Sous couvert de mieux aider les agriculteurs, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes – deuxième région de France - remet en cause le financement des zones protégées Natura 2000. De l’Ain à la Haute-Savoie, 260 sites protégés répartis sur 12 départements sont concernés. Une hérésie qui n’a reçu que quelques échos dans la presse, mais qui pourrait préfigurer l’affaiblissement d’un cadre essentiel à la transition écologique s’imposant aujourd’hui. A moins que l’opinion publique soutenue par les élus n’oblige Laurent Wauquiez à revoir sa copie d’ici septembre. Décryptage en 6 points.
1 « Zones natura 2000 » : de quoi parle-t-on ?
Outils fondamentaux de la politique européenne de préservation de la biodiversité, les sites Natura 2000 visent depuis trente ans une meilleure prise en compte des enjeux de biodiversité dans les activités humaines. Ils sont désignés pour protéger un certain nombre d’habitats et d’espèces représentatifs de la biodiversité européenne. En Europe, le réseau représente 27 522 sites et couvre 18 % des terres et 6 % de la zone économique exclusive.
Au-delà des frontières, ce programme entend préserver des lieux dotés d’une faune et d’une flore « exceptionnelles », caractéristiques de notre patrimoine commun européen. Pourvoyeurs d’emplois au niveau local, souvent valorisés au niveau touristique, ces sites favorisent également une meilleure concertation entre agriculteurs, élus, associations et naturalistes afin de préserver les territoires tout en y maintenant une activité raisonnée.
2 Qu’est-ce que ces sites représentent au niveau de la région Auvergne-Rhône-Alpes ?
Cette région, la deuxième de France, comprend 260 sites, dont 213 dits "habitats" et 47 dits "oiseaux", selon la DREAL (sources 2017). L’ensemble couvre une superficie de 938 450 ha, soit 13,3 % de la région, répartis sur 12 départements : l’Ain, l’Allier, l’Ardèche, le Cantal, la Drôme, l’Isère, la Loire, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, le Rhône, la Savoie et la Haute-Savoie.
Ces sites abritent pas moins de 66 espèces d’oiseaux inscrites en annexe I de la directive Oiseaux, 72 espèces (animales -hors oiseaux- ou végétales) d’intérêt communautaire et près de 79 habitats naturels retenus au sein de la directive Habitats. Outre leur préservation, c’est la pérennité de 100 à 200 temps pleins de chargés de mission qui pourrait également être remise en cause suite à la coupe des crédits.

3 Quel est le problème ?
Fort des pouvoirs que lui confère sa fonction en tant que Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, invoquant la baisse de 20% du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), a fait le choix de ne pas affecter les subventions européennes dédiés aux Zones Natura 2000 à ces territoires dotés d’une flore et d’une faune « exceptionnelles » dûment répertoriés au niveau national et européen. Et ce, plaide-t-il, afin deprivilégier notamment l’aide accordée à l’installation des jeunes agriculteurs. « Face aux accusations de négationnisme écologique lancée par des élus EELV, la Région répondait alors « s’engager en faveur de l’environnement de manière transversale, à travers l’ensemble de ses domaines d’intervention pour promouvoir une écologie positive fondée sur l’innovation, la recherche et le développement économique plutôt que de s’engager sur la voie d’une écologie punitive », apprenait-on dans les colonnes du quotidien Le Progrès.
En France, la région Auvergne-Rhône-Alpes serait aujourd’hui la seule à avoir fait un tel choix. Une décision qui n’étonne guère tous ceux qui, depuis six ans voient Laurent Wauquiez se poser en ardent défenseur des canons à neige – validation d’un plan neige de quarante-cinq millions d’euros – de la chasse ou des autoroutes.
4 Comment est-ce possible ?
Depuis la loi de décentralisation de février 2022, (dite loi 3DS : différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification ), les régions héritent de la compétence environnementale. Il revient à la collectivité locale de demander les crédits européens des Fonds européens agricoles pour le développement rural (Feader). Or, la Région Auvergne Rhône-Alpes n’aurait tout simplement pas « coché » les cases en faveur du financement des zones Natura 2000. Ce qui menace désormais leur maintien.
5 Quelles sont les réactions ?
Si la presse s’est somme toute peu émue d’une telle décision, hormis Reporterre ou Le Progrès, les élus EELV (Europe écologie les verts) de la Région Auvergne Rhône Alpes ont tiré l’alarme, cependant que le réseau des conservatoires d’espaces naturels, des parcs naturels régionaux, des réserves naturelles et des grands sites de France s’en émouvait dès janvier en envoyant un courrier commun à Laurent Wauquiez pour exprimer « la forte inquiétude qui remonte du terrain quant à l’avenir du dispositif Natura 2000 dans sa région ». Par ailleurs, début août, 24 députés et sénateurs Renaissance de la région ont adressé une lettre ouverte au président de la région, rappelant que « cette annonce suscite également le désarroi de nos agriculteurs et pisciculteurs, qui, déjà confrontés à des conditions d’exercices difficiles, se voient empêchés dans leur volonté de gérer leurs exploitations en accord avec la préservation de l’environnement.(...) Par cette décision, vous feriez de la région Auvergne-Rhône-Alpes la mauvaise élève de la protection environnementale, en privant notre territoire d’aides dédiées à la préservation de sites naturels, qui sont pourtant reçues partout ailleurs en France. »
6 Que se passera-t-il si la région persiste dans cette orientation ?
Dans une premier temps, en 2023, les sites naturels continueront d’être soutenus via les crédits européens piochés dans l’enveloppe de l'année précédente, et c’est en 2024 que l’on ne pourra que constater la disparition des animateurs Natura 2000 et l’abandon des zones sous leur protection. Dès lors, l’installation des haies, le labour des prairies et la préservation des zones humides seront effectivement affectés. Il ne sera plus possible de financer les mesures agroenvironnementales, les contrats avec les agriculteurs, les forestiers pour qu’ils fassent une gestion raisonnée. Sans compter que Bruxelles risque de sanctionner la France pour non-conformité, ce qui pourrait bien la conduire à reconsidérer le maintien des financements Natura 2000, faute de garantie sur la bonne allocation de ces ressources. Menace qui, un temps a pesé sur la Bretagne ; région qui, depuis, s’est ravisée. Espérons qu’il en sera de même pour l’Auvergne-Rhône-Alpes qui a jusqu’à la rentrée pour s’y atteler.
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