Moins de 12 heures, ou plus précisément 11 heures et 55 minutes, c’est le temps qu’il a fallu au Français Vadim Druelle, 23 ans, ancien athlète de l’équipe de France de ski alpinisme, aujourd’hui tailleur de pierres, pour gravir le Gasherbrum I (8 080 m), le 28 juillet, au Pakistan. De quoi établir un nouveau temps de référence pour celui qui en 2021, s’était imposé comme le plus jeune alpiniste à grimper un sommet de plus de 8 000 (le Manaslu, 8 163 m) sans oxygène, Sherpa, ni corde fixe. Après le Nanga Parbat le 10 juillet dernier et le Gasherbrum II le 22, c’est son troisième 8000 m en 18 jours ! Et son cinquième dans sa quête des « 14 sommets », en one-shot, en moins de 24 heures et en style alpin.
Vadim Druelle a exploité le week-end dernier la fenêtre météo ouverte dans la zone dont ont profité quatre autres Français sur le K2 - Benjamin Védrines, Jean-Yves Fredriksen, Liv Sansoz & Zebulon Roche – pour cocher un nouveau sommet dans sa liste des 8000 m. Un énorme projet qu’il avale à pas de géant mais avec la manière, malgré les difficultés.
On se souvient en effet qu’il y a de trois mois il a failli mourir d’un œdème pulmonaire au camp de base de l’Annapurna (8091 m) fin mars. « Après 2 mois de rétablissement et d’isolement social pour me rétablir, mon état de santé est retourné à la normale » confiait-il sur Instagram peu de temps avant son départ pour l’Himalaya, il enchaînait sur le Nanga Parbat (8126 m), gravi 1 fois de plus à une vitesse éclair (15h18), puis sur le Gasherbrum II (8035m). « Je n’aime pas trop faire des gros sommets, des 8000, tout doucement » nous expliquait-il l’année dernière, quelques semaines après son retour du Kangchenjunga (8586 m).« Sans aller à mon rythme, je ne prends pas de plaisir. D’où les one-shot [ascensions depuis le camp de base sans faire d’arrêts aux camps intermédiaires, ndlr]. C’est mon style d’ascension, ça me tient à cœur. Battre des records, ça ne m’intéresse pas vraiment ».
Guidé par son instinct
Détenteur du permis pour les cinq sommets de plus de 8000 m du Pakistan, le jeune alpiniste entendait bien poursuivre dans la foulée son aventure du côté des Gasherbrum ou du K2 (8611 m). Il n’aura pas perdu de temps : Après son record sur le Nanga Parbat et ascension du Gasherbrum II, c’est le Gasherbrum I, qu’il a gravi le week-end dernier en 17h17, malgré l’enneigement et un sac de 19 kg, guidé par son instinct. « C’est le temps que j’ai mis, mais aussi le premier temps de référence depuis le CB », écrit-il sur Instagram. « Certains parleront de record, d’autres de première, mais ça ne vaudra jamais l’intensité de ce que j’ai pu vivre là-haut… »
On le croit volontiers, quand on lit le cours récit qu’il a fait de cette dernière expédition :
« Le 21, je partais du camp de base (5031m) à 16h55 pour passer « l’icefall » après les grosses chaleurs. En 7 heures, je suis arrivé au camp 3 (7100 m), où j’ai pu me changer et mettre ma combinaison (je n’ai rien perdu cette fois-ci 😅). N’ayant fait aucun dépôt préalablement sur la montagne, mon sac de 19 kg était donc obligatoire. Très rapidement, j’ai rejoint les autres qui étaient partis quelques heures plus tot. Pour ne pas subir le froid et garder mon rythme, j’ai décidé de passer devant. Aller vite c’est bien, mais on se retrouve vite seul pour faire la trace. C’est ce qui s’est passé pendant 1000 m de D+, jusqu’au sommet. Je m’enfonçais jusqu’aux genoux, ce fut un effort extrêmement dur pour moi… Puis il s’est mis à neiger en pleine nuit et, ne connaissant pas parfaitement l’itinéraire, j’ai perdu du temps à chercher le bon chemin. Mais une petite voix au fond de moi me guidait, me disant ce que je devais faire. Je ne me sentais absolument pas seul.
Après une longue traversée pour arriver au col, il me restait 400 m de D+ dans de la neige cartonnée. J’étais à bout de force en arrivant sur l’arête, mais je vis la corniche caractéristique du sommet, qui me donna un regain d’énergie. A 10h12, je suis enfin arrivé au sommet du G2, après 17 heures et 17 minutes d’effort. Seul pendant mon ascension, seul à me faire arracher la tête par le vent, mais seul au sommet pour contempler et savourer. Ce fut un magnifique cadeau que je n’oublierai jamais. »
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