Aux Etats-Unis, de multiples actions en justice accusent l'une des marques les plus en vue de l'outdoor d'écoblanchiment et de pollution, notamment pour l'usage de PFAS, ces polluants éternels qui seraient à l'origine de certains cancers, de retards de développement chez l'enfant, d'une augmentation du cholestérol et d'un risque d'obésité.
Depuis 1976, dans l’industrie de l’outdoor, les équipements imperméables sont bien souvent synonymes d'une marque : Gore-Tex. Le célèbre fabricant américain est toutefois confronté à une pression juridique accrue. La raison ? Les conséquences environnementales que causeraient ses processus de production.
Sa société mère, W.L. Gore & Associates, fait actuellement l'objet de nombreuses poursuites judiciaires lancées par plusieurs États américains et par des recours collectifs, à cause de l’utilisation présumée de substances per- et polyfluoroalkyles, les tristement célèbres, PFAS, également connues sous le nom de polluants éternels.
Pourquoi les PFAS posent-ils problème ?
Les PFAS sont une catégorie de produits chimiques fabriqués par l'homme, leur production a commencé dans les années 1930. Le fabricant américain de produits chimiques DuPont a inventé le PTFE, ou téflon, en 1938. Ce produit et d'autres produits chimiques similaires ont ensuite été largement utilisés dans les années 1950 dans des domaines aussi variés que l'habillement, l'ameublement et les emballages alimentaires. Leur résistance à la chaleur, à l'eau, à l'huile et au temps était une vraie nouveauté à l'époque. Des qualités fort appréciées, mais qui les rendent précisément difficiles à décomposer et à éliminer de l'environnement.
La recherche sur les effets toxiques des PFAS ne date pas d'hier. Depuis les années 1970, un nombre croissant d'études se sont penchées sur le sujet. Selon une étude de l'université de Yale publiée en 2013 dans la revue Environmental Science & Technology, deux PFAS - le PFOS et le PFOA - sont des cancérogènes connus, et aucun niveau de concentration dans le sang n'est sans danger pour l'homme. La liste des effets secondaires potentiels de l'exposition aux PFAS établie par l'Agence de protection de l'environnement comprend une baisse de la fertilité, un risque accru de certains cancers, des retards de développement chez l'enfant, une augmentation du cholestérol et un risque d'obésité.
Gore-Tex et les PFAS
En 1958, Wilbert Gore fonde W.L. Gore & Associates, entreprise de science des matériaux plus connue sous le nom de Gore, avec son épouse Genevieve. Auparavant, Wilbert Gore avait travaillé pendant 16 ans dans le domaine de la recherche chez DuPont. Près de vingt ans après sa création, en 1976, l'entreprise de Wilbert Gore lance les vêtements imperméables Gore-Tex. Ils utilisent du PTFE, un produit chimique éternel qui repousse l'eau. En 2014, la marque annonce qu'elle supprime les PFAS de ses produits en raison de préoccupations liées à la pollution. Et en 2021, elle lance une nouvelle membrane imperméable sans PFAS, appelée ePE.
L'ère des procès
Or aujourd'hui, la société mère de Gore-Tex fait l'objet de poursuites judiciaires en raison de sa prétendue utilisation passée - et même actuelle, selon certains procès en cours - de PFAS. L'État du Maryland a ainsi intenté une action en justice contre la société en décembre 2024. En cause ici : l'utilisation historique par Gore de PFAS dans treize de ses installations de production du Maryland qui aurait entraîné une pollution environnementale du sol, des eaux souterraines, des eaux de surface et de l'eau potable. Et le fait que l’industriel était au courant de cette situation et avait dissimulé la toxicité de ces produits chimiques. L'action en justice affirme que « Gore a libéré, déchargé, jeté et/ou émis des PFAS qui ont pénétré dans l'environnement de l'État par de multiples voies, contaminé ses ressources naturelles et mis en danger la santé de ses résidents ».
L'action de l'État vise à obliger Gore à payer pour enquêter sur la pollution et y remédier, ainsi qu'à verser des dommages-intérêts pour les dommages causés à l'environnement.
Plus récemment, le 11 février dernier, le cabinet d'avocats Hagens Berman de Seattle a déposé une plainte collective contre la société. L'action en justice affirme qu'« au lieu de faire toute la lumière sur son utilisation des PFAS et sur leurs conséquences environnementales, Gore a préféré se lancer dans une importante campagne d'écoblanchiment remplie de fausses déclarations et d'omissions matérielles destinées à tromper les consommateurs soucieux de l'environnement et à sauvegarder les profits de Gore ».
Ce recours collectif affirme qu'avec l'annonce par Gore-Tex de sa nouvelle membrane sans PFAS en 2021, la société « ne divulgue pas que Gore inclut toujours de l'ePTFE [un polymère poreux et hydrophobe apparenté au Téflon] dans plusieurs de ses produits actuels et qu'elle utilise toujours un traitement DWR dérivé des PFAS. Gore omet également de préciser que son tissu Gore-Tex rejette encore des PFAS dans le cadre d'une utilisation normale ». Les plaignants affirment que ces décisions ont rendu difficile pour les consommateurs de distinguer les produits Gore-Tex fabriqués avec des PFAS de ceux qui ne l’étaient pas.
Ce n'est pas la première action collective à laquelle Gore doit faire face en raison de son utilisation des PFAS. En 2023, des habitants d'Elkton, dans le Maryland, une ville proche de l'usine Gore de Cherry Hill, en ont intenté une contre l'entreprise pour pollution présumée par les PFAS.
Le site web de Gore-Tex indique que ses produits sont exempts de PFAS. En réponse à la demande de commentaires de notre journaliste ("Backpacker", groupe Outside), les représentants de Gore ont nié toute allégation contraire. En réponse au procès intenté par l'État du Maryland, la société a déclaré : « Nous avons travaillé avec le Maryland, en utilisant la science et la technologie les plus récentes et les plus fiables pour évaluer l'impact potentiel de nos activités et guider nos efforts continus pour protéger l'environnement. En tant que fabricant responsable, nous nous efforçons de toujours adopter les meilleures technologies de contrôle disponibles et de mettre en œuvre les pratiques les plus avancées afin de respecter notre engagement à protéger l'environnement et à nous conduire en bon voisin. Nos actions ont tenu compte des nouvelles connaissances scientifiques sur les PFAS et de l'évolution de la réglementation ».
En ce qui concerne le procès de Seattle, Gore maintient qu'elle n'a « jamais intentionnellement induit les gens en erreur ou présenté faussement [ses] matériaux », selon la déclaration officielle de l'entreprise envoyée à la rédaction. « Notre utilisation de substances per- et polyfluorées est bien documentée sur les sites Internet de la marque Gore-Tex® et de l'entreprise », écrit l'entreprise. « Depuis que nous avons commencé à travailler avec Greenpeace en 2015, nous sommes restés très impliqués et sensibles à l'évolution des attentes du marché, car nous nous efforçons de toujours communiquer clairement et efficacement sur un sujet complexe qui ne dispose pas d'une terminologie et de définitions communément admises. »
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