« Votez comme si la planète en dépendait ». Ce sont les mots de Barack Obama – cités dans la série « Parcs Nationaux » diffusé plus tôt ce mois-ci sur Netflix – dont nous voulions faire écho en cette journée mondiale de la terre, à 2 jours du deuxième tour de l’élection présidentielle. Quelles sont les raisons qui ont poussé l’ancien président des États-Unis à se reconvertir en présentateur et en défenseur de notre planète. Son discours a-t-il une chance d’être entendu ?
En 2018, l'ancien président des États-Unis Barack Obama apparaissait sur le sofa de l’émission « Mon prochain invité n’est plus à présenter » de David Letterman diffusée sur Netflix. C'était la première interview d'Obama dans un talk-show depuis son départ de la Maison Blanche et le premier indice sur son possible avenir post-présidentiel – il n’avait que 55 ans à la fin de son deuxième mandat – est venu de sa femme Michelle. Elle avait compris le véritable pouvoir d’un président : « Diriger le pays n’a en partie rien à voir avec votre capacité à agir sur la législation, ni même la régulation, mais avec votre attitude et aptitude à définir un état d’esprit, une culture et à éveiller les consciences ».
Quelques mois plus tard, Netflix annonce avoir signé un accord pluriannuel avec les Obama pour créer du contenu original pour la plateforme de streaming en ligne. Sous la coupe de leur société de production Higher Ground Productions, l'ancien couple présidentiel a produit trois émissions pour enfants, le documentaire « American Factory, un millardaire chinois en Ohio », récompensé par un Oscar, le film « Crip Camp, la révolution des éclopés », récompensé par un Peabody Award, et le documentaire « Devenir », nommé aux Emmy Awards et basé sur les mémoires de l'ancienne première dame.
Le dernier projet de Barack Obama sur Netflix est une série de cinq épisodes sur la nature intitulée « Parcs Nationaux, ces merveilles du monde », qui est sortie au début du mois. C’est sa première apparition devant la caméra, dans le rôle du narrateur, qui met en lumière des zones protégées de notre planète, des montagnes enneigées de la Patagonie chilienne aux eaux riches en espèces de la baie de Monterey en Californie. Le style est assez formel, mais le documentaire capitalise sur l’image présidentielle de Obama pour parler de questions environnementales.
Les Obama ne sont pas les premiers ex-locataires de la Maison Blanche à se lancer dans la création de contenu. Selon Joshua Scacco, professeur de communication à l'université de Floride du Sud, les anciens politiciens qui s’engagent, avec plus ou moins de succès, dans de telles entreprises tentent de se façonner un héritage et de parler des causes qui leur tiennent à cœur. « Les dirigeants politiques ont réalisé qu'ils avaient leur propre audience. Ils sont d’ailleurs en retard sur ce terrain, mais ils le rattrapent très rapidement."
Bien que Barack Obama ne fasse jamais allusion à son mandat présidentiel dans la série « Parcs Nationaux », celle-ci s'appuie néanmoins sur son histoire et son héritage. Trois épisodes sont consacrés à des zones où Obama a une attache personnelle : Hawaï, où il est né, l'Indonésie, où il a passé une partie de son enfance, et le Kenya, où son père a vécu. La promo du documentaire s’appuie même sur son bilan présidentiel : « Ce n'est pas un hasard : Obama a protégé plus de zones publiques que n'importe quel autre président des États-Unis ». Le communiqué de presse précise que la série est « autant une célébration de la nature qu'un appel à l'action ». Dans le plan d'ouverture du premier épisode, Obama marche pieds nus sur la plage de la réserve naturelle de Hanauma Bay, à Hawaï, en tenue décontractée - pantalon chinos et chemise en lin. « Mon amour pour la nature est né ici », dit-il. « Je veux m'assurer que les espaces sauvages de notre planète seront toujours là pour mes enfants et mes petits-enfants ».
Dans l'histoire qu'Obama essaie de nous raconter, nous sommes tous à la fois le problème et la solution pour résoudre les crises environnementales. Entre deux sauts de lémuriens et l’envol de papillons, il souligne l'importance des réserves naturelles et met en garde contre les effets du changement climatique.
Mais, à part les louanges qu'il adresse à certaines actions locales - les propriétaires terriens autour du parc national de Tsavo, au Kenya, qui étendent une zone de conservation, par exemple - Obama ne propose aucune solution, ni l'inculpation des entreprises et des gouvernements les plus responsables.
Même sa nouvelle initiative accompagnant la sortie du documentaire, « Wild for All » - qui encourage tout le monde à passer plus de temps dans la nature - recommande des actions anodines comme la signature d'une pétition sur la nature ou la visite d'un centre de protection de la nature. L'aggravation de la pollution et des phénomènes météorologiques extrêmes, dit Obama, sont « la conséquence des choix que nous faisons tous dans notre vie quotidienne ». Peu importe que 100 entreprises seulement soient responsables de 71 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale ou que les États-Unis soient le plus gros pollueur de carbone de l'histoire.
Il évite également de s'aventurer dans l'histoire complexe des parcs nationaux américains, les célébrant sans réserve, comme l'ont fait des générations d'hommes d'État américains avant lui. « En 1872, Yellowstone, dans l'ouest des États-Unis, est devenu le premier parc national du monde », annonce Obama tandis que la caméra fait défiler ses sources d'eau chaude et ses chaînes de montagnes spectaculaires. « L'un des plus grands actes de notre pays ». Ce qu'il choisit de ne pas mentionner, c'est que pour créer Yellowstone, les États-Unis ont violemment chassé les nations tribales Shoshone, Bannock, Crow et Nez Perce, ainsi que de nombreuses autres personnes qui vivaient dans la région avant l'arrivée des colons blancs.
« Nombre de ces paysages ont été gérés avec beaucoup de soin et de manière durable pendant des siècles, voire des millénaires », explique Ryan Emanuel, professeur de sciences environnementales à l'université Duke et membre inscrit de la tribu Lumbee. « Les États-Unis ont mis en place des règles et des réglementations qui ont empêché les gens de mener à bien leurs pratiques ancestrales sur ces terres, et ne pas le reconnaître est un déni majeur. »
« Ce n'est pas vraiment une série historique », a déclaré le producteur exécutif James Honeyborne, qui a également produit les séries « Planète bleue II » et « Patagonie, dernier paradis sauvage » pour la BBC. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi « Parc Nationaux » n'incluait pas de récits historiques, il a répondu : « C'est vraiment une série plus orientée vers l'avenir, qui examine l'importance de la nature sauvage pour nous aujourd'hui et la relation que les humains entretiendront avec elle à l'avenir ».
Le message le plus politiquement engagé est prononcé à la fin de la série, quand Obama nous exhorte à « exiger » la protection des terres publiques, à « faire campagne » pour en obtenir davantage, à « faire pression » pour faire avancer notre société. Mais il ne cite personne au pouvoir à qui nous pourrions nous adresser. Sa proposition la plus concrète ? « Votez comme si la planète en dépendait ». Bien sûr, il est indéniable qu'une lutte efficace contre le changement climatique requiert notre engagement à tous. Mais le message sonne creux de la part de l'ancien président de la plus grande puissance du monde - même s’il a adopté une politique climatique progressiste.
Au milieu du premier épisode, Obama raconte les images d'un paresseux à trois doigts se prélassant au soleil, tandis que l’on entend une guitare acoustique en musique de fond. Il parle aux téléspectateurs du champignon présent dans la fourrure du paresseux, qui pourrait combattre le cancer, le paludisme et les superbactéries résistantes aux antibiotiques. « Si nous parvenons à le protéger, lui et sa forêt tropicale, ce paresseux endormi pourrait bien nous sauver tous ». C'est une phrase pleine d'espoir et, en ce sens, en phase avec à son image.
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