Après un été marqué par les incendies, et à quelques jours de la rentrée du gouvernement, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé vouloir créer "3 000 postes de gendarmes verts" afin de lutter contre le fléau des flammes. Impossible, à ce jour d’en savoir plus sur la fonction - et sur l'utilité de cette nouvelle brigade. Or, rappelons qu’outre la répression, d’autres moyens concrets sont indispensables pour préserver nos forêts…
Plus de 50 000 hectares ravagés cette année des incendies… un triste record. Entre la Gironde, la Bretagne, l’Aveyron, l’Ardèche, ou encore l’Isère, de nombreuses régions ont été touchées par des actes souvent attribués à de véritables pyromanes. Cet été, "il y a eu entre 80 et 120 départs de feux par jour dans notre pays" a en effet souligné samedi Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, dans un entretien au Journal du Dimanche. "Nous avons procédé à ce jour à 26 interpellations de pyromanes présumés".
Un service aux fonctions très diverses
En réponse, le ministre de l’Intérieur a promis de créer "3 000 postes de gendarmes verts" afin d’"améliorer le travail d'enquête judiciaire" sur les catastrophes environnementales, notamment dans le cadre des affaires d'incendies volontaires. "L’objectif est que, dans chaque brigade de gendarmerie, il y ait des gendarmes formés aux atteintes à l'écologie. Ce sera une révolution", a-t-il assuré.
Avec ces nouveaux postes, l'objectif est de "renforcer massivement les moyens de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement (Oclaesp)". Créé en 2004, cet organisme est peu connu du public. Il se compose à ce jour de quelques soixante-quatre gendarmes et policiers, appuyés par quatre conseillers techniques issus des ministères des sports, de la santé, de l'environnement et de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). À savoir qu'à l'origine, les effectifs de l'Oclaesp étaient basés en région parisienne. Or 2020, neuf antennes régionales ont été créées (Bordeaux, Guyane, Lyon, Marseille, Rennes, La Réunion, Papeete et Valenciennes). Leur mission ? Lutter contre une multitude de trafics (médicaments, déchets, espèces protégées…) mais également contre... le dopage dans le sport, les pollutions physiques, les scandales alimentaires ou le bioterrorisme. Un spectre d'intervention si large et si hétéroclite, qu'on peut s'interroger sur son impact réel. Reste que c'est ce service qui a notamment été co-saisi en juillet pour enquêter sur le grand feu de Landiras en Gironde.
La création d'une unité plus spécialisée peut sembler, à priori, une initiative intéressante. Si tant ait que ces nouveaux "gendarmes verts" disposent d'une vraie formation, de moyens conséquents, de missions précises et que leur intervention soit coordonnée avec les services déjà existants au sein de divers ministères concernés. Ce qui, pour voir large, va du ministère de l'Intérieur à celui de La Défense, dont dépend la Gendarmerie, en passant par celui de l'Agriculture, de la Santé et bien sûr de l'Environnement, saucissonné aujourd'hui entre le ministère la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et celui de la Transition énergétique. Mais au vu des informations dont nous disposons actuellement, ce projet étant présenté à la rentrée, difficile pour le moment de se prononcer sur l'utilité réelle de cette nouvelle fonction. Seule certitude à ce jour, ces 3 000 postes sont censés compléter un service déjà existant dont la vocation n'est déjà pas des plus claires. Dès lors doit-on s'attendre une véritable "révolution" dans le cadre de la lutte contre les flammes comme l'annonce déjà le ministre de l'Intérieur ? On l'espère, mais on peut se permettre d'en douter.
La nécessité d'agir sur tous les fronts
Outre la question du nombre d'enquêteurs sur le terrain, d’autres problèmes de fond ont été mis en évidence par les incendies de cet été. Bien plus complexes à gérer qu'une augmentation d'effectifs au sein de la Gendarmerie, mesure toujours très populaire au sein d'une frange des électeurs mais qui n'apporte pas forcément toutes les réponses, loin de là, tant la question de la protection et de la pérennité de nos forêts est large.
Il semble en effet nécessaire d’agir en amont sur d’autres fronts. Notamment sur le manque de moyens du SDIS (Services Départementaux d’Incendie et de Secours). Service qui a "atteint ses limites, dans le mesure où les moyens qu’y consacrent les département et les communes sont fondés sur la démographie de l’année 2002 et n’ont pas évolué en 20 ans" alors que dans la même période, la Gironde et les Landes ont accueilli quelque 400 000 habitants supplémentaires, soulignait récemment le président du département de la Gironde. S’ajoute à cela, le manque de disponibilité des moyens aériens afin de lutter contre les flammes, en témoigne la faiblesse de la flotte des Canadairs français. Sans parler bien sûr de la baisse des effectifs de l’ONF (Office National des Forêts), acteurs de terrain essentiels ayant pour mission principale la gestion durable des espaces forestiers : 475 postes de gardes forestiers seront en effet supprimés d’ici quelques années, a-t-on appris dès juin 2021.
Autre question centrale : la composition de nos forêts dont Emmanuel Macron rappelle volontiers les volumes. 31% du territoire, en augmentation de 0,6% par an. Oubliant au passage que si les surfaces boisées croissent, leur variété, décroit, elle, au profit de monocultures appauvrissantes.
Les industriels souhaitent aujourd'hui des volumes de plus en plus importants de bois standardisés : pins, épicéa, peuplier, eucalyptus, principalement. Une pratique fragilisant dangereusement nos forêts face aux incendies. Ainsi, dans une forêt dominée par ces conifères, les feux se propagent plus facilement, contrairement à une forêt les associant à des essences feuillues, moins inflammables. Certes il est possible, à court terme, de compenser les effets de ces monocultures, en créant des "discontinuités", à savoir des pistes, des zones débroussaillées, des éclaircies dans la forêt permettant de limiter les départs de feu, les surfaces parcourues et les impacts des incendies. Certes l'obligation légale de débroussaillement, à la charge des propriétaires, doit être mieux respectée, mais au-delà de ces mesures préventives, c'est toute la gestion de nos forêts qu'il s'agit aujourd'hui de revoir, dans sa globalité et pas seulement sous l'angle punitif. Car on peut mieux cerner et arrêter les pyromanes, mais on comptera toujours des déséquilibrés prompts à manier le briquet, sans compter que les pyromanes ne sont pas les seuls à causer des incendies, souvent malheureusement déclenchés par des engins agricoles. On attend donc avec impatience plus de détails sur la mission (et les moyens) dont vont disposer les "gendarmes verts" promis par le ministre de l'Intérieur.
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