Toujours discret sur ses projets, Kilian signe son grand retour en Himalaya ce printemps. Après avoir abandonné, en 2021, sa traversée Everest-Lhotse, il semblerait bien qu'il veuille venir à bout de ce projet laissé de côté depuis. L'occasion de revenir sur la préparation nécessaire à la réalisation d'un tel enchaînement, conjuguant d'impressionnantes sorties : de la "journée de ski la plus épique de [sa] vie" à l'ouverture d'une des lignes de pente raide les plus difficiles au monde.
Les plus attentifs avaient pu remarquer, sur le site de NNormal, la marque créée par Kilian Jornet, le programme 2023 du Catalan, dévoilé fin mars. On pouvait notamment y lire : "Avril/mai - trip en Himalaya". Ce qui pouvait laisser entendre un retour sur les pentes de l’Everest et du Lhotse pour boucler un projet abandonné en 2021, à savoir la traversée des deux géants de 8000 mètres, sans oxygène. Une intuition confirmée quelques jours plus tard par l'Himalayan Times. "J'ai des permis pour plusieurs sommets, mais je ne déciderai que sur place, en fonction des conditions", confiait alors l'athlète au média népalais.
Difficile d’en savoir davantage. Mais à y regarder de plus près, notamment du côté de son compte Instagram, il semblerait bien que Kilian soit en pleine préparation d'un gros projet. Ce qui expliquerait notamment son dernier défi, bouclé le 6 avril, chez lui, en Norvège. Rien moins que les sept sommets principaux des Alpes de Romsdal - le Juratind (1712 m), le Store Vengetind (1852 m, point culminant), le Kvandalstind, le Romsdalshorn (1550 m), le Store Trolltind (1788 m), le Kongen (1614 m) et le Dronninga (1544 m) - engloutis en moins d'une journée tantôt à skis, tantôt crampons aux pieds. Et les chiffres sont vertigineux : 76,5 km et 9 257 m de dénivelé positif pour 21h18 d’effort.
"Probablement la journée de ski la plus épique de ma vie", affirmait-il sur Strava peu après son exploit. "Il y avait beaucoup de vent pour ajouter un peu plus de piquant au challenge". Rien de tel pour peaufiner un entraînement en vue d' objectifs himalayens. Car ces derniers temps, les plus fervents followers du Catalan ont assisté à un déferlement de performances mêlant endurance et alpinisme.
Mi février, on le voyait ouvrir une intense traversée, celle du couloir de la face est du Breitind, autre sommet norvégien. Une prouesse en ski de pente raide, réalisée aux côtés du guide de haute montagne David Lindgren. L’idée ? 1500 mètres de dénivelé estimés à 5.6, la plus haute cotation dans la discipline, en raison de passages à plus de 60°. Une ligne longue et raide suspendue entre des big walls, des couloirs ludiques, deux rappels dans la glace et deux désescalades. "Un jeu mental", écrivait ainsi Kilian sur Twitter peu après son exploit. "Skier une ligne aussi longue dans l'une des vallées les plus spectaculaires, avec une ambiance à couper le souffle, n'est pas un jour comme les autres".
Reste à voir si les conditions népalaises lui permettront de cocher cette fameuse traversée Everest-Lhotse. Car si les heures d’entraînement semblent porter leurs fruits, la montagne demeure imprévisible. Souvenez-vous, il y a deux ans, après avoir longtemps attendu que les cyclones tropicaux passent et que la neige se stabilise, Kilian Jornet, accompagné de l’alpiniste allemand David Goettler, avait décidé de mettre un terme à ce projet, pour la saison du moins.
"Nous avons tous les deux grimpé pendant la nuit pour nous retrouver au col Sud. Mais là nous avons eu tous deux le même sentiment : nous ne sentions vraiment pas bien, ou pas assez en forme" avaient raconté les deux hommes à leur retour. "C’était vraiment étrange de se retrouver au col Sud et de partager le même ressenti. À ce stade, prendre la décision de renoncer au sommet n’a pas été difficile. Car poursuivre plus haut dans notre état aurait été insensé. Vous ne pouvez pas faire l’ascension de l’Everest dans notre style [sans oxygène, ndlr] si vous ne vous sentez pas à 100%. Heureusement, nous savons très bien tous les deux quelle attitude adopter en altitude".
"Nous avons donc arrêté notre ascension et nous sommes redescendus. Bien sûr nous pourrions accuser le vent de nous avoir empêchés de continuer [il y avait de fortes rafales au col Sud, ndlr]. Mais le vent n’est pas en cause. Pas plus que le mauvais temps ou les mauvaises conditions sur la montagne. Ce qui a nous a fait renoncer ce jour-là, ce sont les messages envoyés par notre corps. Or il est capital de savoir écouter son corps et de le respecter". En haute altitude, poursuivait David Goettler, le corps "est une pièce majeure à caser dans un puzzle difficile. Et quand les marges de sécurité sont aussi minces, si une pièce ne rentre pas parfaitement, vous ne pouvez pas finir le puzzle. Si on est déçus ? Bien sûr. Si nous avons des regrets ? Pas du tout" avait-il conclu. C
Cette traversée Everest-Lhotse sans oxygène, Nims Dai l'avait, le premier, réalisée en 2022, histoire de répondre en beauté à ses détracteurs. Car si son enchaînement des 14 sommets de plus de 8000 m en six mois et six jours en octobre 2019, avait laissé muets les plus sceptiques. Et si son hivernale du K2 (sans oxygène), en janvier 2021, l’avait inscrit dans l’histoire de l’alpinisme. Son doublé Everest-Lhotse via le col Sud, sans repasser par le camp de base donc, avait définitivement conforté la position du Népalais. Un exploit inédit réalisé le 16 mai s’intégrant dans un deuxième record, l’enchaînement du Kangchenjunga, de l’Everest et du Lhotse en dix jours. Double prouesse réalisée dans le cadre de ses activités de guide, et non dans la perspective d’un record, avait-il précisé.
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