenti aucun point de pression lorsque j'ai serré les lacets autour de mes pieds étroits.
J'ai emporté ces chaussures lors d'un long week-end chez des copains, en me disant que je les porterais aussi bien au quotidien, pour aller prendre un verre, que pour courir. Au final, c’est surtout de la randonnée que j’ai fait, et j’ai constaté, sans surprise, que la traction n'était pas excellente sur un terrain sablonneux et poussiéreux. Ce sont des chaussures de route de bout en bout, pas conçues pour la rando. Cela dit, je m'en suis très bien sortie sur le sentier et j'ai vraiment apprécié de pouvoir, sur trois jours, n’emporter qu’une seule paire de chaussures pour toutes mes activités.
Au cours des mois suivants où je les ai mises à l'épreuve, je ne les ai pas ménagées, ce qui a rendu la réception d'une paire neuve d'autant plus satisfaisante. Comme promis par la marque, la boîte est arrivée quelques jours après avoir cliqué sur le bouton "recycler", et grâce à l'étiquette prépayée, le retour s’est fait sans problème.
En résumé : Le système d'abonnement à Cyclon est intéressant à bien des égards. Sur le terrain, les Cloudneo me conviennent et je les trouve belles... et elles le resteront parce que j’aurai la possibilité d’en commander une nouvelle paire quand elles commenceront à être usées. La marque affirme que ces chaussures peuvent durer environ six mois ou environ 600 km de course, mais les abonnés peuvent en demander de nouvelles au bout de trois mois seulement. De quoi satisfaire ceux qui ont un gros volume d’entrainement. Mais à relativiser quand même quand on sait que chez d’autres marques, certains modèles peuvent tenir jusqu’à 1000 km. Ce qui, du coup fait un peu grimper le coût annuel des Cloudneo, comparé à celui des runnings non recyclables. Reste que ce process en circuit fermé et sans déchets est intéressant à suivre. Et, même s’il semble encore perfectible, il pourrait bien inspirer d'autres marques. Dans la chaussure, mais aussi, pourquoi pas, dans d’autres secteurs de l’équipement outdoor.
La On Cloudneo en chiffres
Poids : 298 grammes (en 45, hommes), 204 gammes (en 39,5, femmes )
Hauteur de la tige : 33,6 mm au talon / 24,6 mm à l'avant-pied (drop de 9 mm)
Partie supérieure : Mesh léger et respirant 100% bio dérivé de graines de ricin
Semelle intermédiaire : Deux couches de mousse de Pebax légère et bio
Semelle extérieure : Pebax biosourcé injectée
Tarif : 29.95€ / mois
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