Au lendemain de la fermeture temporaire des refuges du Goûter et de Tête Rousse, décidée en raison des impressionnantes chutes de pierres observées dans le massif du Mont-Blanc, 32 alpinistes présents au Goûter ont demandé à être redescendus en hélicoptère pour ne pas retraverser le Grand Couloir. Les secours publics n’ont pas été engagés : certains sont redescendus à pied, tandis que les autres ont payé 95 euros chacun pour rejoindre Tête Rousse à bord d’un hélicoptère privé. Qui décide qu’une situation relève des secours publics et selon quels critères ?
Le 11 août, face aux importantes chutes de pierres observées dans le Grand Couloir, Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains, a ordonné la fermeture temporaire des refuges du Goûter et de Tête Rousse. L’arrêté municipal a été pris après des échanges avec Antoine Rattin, gardien du Goûter, et Olivier Béguin, président de la Compagnie des guides de Saint-Gervais, nous a expliqué le maire. Le lendemain matin, les équipes du refuge lui ont transmis la demande d’évacuation des 32 alpinistes.
Le maire a alors dénoncé une « situation ubuesque » et estimé que les alpinistes connaissaient les conditions dans le massif, déjà largement documentées depuis plusieurs jours, les images de chutes de pierres circulant notamment sur les réseaux sociaux. Les compagnies de guides de Saint-Gervais, Chamonix et Courmayeur, ainsi que l’Office de haute montagne, avaient par ailleurs recommandé de renoncer à l’ascension, a-t-il rappelé. « C’est donc consciemment qu’ils ont gravi l’Aiguille du Goûter en sachant qu’il faudrait la redescendre ! », écrivait-il dans son communiqué. Jean-Marc Peillex a de nouveau insisté sur ce point : « Les gens qui montent le lundi alors qu’il y a des chutes de pierres et qu’ils ont vu, le vendredi, les vidéos de fleuves de blocs de rochers, ce n’est pas un secours. C’est ce que dit le commandant : vous êtes montés alors que vous saviez. »
Pourquoi les secours publics n’ont-ils pas été engagés ?
Selon Jean-Marc Peillex, le commandant du PGHM a considéré que la situation ne nécessitait pas l’engagement des secours publics. Les 32 alpinistes se trouvaient à l’abri dans le refuge, aucune urgence médicale n’avait été signalée et les conditions dans le Grand Couloir étaient jugées suffisamment calmes pour permettre une descente à pied. Certains ont effectivement rejoint la vallée par leurs propres moyens. Les autres ont payé 95 euros chacun pour être transportés jusqu’à Tête Rousse par un hélicoptère privé, évitant ainsi de retraverser le couloir.
Pour Jean-Marc Peillex, cette solution doit toutefois rester exceptionnelle, les vols d’hélicoptère à des fins de loisirs étant strictement encadrés dans ce site classé. « Il ne faudrait pas que d’autres s’imaginent que, le jour où ils ont un pet de travers ou une ampoule au pied, ils vont pouvoir payer 95 euros pour éviter la descente de l’Aiguille du Goûter. »
Qui décide qu’une situation relève des secours publics ?
Ces décisions sont toujours prises conjointement, même si « c’est quand même le maire qui porte le chapeau », selon Jean-Marc Peillex. Dans les faits, les responsabilités sont réparties entre plusieurs acteurs. En Haute-Savoie, les appels passés au 15, au 18 ou au 112 sont centralisés par le Centre de traitement et de régulation des appels, le CTRA. Les informations recueillies — localisation, état des personnes, nature du danger et conditions sur place — sont ensuite transmises au service compétent. Dans le massif du Mont-Blanc, le PGHM de Chamonix évalue la situation et détermine les moyens nécessaires. Si une prise en charge médicale est envisagée, le médecin régulateur du SAMU décide de la médicalisation de l’intervention.
Le préfet organise le dispositif départemental à travers le plan ORSEC, tandis que le maire conserve ses pouvoirs de police et de prévention, qui lui permettent notamment de fermer un refuge ou de réglementer un accès. Mais il ne décide pas seul de l’engagement d’un hélicoptère de la gendarmerie ou de la Sécurité civile. Une fois l’intervention décidée, le commandant de bord conserve par ailleurs le dernier mot sur la faisabilité du vol.
Il n’existe pas de critère automatique donnant droit à une évacuation en hélicoptère. Les secouristes apprécient notamment l’existence d’un danger immédiat, l’état physique des personnes, leur capacité à rejoindre un lieu sûr par leurs propres moyens, l’évolution de la météo et du terrain, les autres solutions disponibles et les risques encourus par les intervenants. La circulaire du 6 juin 2011 précise que l’hélicoptère doit être écarté lorsque la mission peut être accomplie autrement dans des conditions équivalentes d’efficacité et de sécurité. Une personne indemne mais réellement bloquée peut donc être secourue, tandis qu’un pratiquant ne peut pas exiger un hélicoptère s’il est encore capable de se mettre en sécurité par ses propres moyens.
« Réserver les moyens publics aux vrais besoins de secours »
L’épisode intervient alors que refait surface le débat sur le coût des secours en montagne, estimé par la Cour des comptes à 10 780 euros en moyenne par opération. « Il est temps que cela cesse », estime Jean-Marc Peillex, qui appelle à réserver les moyens publics aux « vrais besoins de secours » et à faire payer les « abus et prises de risques ». Dans son rapport publié en février 2026, la Cour des comptes recommande de permettre, d’ici 2028, la facturation totale ou partielle de certaines interventions et de sanctionner plus facilement les recours abusifs. Une éventuelle réforme modifierait leur financement, sans changer le principe rappelé par l’affaire du Goûter : ce sont les services de secours qui évaluent la situation et déterminent les moyens nécessaires.
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