La règle de base en matière de développement durable est tout simplement de n’acheter que ce dont vous avez besoin. Or votre vieille auto, que vous utilisez le moins possible, fait toujours parfaitement l’affaire depuis plus de dix ans. Mais pourriez-vous être encore plus vertueux en la troquant pour un modèle électrique ? Voire…
Voilà plus de vingt ans que votre bonne vieille voiture vous rend service. A son compteur : 200 000 km, essentiellement le cumul de quelques road trips de Lisbonne à Varsovie. Car en écologistes convaincu, vous ne vous déplacez qu’en vélo au quotidien. Entre votre vieux modèle de course fétiche et votre VTT. Et pour couper court à toute tentation de prendre le volant, vous avez même investi dans une petite remorque légère, impeccable pour les grosses courses, et un cargo qui ravit vos enfants. Qu’il pleuve, qu’il vente, c’est en selle que vous les déposez à l’école. Alors pourquoi se débarrasser d’une voiture qui certes, consomme 10 litres au 100, mais que vous ne sortez plus que pour de longs trajets ou pour déménager un copain, pour acheter un modèle électrique, neuf ou d’occasion ? Alors que franchement, à ce rythme, et à condition de bien l’entretenir, vous la voyez bien assurer pendant 150 000 km de plus.
La question se pose pourtant à bien d’entre nous. Pas seulement parce que les véhicules thermiques les plus polluants commencent à être interdits dans pas mal de villes en France et dans le reste de l’Europe. Pas seulement parce que le prix de l’essence continue de flamber sans qu’aucune accalmie ne soit à l’horizon, mais aussi parce qu’on est plus d’un maintenant à vouloir soutenir la transition vers les énergies propres, surtout quand au niveau budget, c’est possible. Ce qui n’est pas le cas, loin de là, de la majorité des Français.
Dès lors, que faire ? Devons-nous céder à l’appel des constructeurs de voitures électriques, soutenus par le gouvernement à grands coups de primes à l’achat ? En France comme aux Etats-Unis, l’un des plus gros marchés de l’automobile au monde, la question se pose.
Interrogé sur la question, l’Américain Dan Gearino, expert en énergies propres au sein de « Inside Climate News », une organisation de presse à but non lucratif spécialisée dans les sujets liés au climat, estime qu’il est « urgent d’attendre un peu ». "Prenez un peu de recul et demandez-vous avant tout si votre véhicule actuel est en mauvais état. "Si votre voiture est très économe en carburant et que vous ne conduisez pas beaucoup, gardez-la encore quelques années. Mais si vous avez une voiture qui consomme beaucoup d'essence et que vous parcourez plus de 40 000 km par an, il serait logique de passer à un véhicule électrique, de plus en plus performant et disposant d'une plus grande autonomie. ». Simple en théorie, beaucoup moins dès lors qu’on analyse tous les paramètres en jeu à l’heure de prendre une décision.
L'impact de la fabrication des voitures électriques l'emporte-t-il sur les avantages ?
Vous avez peut-être lu que l'empreinte de la fabrication des véhicules électriques - en particulier de leurs énormes batteries - est en fait plus néfaste pour l'environnement que celle des voitures traditionnelles. C'est vrai, mais l'impact global sur l'environnement ne commence pas et ne se termine pas avec la construction d'une voiture. Pour comparer l'empreinte d’une voiture, il faut la considérer « du berceau à la tombe », explique Jarod Kelly, ingénieur analyste des systèmes de véhicules à la bibliothèque nationale d'Argonne, qui étudie l'impact sur l'environnement des technologies automobiles passées et futures.
"Bien que la construction des voitures électriques nécessite plus d'énergie et de ressources que celle des voitures à moteur à combustion, dès que l'on commence à conduire, l'écart en termes d'empreinte carbone commence à se réduire", explique Jarod Kelly. "Il y a un point de basculement dans la vie d'une voiture électrique où les économies d'émissions compensent l'empreinte de fabrication". Pour une berline compacte, il se situerait aux environs de 70 000 km concluait en octobre 2022 une étude de l’Ademe (l’Agence de la transition écologique). Soit, mais quid des matériaux utilisés pour ces autos ? Un autre casse-tête environnemental !
L'extraction intense et invasive de minéraux rares, le lithium et le cobalt, entre autres, est en effet nécessaires à la fabrication des batteries. Or, elle est coûteuse et compte de nombreux impacts environnementaux : utilisation excessive d'eau douce, pollution environnementale causée par les résidus toxiques et autres effets secondaires négatifs tels que l'extinction potentielle d'espèces dans certaines régions. Comme pour la plupart des activités manufacturières, l'extraction de ces matières premières a des répercussions", explique David Reichmuth, ingénieur principal du programme "Transports propres" de l'Union of Concerned Scientists (organisation dépendant du MIT, Massachusetts Institute of Technology). "Et les minéraux utilisés pour fabriquer les batteries doivent être extraits de la manière la plus durable possible ». Un vœux pieux malheureusement sur la majorité des sites dans le monde.
Aussi David Reichmuth mise-t-il sur l’arrivée sur le marché d’avancées technologiques et le recours à de nouveaux matériaux pour la fabrication des batteries, car, souligne-t-il, il est essentiel d'avancer sur plusieurs fronts. "Il faut bien sûr veiller à ce que des pratiques équitables soient mises en place pour réduire l'impact de l'exploitation minière, à ce que les piles soient recyclées en fin de vie et à ce qu'il y ait davantage de modes de transport alternatifs", insiste-t-il. Une approche globale qui va de pair avec un changement de philosophie car, on le sait, le moins impactant, le plus efficace à court comme à long terme, étant de reconsidérer nos déplacements dans leur ensemble. Reste qu’à l’heure d’acheter un véhicule électrique, si tel est le choix qui s’impose à vous, ce qui est loin d’être le cas pour la plupart d’entre nous, selon David Reichmuth : « nous devons donner la priorité à nos besoins, et non à nos désirs. Si un petit ou moyen modèle fait l'affaire, résistez à l'envie de voir plus grand et plus lourd. Si vous ne roulez que sur le bitume, pas besoin d’un 4X4 !»
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