Vont-ils enfin être entendus ? Cela fait déjà vingt ans que les médecins de l'IFSC alertent sur les troubles du comportement alimentaire, mêlés au surentraînement. Des problématiques nuisant fortement à la santé des grimpeurs, dénoncées par de plus en plus d'athlètes. Le tout porte un nom, le syndrome RED-S, ou déficit énergétique relatif dans le sport, résultat d'un apport calorique insuffisant et/ou d'une dépense énergétique excessive. Invoquant "l'inaction de l'IFSC [lnternational Federation of Sport Climbing, ndlr]" à ce sujet, l'Autrichien Eugen Burtscher et l'Allemand Volker Schöffl, viennent tous deux de démissionner de la Commission médicale de la Fédération internationale d’escalade. Explications.
Leur équipe a travaillé sans relâche au cours des deux dernières décennies pour développer des moyens de détecter, d'évaluer et d'aider les athlètes ayant ou risquant de développer le syndrome RED-S. Pourtant, bien que Eugen Burtscher et Volker Schöffl disposent "des données les plus approfondies sur ce sujet parmi toutes les disciplines sportives", ils estiment que la fédération internationale d’escalade "n'a pris aucune mesure concrète" pour préserver la santé de ses athlètes. C’est pourquoi, en guise de protestation, ils ont annoncé hier leur démission de la commission médicale de l'IFSC.
"En tant que médecins, nous ne pouvons plus accepter cette situation"
Récemment, Volker Schöffel expliquait, dans un post Instagram, que "le seul accusé de réception [de la part de la fédération internationale, ndlr] que nous avons reçu a consisté en une diffamation et un découragement. En bref, l'IFSC n'est peut-être pas du tout disposée à entreprendre des actions supplémentaires concernant cet important problème de santé qui touche les athlètes. Elle retarde et ralentit activement toute décision qui pourrait conduire à une action indispensable. En tant que médecins, nous ne pouvons plus accepter cette situation […] Pour le bien-être de nos athlètes et le développement de ce sport, je ne peux assumer aucune responsabilité dans cette affaire et je suis contraint de démissionner".
Et les médecins ne sont pas les seuls pas à mettre le sujet du syndrome RED-S, et plus généralement celui des troubles du comportement alimentaire, sur la table. Plusieurs athlètes français avaient notamment pris la parole à ce sujet-là dans dans une large enquête réalisée il y a déjà deux ans. Plus récemment, les posts de la grimpeuse suisse Sofya Yokoyama, qui alertait sur le désir des athlètes "d’être plus mince pour être plus fort”, et de la Canadienne Alannah Yip, ont été largement partagés dans le milieu de l'escalade.
Dans une tribune diffusée fin juin sur Instagram, intitulée "Climbing has a cultural and systematic weight problem" ("L'escalade a un problème culturel et systématique en ce qui concerne le poids"), cette dernière a exprimé son désir "d'interpeller l'IFSC pour avoir abandonné le test d'IMC des athlètes cette année [la fédération internationale d'escalade demandait jusqu'alors aux athlètes un IMC d'au minimum 18, correspondant à une corpulence normale, pour participer aux diverses étapes de Coupe du monde, ndlr]. En tant qu'athlète ayant personnellement fait face aux troubles du comportement alimentaire dans le passé, je veux sensibiliser les gens et ouvrir la discussion sur ce sujet".
Reste à savoir si le geste fort des médecins de la fédération internationale va enfin faire avancer les choses.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










