Et si, en 18 mois seulement, un individu totalement inactif devenait capable de courir 100 kilomètres en montagne ? C’est l’ambitieux défi que lance aujourd’hui le projet 0 to 100, piloté par le physiologiste de l’exercice Guillaume Millet et l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. Présentée jeudi 28 août à l’UTMB, l’initiative compte suivre de près 40 volontaires — 20 femmes et 20 hommes — qui passeront du statut de sédentaire absolu à celui d’ultra-trailer, avec comme objectif la CCC 2027. Une première !
Un défi inédit pour lutter contre les idées reçues : « non, vous n’en faites pas trop ! »
« Il existe des milliers d’études sur les bienfaits de l’activité physique, mais aucune n’a suivi des personnes totalement sédentaires jusqu’à un ultra de 100 kilomètres », explique Guillaume Millet. Troisième du Tor des Géant en 2010, c’est une figure scientifique bien connue des ultra-traileurs. Physiologiste du sport, professeur à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, il est l’auteur de plus de 260 articles scientifiques et de 5 livres références sur la physiologie ou l’entraînement dans les sports d’endurance. En septembre dernier, on l’a vu notamment accompagner François D’Haene dans sa gestion du sommeil, lors du Tor des Géants ( qu’il a remporté ).
Son nouveau projet se veut à la fois expérimental et sociétal : démontrer qu’un niveau très élevé d’activité physique améliore la santé de 95 % de la population, loin du discours ambiant qui met en garde contre « trop d’efforts ». Pour le chercheur, il s’agit aussi de déconstruire certains clichés : « On entend souvent que courir un ultra est délétère. En réalité, c’est l’entraînement qui est bénéfique. La course en elle-même peut laisser des courbatures, mais sans conséquence durable si elle est préparée correctement. »
De la page blanche aux 100 km de la CCC : un projet en gestation
L’idée a germé à l’automne 2023. D’abord imaginé pour mars 2025, le projet a pris plus de temps à se structurer. « Impossible de trouver des partenaires sérieux en quelques semaines. J’ai dû tout reprendre de zéro », raconte Millet. Grâce à une communication plus large et à des soutiens scientifiques variés, l’équipe a pu bâtir un protocole solide.
Le calendrier est désormais fixé : sélection des volontaires fin 2025, tests initiaux en février 2026, puis 18 mois d’entraînement supervisé jusqu’à l’échéance de la CCC, en août 2027.
Le recrutement : trouver de « vrais » sédentaires… pas si simple
La difficulté majeure est désormais de constituer l’échantillon. « Beaucoup de gens pensent être sédentaires parce qu’ils ne courent pas beaucoup. Mais s’ils vont au travail à vélo ou marchent 40 minutes par jour, ils sont déjà actifs », souligne Guillaume Millet.
Les critères sont stricts : aucune pratique sportive régulière, une activité physique en deçà des recommandations de l’OMS (150 minutes hebdomadaires), un âge compris entre 25 et 50 ans, un IMC inférieur à 30. Les métiers physiquement exigeants sont également exclus. En clair : des participants véritablement inactifs, parfois en surpoids ou fumeurs, mais sans pathologie chronique lourde.
Un protocole scientifique millimétré : objectif 80% de réussite
Chaque volontaire sera pris en charge par un coach issu du réseau de l’École de trail, via la plateforme Nolio. L’idée : combiner suivi à distance et rencontres ponctuelles pour maintenir la motivation. Kinésithérapeutes, médecins et physiologistes encadreront les phases clés afin de prévenir les blessures et mesurer l’évolution des capacités physiques.
L’équipe vise un taux de réussite de 80 % : « Quatre participants sur cinq devraient suivre le programme jusqu’à être capables de prendre le départ. Pour la course elle-même, il y aura forcément des abandons, mais nous espérons un taux inférieur à celui constaté habituellement », précise le chercheur.
« 0 to 40 » : une déclinaison pour des malades chroniques
En parallèle du « 0 to 100 », une deuxième étude : le projet « 0 to 40 ». Il s’adresse à des personnes souffrant de maladies chroniques (diabète, cancer en rémission, handicap). L’objectif : préparer la MCC 2027, épreuve de 40 km disputée elle aussi à Chamonix. « Ce n’est pas un protocole statistique aussi solide, mais un message d’inclusion », insiste le chercheur. Plusieurs médecins ont déjà manifesté leur intérêt, ainsi qu’une personne non-voyante, dit-il.
Des retombées scientifiques et médiatiques attendues
À l’issue des 18 mois, plusieurs publications académiques verront le jour. Mais l’équipe veut aussi vulgariser au maximum. « Le but n’est pas seulement de produire des données, mais de transmettre un message clair : bouger plus est toujours bénéfique. Même 10 minutes par jour, c’est déjà un gain de santé. Et à l’autre extrême, préparer un ultra peut transformer radicalement une vie. ».
Un pari risqué mais qui pourrait changer la donne
L’expérience n’a pas, à ce jour, d’équivalent direct, hormis un projet canadien similaire sur l’Ironman, en cours. Ici, l’enjeu est encore plus radical : partir du néant sportif pour affronter un ultra de montagne. Un pari qui suscite l’enthousiasme, mais aussi potentiellement des interrogations à l’heure où on tend à banaliser la pratique de l’ultra, au détriment parfois de la santé. Guillaume Millet en est conscient et sera très vigilant sur ce point. « Nous faisons une preuve de concept. Nous pouvons échouer, mais si ça marche, le message sera puissant : avec un encadrement adapté [il insiste sur point], même des sédentaires complets peuvent accomplir l’impensable. »
L’expérience vous tente ? Le plus simple est de contacter directement Guillaume Millet, par mail : guillaume.millet@univ-st-etienne.fr
Photo d'en-tête : Image générée par IA