Après des années d’absence, les cyclistes femmes vont enfin pouvoir faire le Tour de France comme leurs homologues masculins. Enfin presque, et la différence est de taille. Les femmes auront bel et bien une épreuve dédiée, mais d’une durée de huit jours seulement, du 24 au 31 juillet. Personne ne nie que cette course représente une avancée pour le cyclisme professionnel féminin, mais beaucoup reste à faire pour que la parité soit respectée. Au-delà des bonnes intentions d’ASO, organisateur de l’événement, l’engouement croissant des médias et des sponsors pour le cyclisme ne pourra que favoriser l’éclosion d’un « vrai » Tour de France Femmes.
Jeudi 14 octobre, lors de l’annonce du parcours de l’épreuve masculine de 2022, les étapes d’une nouvelle course par étape, le Tour de France Femmes, ont été dévoilées. Très attendue par les cyclistes professionnelles, cette épreuve d’une durée de huit jours, remplacera « La Course by Tour de France », événement d’une journée organisé jusqu’à présent dans différents lieux depuis 2014.

Pendant des années, on a pu reprocher à la société organisatrice du Tour de France, Amaury Sport Organisation (ASO), de ne pas avoir fait de « La Course by le Tour de France » une compétition par étapes au même titre que l’épreuve masculine. De 1984 à 1989, il y a bien eu un Tour de France féminin, disparu en raison de difficultés financières. Cependant, de nos jours, d’autres courses internationales proposent des épreuves de plusieurs jours pour les professionnelles, à commencer par le très prestigieux Giro d’Italia Donne (Tour d’Italie Féminin) qui dure dix jours.
1000 km, de Paris aux sommets des Vosges
Ces dernières années, de nombreuses personnalités issues du cyclisme professionnel ont fait pression sur la société ASO pour qu’elle investisse davantage dans le cyclisme féminin en permettant aux femmes de courir un Tour de France qui comporte les mêmes montées emblématiques et les mêmes routes pittoresques que l’épreuve masculine, et qui offre au vainqueur le très convoité maillot jaune, le tout diffusé en direct pour que les fans puissent y assister depuis le monde entier. C’est dire si, jeudi dernier, la conférence de presse d’ASO était attendue.
On sait aujourd’hui que le premier Tour de France Femmes démarrera le 24 juillet, dernier jour de l’épreuve masculine. Les cyclistes professionnelles partiront donc depuis Paris, pour plus de 1000 km entre étapes vallonnées et plates à travers le nord-est de la France, avant de se diriger vers les Vosges, avec deux étapes de montagnes dont le sommet aussi spectaculaire que symbolique de la « Planche des Belles Filles » (1 148 m).
Le parcours a reçu une approbation quasi unanime de la part de plusieurs des meilleures coureuses, notamment la Néerlandaise Annemiek van Vleuten, actuelle championne olympique du contre-la-montre individuel, qui a déclaré que la diversité du parcours proposé, était la preuve qu’ASO avait pris au sérieux cette épreuve féminine. De son côté, la cycliste sud-africaine Ashleigh Moolman-Pasio, l’une des personnalités les plus à même de réclamer plus d’égalité dans les courses féminines, a souligné que l’inclusion des deux étapes de montagne était un excellent test pour le peloton féminin. « Cela a dépassé toutes nos attentes. Il y en a pour tout le monde : du plat, du long, du gravel, et la mythique Planche des Belles Filles pour laquelle je suis la plus motivée, a-t-elle expliqué. Ce sera mon grand objectif pour l’année prochaine ».

« Le sport continue de progresser »
La question est maintenant de savoir comment ASO va faire évoluer l’événement lors des prochaines éditions. Bien-sûr, cette nouvelle épreuve féminine est une amélioration majeure par rapport à « La Course by Tour de France ». Mais elle fait encore pâle figure comparée à la compétition masculine en termes de longueur et de parcours. Pas d’ascensions emblématiques des Alpes et des Pyrénées au programme, ni même de contre-la-montre individuel, pilier de la course masculine. De plus, les étapes sont plus courtes que celles des hommes, ce qui est d’ailleurs le cas de toutes les épreuves professionnelles féminines sur route. « La plus grande différence est que les femmes auront 8 jours alors que les hommes en ont 21. Cela reste une différence flagrante qui doit être abordée », n’a pas manqué de commenter Kathryn Bertine, ancienne cycliste professionnelle, à la CBC.
Ces dernières années, beaucoup ont plaidé en faveur d’une course de trois semaines pour les femmes. Et les débats au sein du peloton professionnel sur la longueur idéale d’une course à étapes pour les femmes ont été intenses. Certains coureurs soutenant en effet que des événements plus courts produisaient une action plus passionnante. Un argument étayé par une étude de 2018 montrant que les femmes roulent à des intensités plus élevées lors de leurs épreuves plus courtes, contrairement aux hommes. Soit. Mais rien ne prouve qu’une course plus longue la rendrait moins passionnante. Le débat est donc loin d’être clos, mais les coureurs professionnels actuels reconnaissent que le Tour de France Femmes est une étape importante permettant de réduire l’écart d’attention médiatique entre les sexes dans le cyclisme. « Le sport continue de progresser car nous sommes maintenant en mesure de participer à la course la plus connue au monde », a ainsi déclaré, bonne joueuse, la championne britannique Lizzie Deignan. Une expansion future du Tour est donc à sérieusement envisager. D’autant que la plateforme de cyclisme virtuel Zwift, sponsor principal de l’événement pour quatre ans, propose déjà des prix et des distances égales dans ses courses virtuelles pour les élites hommes et femmes.
« Quand j’étais petite, je regardais le Tour de France à la télévision avec admiration. Mais au début de ma carrière, je me doutais que je n’aurais jamais l’occasion d’y courir », a déclaré Marion Rousse, directrice de la course féminine, engagée par ASO. « En acceptant cette mission, j’affirme mon investissement. Il ne s’agit pas de lancer une course pour deux ou trois éditions seulement. Cela doit devenir un rituel auprès du public, et pour longtemps ».

« L’objectif est d’organiser une course qui existera encore dans 100 ans »
La direction d’ASO semble effectivement comprendre la nécessité de créer une épreuve féminine gérée avec le même sérieux que la course masculine, et d’en assurer la même longévité. Le Tour de France masculin est de loin l’événement le plus important et le plus lucratif du cyclisme professionnel. Ses 108 ans d’histoire et sa place dans la culture française ont contribué à faire progresser le cyclisme de compétition dans le monde entier. Chaque année, les millions d’euros générés par les téléspectateurs et les ventes de sponsoring du Tour de France contribuent à financer les courses plus petites d’ASO.
Or, il n’a pas échappé à l ‘organisation que les courses professionnelles féminines ont beau évoluer depuis des années dans un paysage financier délicat, avec un marché du sponsoring difficile, elles voient leurs audiences télévisées augmenter plus rapidement que celles des courses masculines. Dès lors, on comprend qu’exploiter la puissance financière et l’énorme audience du Tour de France pour propulser le cyclisme féminin semble enfin devenir une priorité pour ASO. « L’objectif est d’organiser une course qui existera encore dans 100 ans » a déclaré Christian Prudhomme, directeur général d’ASO pour le Tour de France masculin. L’organisation s’engagerait donc à la long terme pour le Tour de France Femmes, on ne peut que s’en réjouir, en espérant que les mêmes travers qui ont entaché la course masculine ne ternissent cette épreuve toute neuve.
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