BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale et la BPCE sont dans le viseurs des ONG environnementales. Depuis 2016, leurs investissements dans les secteurs climaticides - tels que le pétrole, le gaz et le charbon - ne cessent d’augmenter, selon un rapport d'Oxfam. Une aberration que souligne l’ONG, à la veille du Climate Finance Day à Paris.
« Les quatre plus grandes banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE) continuent de soutenir le développement de nouveaux projets de pétrole et de gaz, représentant 40% des émissions de leur portefeuille de crédits aux entreprises », affirme Oxfam France, membre de l’organisation internationale de développement contre la pauvreté. Un constat effarant formulé dans leur dernier rapport, publié hier.
Intitulé « Banques : des engagements climat à prendre au 4ème degré », ce rapport met au jour le « greenwashing » dont font preuve les plus grandes banques françaises - une image marketing « verte » qui cache des actions polluantes, contraires aux objectifs de réductions des émissions de CO2. Et pour cause : « le rapport révèle que les banques françaises n’ont pas pris de mesures suffisantes pour respecter l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, inscrit dans l’Accord de Paris, et nous amènent au contraire sur une trajectoire de plus de 4 degrés d’ici 2100. »
Quelles conséquences en France ?
Plus 2,5°C que l’objectif fixé dans l’Accord de Paris, donc. Une aberration dont les banques devront se justifier, on l’espère, lors du Climate Finance Day, qui se tiendra demain à Paris. Cet événement international réunit les plus grands acteurs de la finance pour réformer les investissements actuels, et les réorienter vers des placements compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique.
Et ce n’est pas tout. « Les six banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire Caisse d’Epargne, Crédit Mutuel et la Banque Postale – ont une empreinte carbone qui représente près de huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. À elles seules, BNP Paribas et Société Générale émettent chacune deux fois plus que l’ensemble du territoire français », rapporte Oxfam France.
À titre d’exemple, l’ONG estime que si ces estimations de réchauffement climatique ont bien lieu, en France, cela augmenterait de « 40% les risques de feux de forêt », « les inondations surviendraient plus de cinq fois par an à Nantes, Bayonne et Dieppe », et « les vagues de chaleur en région parisienne s’étendraient de 21 à 94 jours, contre 7 aujourd’hui. »
Comment polluent les banques ?
Dans le classement Oxfam des cancres financiers français, on retrouve à la première place BNP Paribas, qui émet 1147 millions de tonnes équivalent CO2 par an ; puis la Société Générale, avec 927 millions de tonnes, suivi du Crédit Agricole, avec 723 millions de tonnes. Un trio qui se bagarre sur le podium depuis ces dernières années face à la BPCE et au Crédit Mutuel, considérées comme les banques les plus polluantes moralement l’année dernière.

Source : Carbon4 finance
Lecture : 2017 pour BPCE, BNP Paris, Crédit Agricole et Société Générale ; 2018 pour la Banque Postale ; 2019 pour le Crédit Mutuel.
Lecture : émissions de CO2éq associées aux crédits et investissements dans le secteur public, et auprès des entreprises et particuliers.
Lecture : les émissions économisées mesurent l’impact positif des crédits et investissements orientés vers les secteurs réduisant les émissions, dans des projets ou entreprises « vertes » tournées vers les énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, etc.
Mais concrètement, comment ces banques polluent-elles ? « Les émissions des banques correspondent aux principales activités économiques qu’elles mènent, en prêtant ou investissant dans une entreprise. Les banques peuvent financer des entreprises, c’est-à-dire injecter de l’argent frais à l’aide d’outils tels que les financements de projets ou les prêts aux entreprises. En plus de ces financements directs, les banques soutiennent également les activités économiques par un autre canal : les investissements sur les marchés financiers. Autrement dit, elles achètent des actions et des obligations d’entreprises. Ces financements et investissements sont autant de manières par lesquelles une banque contribue à générer des émissions de gaz à effet de serre. De fait, un prêt ou un investissement n’émet pas de CO2, mais il est inconcevable de juger que cet argent est sans conséquence sur le climat », résume Oxfam France.
L’ONG illustre cette théorie par le cas pratique suivant : « 10 000€ placés au Crédit agricole, c'est l'équivalent des émissions de CO2 moyennes issues de l’alimentation d’un français pendant 2 ans. (…) Si l’on considère que les Français ont en moyenne 25 000 euros sur leurs comptes (dont les comptes épargne, ndlr), nous polluons encore plus via ce que finance notre argent que par notre propre consommation. »
Pour définir le taux d’émissions des banques, Oxfam France s’est appuyé sur la méthode de calculs de Carbon 4, un cabinet de conseil indépendant qui se définit comme spécialiste de la transition énergétique - et qui étudie depuis quatre ans l’impact du secteur financier sur le réchauffement climatique. Pour résumer, Carbon 4 prend en compte « « la stratégie climatique de l’entreprise, l’orientation des investissements et la mise en place d’objectifs chiffrés de réduction ». Pour en savoir plus sur cette méthodologie, rendez-vous ici.
Et chez nos voisins européens ?
Les banques françaises ne sont pas les pires, à l’échelle européenne. Déjà, en mars dernier, Greenpeace pointait du doigt le « financement des énergies fossiles par les banques privées internationales », révélé dans l’édition 2020 du rapport « Banking on Climate Change ». Résultat : « Celles-ci ont alloué près de 2700 milliards de dollars de financement aux énergies fossiles depuis l’adoption de l’accord de Paris, avec, depuis 2016, une somme chaque année plus élevée. »
Sur la période 2016-2019, on retrouve parmi les plus gros financeurs européens d’énergies fossiles : Barclays, à la première place, avec 118 millards de dollars d’investissement dans le pétrole - le plus grand placement européen ; loin devant HSBC et ses 87 millards de dollars. On retrouve cependant le français BNP Paribas, en troisième position, avec 84 millards de dollars investis dans ce secteur climaticide. Enfin, à l’échelle mondiale, ce sont les banques américaines qui remportent la palme des plus grands pollueurs : « JPMorgan Chase, Wells Fargo, Citi et Bank of America », remarque Greenpeace.

Comment agir en tant que citoyen ?
Si vous êtes client de l’une de ces banques, et souhaitez y remédier, nombreuses sont les ONG qui pourront vous guider. Première étape, calculer son empreinte carbone, sur le site d’Oxfam France. Un procédé qui, en deux clics à peine, vous révèle l’empreinte de votre compte bancaire.
Comment choisir sa banque ? L’association « Les Amis de la Terre » sont là pour ça. À travers un guide très complet et facilement compréhensible, ils expliquent les coulisses des organismes financiers français - des plus au moins polluants. On retrouve d’ailleurs la Nef et le Crédit Coopératif parmi les banques les plus vertes sur le marché. Pour découvrir plus de banques écolo, c’est ici.
Pour changer de banque, suivez le mode d’emploi des « Amis de la Terre » :
- Commencez par ouvrir votre compte dans la banque que vous avez choisie ;
- Transférez sur votre nouveau compte tous les mouvements automatiques : prélèvements, ordres de virements permanents ;
- Restituez vos chéquier et carte bleue à la banque que vous quittez (c'est obligatoire);
- Assurez-vous que tous les chèques que vous avez émis au cours des derniers mois ont été débités du compte que vous voulez fermer ;
- Demandez la clôture de l'ancien compte par lettre quand tout est réglé en indiquant les raisons qui ont motivé votre décision (très important pour les faire évoluer) et envoyez-en une copie aux Amis de la Terre à l'adresse située tout en bas de cette page, nous transmettrons votre lettre avec celles d'autres citoyens à la direction de la banque que vous quittez.
Enfin, pour aller plus loin, l’application mobile Rift permet à chacun d’en savoir plus sur l’utilisation de vos différents dépôts (compte-courant, livret A, LDDS, assurance-vie, etc.) par « les acteurs financiers (quels secteurs ? Quelles entreprises ? Quelles zones géographiques ?), ainsi que sur les impacts environnementaux (émissions de CO2, température, note environnementale). Développée en lien avec de nombreux partenaires dont Carbone 4, Novethic, l’initiative NEC mais aussi Oxfam, cette application vise à rendre accessible ces informations au grand public, pour une prise de conscience collective du rôle de notre argent dans la transition écologique », souligne Oxfam.
Retrouvez le rapport « Banques : des engagements climat à prendre au 4ème degré » ici.
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