Des blocs qui tombent en cascade dans le couloir du Goûter, des pans entiers de montagne qui se détachent sous l’Aiguille du Midi… Après des semaines de fortes chaleurs et de sécheresse, les vidéos de chutes de pierres se multiplient dans le massif du Mont-Blanc. Des images spectaculaires, mais surtout désolantes, qui donnent à voir presque en direct les effets, en haute montagne, d’un réchauffement climatique qui s’accélère. À l’échelle du bouleversement en cours, la fermeture des refuges de Tête Rousse et du Goûter, comme la nécessité de revoir les pratiques estivales, paraissent presque anecdotiques. La montagne souffre.
Le Grand Couloir du Goûter n’a pas attendu cet été pour voir tomber des pierres. Il y a même gagné son sinistre surnom de « couloir de la mort ». Mais depuis quelques jours, elles ne tombent plus par salves. Elles dévalent en cascade, presque sans interruption. S’engager dans la traversée devient suicidaire. Sous l’Aiguille du Midi, d’autres images montrent des pans de paroi s’effondrer dans un immense nuage de poussière.
Les températures exceptionnellement élevées, l’absence de regel nocturne et la dégradation progressive du permafrost fragilisent les parois. La glace présente dans les fissures se réchauffe ou disparaît, l’eau circule davantage et des blocs jusqu’alors liés se désolidarisent. Dans le massif du Mont-Blanc, le lien entre les étés les plus chauds et l’instabilité des parois est documenté depuis plusieurs années. Une étude consacrée aux aiguilles de Chamonix avait notamment montré que plus de 70 % des écroulements recensés depuis 1947 s’étaient produits dans les années 1990 et 2000, avec une fréquence maximale pendant les étés particulièrement chauds.
Face au danger, la mairie de Saint-Gervais a fermé mardi 11 août les refuges de Tête Rousse et du Goûter. La commune ne pouvant interdire de manière générale l’ascension ou la descente du Mont-Blanc, cette fermeture vise à dissuader les alpinistes de s’engager sur la voie normale. Les compagnies des guides de Chamonix et de Saint-Gervais-Les Contamines avaient déjà cessé de guider sur cet itinéraire. « Aujourd’hui, la traversée du couloir du Goûter, c’est de la roulette russe », explique Jean-Marc Peillex dans une vidéo du Dauphiné Libéré.
Au-delà de l’urgence actuelle, le maire de Saint-Gervais estime surtout que ces fermetures ne peuvent plus être considérées comme exceptionnelles. Des mesures comparables avaient déjà été prises en 2015 et en 2022. « Il faut admettre […] que chaque année, ça va se reproduire », affirme-t-il, évoquant la possibilité de ne plus ouvrir les refuges entre le 20 juillet et le 15 août et d’orienter temporairement les pratiquants vers d’autres activités.
Photo d'en-tête : Loris Bianco / Daniel Claassen / Alex Saint Hubert