Pas du genre à chercher la lumière, Mike Gardner. Plus porté sur les ascensions fast and light très engagées que sur les posts sur Instagram. Ceux qui le connaissent bien dans le milieu, aux US et bien au-delà, le savent bien. Paradoxalement, il aura fallu sa chute fatale le 7 octobre, sur l'immense face nord du Jannu est, au Népal, où il tentait d'établir un nouvel itinéraire avec Sam Hennessey, son camarade de cordée, pour que tous les projecteurs se braquent sur cet alpiniste humble, au CV pourtant long comme le bras, considéré à 18 ans comme l’un des meilleurs skieurs au monde, aussi doué pour l’apnée que pour le kijoring. Un vrai pote aussi, qui laisse un grand vide derrière lui, confient ses proches.
Le 7 octobre, l’annonce de la mort de Michael Gardner sur le Jannu Est (7 468 m), dans la région du Kangchenjunga au Népal, a vite fait le tour du petit monde de l’alpinisme. A 32 ans, L’Américain était tout sauf un novice. Ce jour-là, sur l'imposante face nord, l'une des plus grandes non escaladées du monde, il tentait une nouvelle voie avec Sam Hennessey, son ami de toujours, son partenaire d'escalade. Le duo en était à son quatrième expédition sur le Jannu est, et à sa troisième tentative sur la face nord, après avoir fait demi-tour en 2022 lorsque leur abri avait été détruit par une chute de sérac et en 2023 où, là encore, les conditions générales n’avaient été suffisantes.
On ne connaît pas encore les détails de la chute fatale de Mike Gardner, mais le magazine « Climbing » a confirmé que Sam Hennessey avait réussi sa descente. On se souvient qu’à mi-chemin, ce dernier a croisé la cordée de Benjamin Védrines qui se retirait également d'une tentative sur la face nord. C’est ensemble qu’ils ont parcouru les 700 derniers mètres en rappel. A ce jour, les recherches par drone et à pied n'ont pas abouti, mais elles ont permis de localiser sous la face une partie de l'équipement personnel de Mike Gardner.
Ceux qui connaissent bien Sam Hennessey et Michael Gardner savent que tous deux comptent à leur actif une liste impressionnante d'ascensions qui ont changé la donne au cours de leurs sept années de collaboration en montagne. Rapides et légers, ils ont en quelque sorte revisité l'alpinisme, notamment dans l'Alaska, souvent chaussures de ski au pied et ski sur le dos. Mais ce que l’on retiendra aussi d'eux, c’est qu’ils le faisaient sans chercher la gloire, avec une joie évidente, terriblement contagieuse.
Une légende de l'alpinisme, une vraie
La montagne, Mike avait ça dans le sang. Son père, George Gardner, guide réputé, est décédé suite à une chute lors d'une ascension en solitaire du Grand Teton en 2008. Mike n’avait alors que 16 ans. Mike était aimé de tous, y compris de ses collègues guides, de ses clients et des alpinistes qui avaient la chance de faire partie de ses amis.
Dans le petit monde de l’alpinisme, le qualificatif de « légende » est bien souvent galvaudé. Mais si Mike Gardner ne l'a pas mérité, qui le mérite ? Il avait un style bien à lui : une épaisse moustache, un corps râblé, un jean et une chemise à boutons de nacre, il circulait à bord de son vieux van. On le voyait faire du skateboard partout, du Colorado au Népal. Aux Etats-Unis, les anecdotes sur Mike abondent et nourrissent toute une mythologie à peine croyable, mais vraie. On raconte qu’après une heure seulement d'apprentissage à l’apnée, il avait presque battu le record américain de la discipline. Son temps ? Huit minutes et demie. Il avait été repéré par Arc'teryx alors qu’il intervenait sur un shooting en tant que guide de sécurité. A la stupéfaction de tous, il avait proposé son aide à l’équipe, enfilé une veste de la marque, et réalisé un saut périlleux arrière pour le photographe !
Rien ne semblait l'arrêter
Pour bien le cerner, il faut savoir que Mike était un « professionnel » de l'escalade qui, avant de signer avec Arc'teryx, n'avait pas de page Instagram et encore moins de goût pour l'auto-promotion. « Il voulait avoir la garantie de pouvoir conserver son authenticité tout en faisant carrière dans l'escalade », explique Justin Sweeny, Athlete Team Manager. « Je l'avais rassuré sur ce point. Et nous avions commencé à construire ce qui a été la relation la plus unique que j'aie jamais eue avec un athlète. ...».
J'ai rencontré Mike peu de temps après, lors de l'Ouray Ice Fest en 2020. Il traînait dans les environs et se montrait très ouvert à la discussion. Très naturellement, il détournait les questions qu’on pouvait lui poser sur ses hauts faits, pour parler de sa récente passion pour le skijoring (un sport d'hiver de compétition où les skieurs sont tractés par des chevaux, des chiens ou des véhicules à moteur autour d'une piste). Mais, malgré son humilité, la portée de ses exploits n’échappait à personne.
« Ce gars a gravi l'Infinite Spur en chaussures de ski avec de descendre à ski ? Il a répété le Light Traveler en 31 heures ? Mais qui donc est ce type ? », je me suis demandé. Alors j'ai interrogé Internet. Premier résultat sur Google : un article paru dans Powder Magazine en 2010, le désignant comme l'un des « 20 meilleurs jeunes skieurs au monde (parmi les moins de 18 ans) ».
Par la suite, Sam Hennessey et lui ont continué à enchaîner les grandes voies alpines à un rythme effréné, en particulier dans la chaîne de l'Alaska. Avec Adam Fabrikant, ils ont sprinté depuis le camp de base de Kahiltna jusqu'à la crête de Cassin et ont effectué la première descente à ski du contrefort nord-ouest de Denali en 64 heures, traversant la toundra à pied et reprenant le bus pour rentrer à Talkeetna. Rien ne semblait les arrêter : de nouveaux itinéraires sur la face Isis du Denali (également en chaussures de ski, en portant des skis), la face est du Mont Hunter avec Rob Smith… En 2022, toujours avec Rob, ils ont gravi la Slovak Direct du Denali en 17 heures et 10 minutes. C'était leur deuxième voie sur la gigantesque face sud du Denali, après la deuxième ascension de Light Traveler en 2018. Ce printemps, le duo avait effectué la deuxième descente à ski de la même face avec Eric Haferman.
Il est tentant de réduire un alpiniste à la liste de ses ascensions, et une chose est sure, c'est que ce faisant, on passerait à côté de ces innombrables moments entre potes, dans les Tetons comme dans l'Himalaya, chers au cœur de Mike. Il n’en reste pas moins l’un des plus grands alpinistes de notre époque, un de ceux qui a repoussé les limites au-delà de ce que la plupart d'entre nous pourraient même concevoir comme possible. Pour la petite histoire, l’été dernier, lors d'une journée d'escalade sur Anvil Island, en Colombie-Britannique lors de l’Arc'teryx Climbing Academy, Mike nous avait parlé du tatouage qu'il prévoyait de se faire une fois que Sam et lui auraient terminé « the Jeast » (Jannu East) : un féroce raton laveur.
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