Encore à l’état de projet au début de l’été, la régulation du Tour du Mont-Blanc est désormais actée sur le principe pour la partie française de l’itinéraire, avec une mise en place annoncée pour le printemps 2027. Au programme, des aires de bivouac payantes et sur réservation, des contrôles, un encadrement du transport des bagages par les taxis et un label pour les professionnels engagés à respecter la future charte. Les acteurs concernés ont jusqu’au 15 octobre pour formuler leurs dernières remarques avant l’adoption du texte.
Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains et président de la Communauté de communes du Pays du Mont-Blanc (CCPMB), nous l’avait annoncé en juillet. Le Tour du Mont-Blanc accueille aujourd’hui environ 78 000 randonneurs par saison. Au col de la Croix du Bonhomme, où se croisent les marcheurs engagés sur le Tour et les promeneurs à la journée, la fréquentation peut atteindre près de 100 000 passages en une saison. Face à cette affluence et aux problèmes qu’elle entraîne, l’élu souhaitait reprendre la méthode appliquée depuis 2020 sur la voie normale du mont Blanc. La réservation obligatoire en refuge et les contrôles avaient permis, selon les acteurs locaux, de faire retomber la pression sur cet itinéraire.
« Oui, c'est acté pour le printemps 2027 », confirme aujourd'hui Jean-Marc Peillex.
Le 16 septembre, une réunion a rassemblé les acteurs concernés, notamment les syndicats nationaux des guides et des accompagnateurs en montagne, les compagnies des guides de Chamonix et de Saint-Gervais, les gardiens de refuge et leur syndicat, le PGHM, les services de l’État, un représentant des taxis et les représentants des sept communes françaises concernées . Tous ont approuvé sur le principe le projet de charte préparé par le cabinet lyonnais Adaltis. Ils disposent désormais jusqu’au 15 octobre pour formuler leurs dernières remarques avant l’adoption et la signature du texte.
Réservation obligatoire des aires de bivouac
Comme annoncé cet été, les aires de bivouac seront payantes et accessibles sur réservation pendant la période de forte fréquentation. « La réservation sera obligatoire », confirme Jean-Marc Peillex. Les communes doivent désormais recenser leurs emplacements, préciser leur capacité d’accueil et identifier les équipements nécessaires, notamment les toilettes sèches. Ces préparatifs doivent être menés durant l’hiver pour que les installations soient prêtes au printemps 2027. L’objectif affiché est de garantir un niveau d’équipement et d’entretien homogène sur les aires concernées. « Quel que soit le bivouac du Tour du Mont-Blanc, il faut retrouver les mêmes conditions d’accueil et d’hygiène », expliquait déjà le maire de Saint-Gervais lors de notre précédent entretien. Les tarifs restent à préciser.
Pas de quota, mais une capacité d'accueil
Jean-Marc Peillex insiste : le dispositif ne prendra pas la forme d’un quota fixé à l’échelle du Tour du Mont-Blanc. « On ne veut pas donner de quotas. Notre théorie est différente. Il n’est pas question, assure-t-il, d’annoncer un nombre maximum de randonneurs autorisés sur l’ensemble du Tour du Mont-Blanc. » L’idée est de faire correspondre la fréquentation aux capacités d’hébergement disponibles dans chaque commune : refuges, hôtels et aires de bivouac reconnus dans le cadre de la charte. « Les gens qui auront le label vont constituer la capacité d’accueil », précise-t-il. « L’objectif, c’est d’aller vers de la qualité et de la régulation. »
Une charte qui fonctionnera aussi comme un label
Les professionnels et structures qui s’engageront à respecter la charte pourront également obtenir un label. « C’est une reconnaissance qu’un acteur approuve la charte et va la mettre en application et la respecter », précise Jean-Marc Peillex.
Les taxis labellisés, par exemple, s’engageront à ne plus transporter de grosses valises de refuge en refuge et à respecter des horaires définis. L’objectif est de limiter les allers-retours de véhicules et de favoriser un transport de bagages plus léger, adapté à la randonnée itinérante. Le label concernera également les accompagnateurs en montagne : « vous prenez un accompagnateur en montagne qui est labellisé Tour du Mont-Blanc, ce n’est pas la même chose que si vous prenez un ubérisé », résume le maire.
Une « brigade verte » professionnelle pour contrôler les réservations
Comme annoncé en juillet, une brigade verte sera mise en place pour vérifier le respect des règles. « On travaille avec Aster, qui gère déjà tout ce qui est police dans les réserves naturelles et qui va pouvoir avoir un mandat sur d’autres parties du territoire », explique Jean-Marc Peillex, en référence au Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie. Cette brigade doit reprendre, dans l’esprit, le rôle autrefois dévolu aux gardes champêtres ou gardes ruraux. « Ce sont des professionnels. C’est une fonction rémunérée avec une assermentation. » Les contrôles porteront notamment sur les réservations dans les refuges et sur les aires de bivouac pendant la période d’application de la réglementation.
Une réglementation limitée aux quatre mois de forte fréquentation
« On n’a pas le droit de réguler ad vitam aeternam. Il faut qu’on ait des limites, autrement nos arrêtés sont irréguliers. La réglementation est donc prévue pour la période correspondant au pic de fréquentation du Tour du Mont-Blanc : juin, juillet, août, septembre. » Le maire souhaite également encourager les randonneurs à venir en dehors de cette période pour mieux répartir la fréquentation. « On aimerait peut-être aller un tout petit peu plus loin sur les ailes de saison, si c’est possible, poursuit-il. Commencer un peu plus tôt, terminer un peu plus tard. Si on peut dire aux gens : “C’est plus calme, venez plutôt la première quinzaine d’octobre”, cela peut être intelligent. »
Que se passera-t-il hors période de régulation ?
La réglementation limitée à quatre mois risque-t-elle d’inciter certains randonneurs à venir plus tôt, notamment au printemps ? Pour Jean-Marc Peillex, les conditions en montagne constituent déjà une forme de régulation naturelle. « Cela va dépendre d’année en année, en fonction de l’enneigement. Une partie du Tour du Mont-Blanc est située sous les 2 000 mètres et peut être praticable assez rapidement au printemps. En revanche, le passage du col du Bonhomme, par exemple, dépendra de l’enneigement de l’année. La montagne n’est pas un parc d’attraction. Il y aura une adaptation en fonction des conditions climatiques. »
Un projet qui veut aussi jouer sur les flux
Au-delà des nouvelles règles, la réflexion porte également sur la manière d’orienter les visiteurs vers d’autres itinéraires. « Il y a d’autres tours, d’autres circuits qui sont aussi beaux. S’il n’y a pas de place sur le Tour du Mont-Blanc, on ne vous dit pas de ne pas venir : il y a d’autres choses à faire. » L’objectif affiché reste de réguler la fréquentation tout en proposant des alternatives lorsque les hébergements du Tour du Mont-Blanc sont complets.
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