Le 18 février dernier, après des jours de recherches, Muhammad Ali Sadpara, la légende pakistanaise de l’alpinisme, était officiellement considéré comme mort. De même que ses compagnons de cordée, l’Islandais John Snorri Sigurjónsson et le Chilien Juan Pablo Mohr Prieto, partis pour l’ascension hivernale du 2e sommet du monde (8.611 m) le 4 février. Le 25 juin, plus de quatre mois et demie plus tard, son jeune fils Sajid, seul survivant de l'expédition, s’était lancé à la recherche du corps de son père et de ses camarades. Ils viennent d’être retrouvés mais par une autre équipe d’alpinistes, vient de nous apprendre Alan Arnette, correspondant d’Outside sur la zone.
Alors qu’ils étaient au-dessus du camp d'altitude, C4, en route vers le sommet du K2, des sherpas de l’agence Madison Mountaineering, Masherbrum Expeditions treks et de Tours 300 mètres ont retrouvé sous le goulot d'étranglement, à 300 mètres au-dessus du C4, les corps de la cordée d’alpinistes qui avait fait la une en février, suite à sa soudaine disparition, annonce aujourd’hui Alan Arnette, expert suivant activement l’activité dans cette région.
On se souvient que l’hiver dernier Muhammad Ali Sadpara, considéré comme le meilleur alpiniste pakistanais de sa génération, et son fils Sajid Ali, 22 ans, avaient entrepris l’ascension du K2 avec l’Islandais John Snorri et le Chilien Juan Pablo Mohr Prieto qui les avait rejoints. Mais ce qui devait être une première hivernale avait tourné au drame. Seul Sajid Ali, qui avait dû abandonner sa tentative de sommet suite à un dysfonctionnement de son régulateur d’oxygène, était redescendu vivant au camp 3. Depuis, les corps des trois hommes n’avaient toujours pas été retrouvés.

La cordée était-elle parvenue au sommet ?
A la veille de lancer son expédition pour les rechercher, le 25 juin, Sajid Ali était revenu sur les faits lors d’une conférence de presse : « Je ne sais toujours pas ce qui leur est arrivé. C’est pourquoi je suis ici maintenant. Quatre mois et demi ont passé. Bien sûr, je sais qu’il (son père, ndlr) n’est plus en vie. Et je suis reconnaissant envers tous ceux qui ont participé aux opérations de recherche. Mais maintenant, c’est à mon tour de revenir sur ses traces et de constater par moi-même. De marcher dans ses derniers pas. Il est possible que tous les trois aient atteint le sommet ou aient fait demi-tour avant le sommet et que l’un d’entre eux se soit blessé pendant la descente. Peut-être que le mauvais temps est arrivé et qu’ils ont cherché un abri. Peut-être quelque chose de pire encore. Mais il ne sert à rien de spéculer. Mon père est avec Allah maintenant. Il est en sécurité. J’y vais seulement pour trouver des réponses et pour retracer son dernier chemin – pour voir ce qu’il aurait pu voir. Pour voir s’il a laissé des signes pour que je puisse les suivre. S’il y a quelque chose qu’il veut que je sache. John (Snorri, ndlr) tenait un journal de toutes les cachettes où il irait bivouaquer si le mauvais temps s’installait. Il était méticuleux dans sa planification. Je vais aller chercher tous ces spots avec Elia et Fazal Ali maintenant. Si je les trouve, ce sera un vrai plus. Si nous parvenons au sommet, ce sera bien, si nous n’y arrivons pas, ce sera bien aussi. Le sommet n’est pas notre but. Si je ne retrouve pas mon père, alors, fièrement, je placerai une plaque en son honneur au Gilkey Memorial (site dédié à tous ceux qui sont morts sur le K2, ndlr). En l’honneur de celui que j’aimais plus que tout, qui m’a appris l’alpinisme et qui est, à ce jour, l’un des plus grands, sinon le plus grand alpiniste pakistanais de tous les temps. »
Lors de leur première sortie au C3/4, la petite équipe de Sajid Ali, soutenue financièrement par le réalisateur d’Elia Sailkaly, avait utilisé un drone, mais sans succès,, explique aujourd'hui Alan Arnette. « Ils étaient apparemment au C4 ce matin quand les corps ont été trouvés », précise l’expert. « On va sans doute encore beaucoup spéculer sur la question de savoir s'ils sont morts en montant ou en descendant du sommet. Peut-être en aurons-nous un jour la réponse. A moins que cela reste un autre mystère, semblable à celui de Mallory et Irvine sur l'Everest. Mais le moment est venu pour les familles de faire leur deuil. », conclut Alan Arnette.
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