"Chi va piano, va sano e va lontano" (qui veut aller loin ménage sa monture), c’est le lietmotiv de Marie Leautey, surnommée Lootie, déjà plus de 23 000 km au compteur courus autour du globe. Partie en décembre 2019, elle a d’ores et déjà traversé trois continents, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Un projet hors-normes, moins inspiré par la quête des records... que par la philosophie de sa grand-mère, féministe de la première heure.
Marie n’a de cesse de parcourir le monde, d'abord dans le cadre de ses études de finances et de droit puis via son poste de directrice financière. Pourtant, au fond d’elle, elle a toujours rêvé de plus. Installée à Singapour, elle a également vécu en Ecosse, en Allemagne, en Angleterre, en Suisse et en Grèce, pays où elle commence la course à pied à 26 ans, en 2004, l’année des Jeux Olympiques d’Athènes, inspirée par l’épreuve du marathon. Quatre mois après cette découverte qui va changer sa vie, elle court pour la première fois cette mythique distance. Et ce n’est que le début. Quelques années plus tard, en décembre 2019, après de longs mois de préparation, elle met sa carrière entre parenthèses, et part autour du monde. Ses moyens de transport ? Ses jambes et sa poussette "BOB", indispensable pour transporter son matériel de camping, son équipement électronique, sa nourriture, son eau et ses tenues de course. Au programme : un marathon par jour, avec 30 kg à pousser le long du parcours, six jours sur sept - le jour de repos étant dédié à la visite des villes traversées.
Vient alors sa première étape : la traversée de l’Europe, du Portugal à la Turquie. Pas une mince affaire sachant que plus de 15 000 km sont prévus et surtout que le Covid vient s’inviter à la fête. En Italie au moment du confinement de mars 2020, Marie est contrainte de revenir en France pour une halte de 79 jours. Malgré tout, son aventure continue jusqu'à Istanbul.

Un véritable métronome
Arrive alors la traversée de l’Amérique du Nord, de Seattle à New York. "Je vois toutes les diversités qu’offre la nature : les forêts verdoyantes du Minnesota, les grands lacs de l’Idaho, les paysages lunaires du Montana, les canyons magnifiques du Dakota du Nord…" confie-t-elle à Distances +. Des découvertes qui nourrissent sans cesse son bonheur d’être sur les routes. Un plaisir qu’elle partage tous les jours sur son blog. Sur le plan physique et mental, après plus de 15 000 km parcourus, tout va pour le mieux. "Chi va piano va sano e va lontano (qui veut aller loin ménage sa monture, ndlr)", répète alors la globe-runneuse qui parcourt le monde à une vitesse raisonnable, sans se mettre dans le rouge (6’39'' au kilomètre, soit environ 9 km/h de moyenne).
Véritable métronome, chaque jour, Marie se réveille à l’aube, prend un solide petit-déjeuner, et charge sa poussette. Direction : les routes de monde. Etonnamment, elle affirme ne pas avoir besoin de surplus calorique. Son corps s’adapte à l’effort. De plus, comme, pour s'alimenter elle ne s'appuie que sur ce qu'elle trouve en chemin, Marie est soumise à des régimes alimentaires très variés selon les pays traversés : hyperglucidique en Italie, très riche en protéines et en lipides en Grèce, plutôt déséquilibré aux Etats-Unis. "Ça n’a aucun effet, ni sur ma performance, ni sur ma récupération", constate-t-elle. Des observations qui ont attiré l'attention d'une équipe de l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) qui l'a contactée récemment afin de collecter des données autour de son exploit.





"L’aventure est plus forte à deux"
Début mars 2022, après plus de 3000 km du sud du Chili à l’Argentine, Marie arrive à Buenos Aires. Un parcours qu’elle a réalisé accompagné par son ami de longue date, James, qui l’a suivie au quotidien à vélo et en van. "L’aventure est plus forte à deux, dans le partage des émotions et dans la mémoire commune des journées" reconnaît-elle. Et puis, le van lui a permis d’alléger la charge quotidienne, passant de sa poussette de trente kg à un petit sac à dos de trail avec un peu de ravitaillement pour la journée. Marie ne s’est pas senti pousser des ailes pour autant. "J’ai conservé mon rythme habituel, car il m’a fallu plus d’un mois pour me réhabituer à courir sans appui devant moi", raconte-t-elle. "J’avais totalement perdu le balancier de bras et puis j’avais des brûlures partout liées aux frottements du sac" a-t-elle récemment confié.
Prochain objectif : traverser de l’Australie. Un périple de 5000 km dont 1600 km de déserts inhospitaliers. Une dernière étape à suivre sur son blog ou encore sur Instagram.



À ce jour, seules six personnes ont accompli un tour du monde en courant entièrement documenté et validé par la World Runners Association dont la charte demande notamment de courir une distance minimale de 26 232 km dans une direction continue, de traverser un minimum de quatre continents d'un océan à l'autre, d’enregistrer ses données GPS et de terminer la course là où elle a commencé. Loin d’être une contrainte, ce cadre a été d'une précieuse aide pour lui permettre de construire son voyage. Pourtant, Marie ne court pas après une quelconque performance. "Mes désirs, mes rêves et mes décisions ne sont ni dictés, ni limités par mon sexe. J'aimerais que cela soit vrai pour toutes les femmes, dans tous les coins du monde" peut-on lire sur son blog. Inspirée par sa grand-mère, féministe de la première heure qui a consacré la majeure partie de sa vie à ce mouvement, Marie est devenue l’ambassadrice de Women for Women International. Une ONG qui aide "les femmes ayant survécu à la guerre et aux conflits à transmettre leurs connaissances à ceux qui les entourent, créant ainsi un monde plus juste". La coureuse espère ainsi récolter 1$ par kilomètre couru.

Pour découvrir tous les détails de l’aventure de Marie, nous vous invitons à écouter le podcast "'Globe-runner', le tour du monde de Marie Leautey" réalisé par Course Epique, quelques jours avant que la Française ne boucle la première étape de son parcours, la traversée de l’Europe. C'est passionnant !
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