Filmée en direct, l’avalanche déclenchée dimanche lors d’un Freeride World Tour Qualifier a marqué les esprits. Emporté par la coulée, le snowboardeur allemand Leonardo Schweizer, 20 ans, a pu activer son airbag, évitant le pire. Les mesures de sécurité maximum avaient pourtant été prises, explique Benjamin Calmel, FWT Head of Sports Development, interviewé par Outside.
Les images sont impressionnantes : alors qu’il est engagé dans son run à Serre Chevalier sur la face de l’Yret, à 2 830 mètres d’altitude, le snowboardeur allemand Leonardo Schweizer qui participait à une épreuve du Freeride World Tour Qualifier est balayé en pleine descente. La coulée se déclenche sous ses skis et le rider est emporté sur environ une centaine de mètres. Avant d’être totalement pris dans l’avalanche, il parvient heureusement à déclencher son airbag, ce qui lui permet de rester en surface. Rapidement localisé et secouru par les équipes de sécurité du FWT, il en sort secoué, mais indemne. Les organisateurs de la South Lines Series, circuit auquel est rattachée cette épreuve classée 4 étoiles et comptant pour le Freeride World Tour Qualifier, ont rapidement communiqué pour rassurer :« Pas de blessé, pas de victime » avant d'annoncer, par sécurité, l’annulation des runs restants, notamment pour les catégories snowboard hommes et femmes.
Initialement programmée le samedi 31 janvier, la compétition avait été reportée au dimanche 1er février en raison de conditions météorologiques instables. 80 freeskieurs et snowboardeurs y participaient. Avant l’incident, une cinquantaine de riders avaient déjà pris le départ et tracé leur ligne sur cette même face. Leonardo Schweizer aura joué de malchance. S’exprimant peu après l’accident sur ses réseaux sociaux, il se dit soulagé d'être en vie et insiste sur le rôle déterminant de son airbag, rappelant qu’il lui a permis de rester en surface lors de l’avalanche. Un détail qui n’a échappé à personne et surtout pas à Benjamin Calmel, FWT Head of Sports Development, interviewé hier par Outside.
Comment est gérée la sécurité sur cette épreuve ?
Au Freeride World Tour, on agit comme une fédération. Ensuite, on délègue les événements à des organisateurs privés, en suivant des guidelines aussi bien sécuritaires qu’organisationnelles, etc. Pour être sûr qu'elles soient respectées, on envoie sur place un délégué technique qui est notre représentant. En termes de sécurité, ce qui est arrivé dimanche, peut arriver lors d’une compétition de freeride. L’ampleur de cette avalanche est un peu plus importante que ce qu’on a l’habitude de voir, mais on est prêt à réagir de toute façon.
Est-ce que la zone en cause était identifiée comme sensible ?
Non, cette zone n’était pas identifiée comme sensible.
Avec du recul, est-ce que vous avez l’impression que vous auriez pu gérer, vous ou vos partenaires, la situation différemment ?
Non, je n’en ai pas l’impression. Il faut comprendre ce qui a été fait en amont, parce que tout ça a été fait avec le service des pistes de Serre-Chevalier. La face en question est un itinéraire accessible par gravité, elle est exploitée toute la saison, en permanence. Il y a des déclenchements d’avalanches de manière automatique qui sont réalisés régulièrement. Un déminage de la face au CATEX avait été fait le 28 janvier. Ensuite, il y a eu des évaluations de conditions de neige. Le guide de montagne en charge de la sécurité a demandé d’inclure cette face au PIDA [ Plan d'Intervention de Déclenchement des Avalanches servant à assurer la sécurité sur le domaine skiable ] qui a été fait le lendemain. Il y a donc eu de nouveau deux mines, deux explosifs mis dans la face pour un déclenchement préventif. Sans résultat positif. Dans le cadre du PIDA de Serre-Chevalier, 22 explosifs ont été lancés dans la station, avec zéro retour positif.
Suite à ces minages, quatre personnes - la direction de course incluant le délégué technique, plus le responsable du service des pistes et le guide de montagne - sont allées couper les éventuelles petites poches qui pourraient déclencher un départ. Ça, plus le fait que la face a été ouverte au public le lendemain, il y a quand même du public qui y est passé, et les 50 coureurs… c’était difficile de prévoir une avalanche, en tout cas d’une telle ampleur.
Comment ont réagi les riders ?
Tous les freeriders savent qu’on évolue dans un milieu dangereux, et que ce genre de situation peut arriver, le risque zéro n’existe pas. Mais c’est sûr que ça peut être un peu surprenant, parce que ça s'est produit lors d’une compétition - par définition, le moment le plus sécuritaire pour faire du freeride – et que c’était quand même un événement impressionnant physiquement.
Suite à cet accident, allez-vous changer quelque chose sur les prochaines étapes ?
Honnêtement, avec tout ce qui a été fait, je ne vois pas bien ce qu’on pourrait améliorer. J’ai l’impression qu’on ne peut pas avoir de mesures plus préventives que ça. On sera peut-être encore un peu plus vigilants, mais j’ai l’impression qu’on peut faire difficilement plus que couper la face et mettre de l’explosif dedans.
La seule chose qu’on va peut-être faire concerne le système d’airbag : aujourd’hui équipement standard de sécurité, il n’était pas obligatoire à ce niveau de compétition. Sur le tour, ça l'est, donc les riders en sont équipés à 100 %, comme sur la série des Challengers. Mais sur les Qualifiers, je dirais qu’environ 70 % seulement des coureurs le portent. C’est sans doute quelque chose qu’on va rendre obligatoire. On ne voulait pas le faire jusqu’à présent parce qu’on essayait d’être le plus inclusifs possible. C’est un équipement cher, autour des 900 euros. Mais aujourd’hui, avec les différentes séries d’airbags qui sont sorties, on arrive à trouver de l’occasion un peu moins chère. C’est un peu plus démocratique.
Quand comptez-vous l’annoncer ?
On fait un débrief en fin de saison, et on va regarder, même sur les prochains événements, si on veut rendre ça obligatoire ou pas. Mais cela va faire partie d’une réunion en interne prochainement. J’ajouterais enfin que l’airbag, pour nous, c’est obligatoire quand on fait du freeride entre nous, entre amis. Mais que sur une compétition, aujourd’hui, on avait quand même au sommet de la face un médecin urgentiste, un guide de montagne, quatre pisteurs secouristes. Même s’il n’avait pas eu d’airbag, en 25 secondes il y avait cinq personnes sur lui, en deux minutes il était sorti. On est donc conscients qu’il peut y avoir une avalanche, et même s’il y en a une, on est protocolés pour pouvoir réagir. Nos protocoles sont de plus en plus pointus et de plus en plus stricts, car la sécurité évolue avec les technologies, avec les risques, avec l’évolution du manteau neigeux et les différences de température qu’on voit en permanence.
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