Direction les parois mythiques du Yosemite pour « Cap to El Cap », une équipe composée en majorité de grimpeurs de haut et très niveau, dont le Belge Sébastien Berthe, en train de travailler le "Dawn Wall", reputée pour être la grande voie la plus dure au monde. Mais au lieu d’y aller en avion, ils ont choisi une approche neutre en carbone à la voile, loin d’être incompatible avec l’entraînement nous ont-ils expliqué.
Après vingt de jours passés sur le Dawn Wall, une paroi de plus de 1 000 mètres, les grimpeurs belges Sébastien Berthe - membre de l'expédition "Cap sur El Cap" - et Siebe Vanhee ont atteint le sommet fin janvier. Une première petite victoire ! Désormais, il leur reste une longue phase de travail avant de réussir à enchaîner la voie – c’est-à-dire à réaliser l’ensemble des longueurs sans tomber. L’itinéraire sur lequel ils ont jeté leur dévolu est l’un des challenges les plus ambitieux de ces dernières années, le rêve de tous les grimpeurs, situé à El Capitan, le plus grand monolithe du monde, dans le parc national du Yosemite, aux États-Unis. À ce jour, seulement trois athlètes ont gravi cette voie aux prises quasi-inexistantes – les Américains Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson et le Tchèque Adam Ondra, grimpeur de légende.
À ce stade, l’objectif des Belges n’est donc plus de battre un quelconque record mais d’ajouter leur nom aux ascensionnistes, ce qui serait déjà un bel exploit ! Après une première phase de repérage des 32 longueurs, dont près de la moitié oscillent entre le 8e et le 9e degré (sur une échelle de cotation de 3a à 9c), Seb et Siebe peaufinent actuellement leur entraînement au pied de la paroi, retournant de temps en temps dans la voie. « Ils se préparent pour un « push », une tentative d’enchaînement où ils resteront plusieurs jours sur le mur, en travaillant les mouvements et les sections, en tâchant de les mémoriser et de trouver le meilleur moyen de protéger les passages exposés. Étant donné la densité des longueurs très dures, cette phase peut durer longtemps. Monter sur le mur, essayer les mouvements, dormir en paroi, rester optimiste est très fatigant, ce qui rend précaire l’équilibre entre tout donner et se préserver pour la suite […] Ce travail de préparation doit être minutieusement réalisé pour avoir une chance de réussite » nous explique Soline Kentzel, l’une des grimpeuses présente sur place.
L’un de ces deux athlètes professionnels, Sébastien Berthe, fait partie d’un tout autre projet, non moins passionnant, nommé « Cap sur El Cap », rassemblant 6 passionnés d’escalade, de haut et très haut niveau - Jean-Elie Lugon, guide de haute montagne suisse, Clovis Roubeix, employé dans une salle d’escalade, Julia Cassou, photographe outdoor, Baptiste Verdin, Soline Kentzel – et 2 marins aguerris – Maud De Hemptinne et Loïc Morize. Tous animés par le même désir : rejoindre la paroi de leur rêve, « El Capitan », sans « prendre l’avion, par conviction écologique » nous ont-ils expliqué.

Comment ? En traversant l’Atlantique à bord d'un voilier de 15 mètres, le Samsara. Après avoir levé l’ancre le 8 octobre 2021, ils ont mis plus de trois mois pour rallier la paroi, dont deux mois et demi en mer passés à naviguer et à s’entraîner. Une longue entreprise mixant deux disciplines – escalade et voile – ce qui implique une logistique importante, notamment au niveau de l’entraînement. Pour s’attaquer à l’une des voies les plus difficiles au monde, mieux vallait rester en forme !

Garder un rythme d’entraînement soutenu
S’entraîner sur un bateau, c’est possible. « Cela n’a pas été sans difficultés, entre aménagement d’une structure adéquate – petit pan à l’intérieur d’une cabine, pan extérieur démontable et inclinable, agrès suspendus sur la bôme (barre rigide fixée à l’horizontale à la base du mât d’un bateau, ndlr) et gestion du roulis. Source d'une instabilité permanente d’un côté à l’autre, il pose problème pour faire des tractions et se suspendre sur les doigts par exemple. Sans parler bien sûr du mal de mer et de la fatigue permanente engendrée par la navigation » nous ont-ils expliqué.
Malgré tout, ils ont réussi à garder un rythme d’entraînement soutenu. « Il est certain que ces efforts considérables réalisés pendant la traversée nous ont permis de maintenir notre niveau ». Après leur longue traversée, ils sont arrivés au Mexique, fin décembre, un État qu’ils ont traversé avec un van acheté sur place, avant que le groupe ne se scinde en deux. Certains préférant grimper sur les parois mexicaines, d’autres souhaitant rejoindre directement le parc du Yosemite afin d’y établir un camp de base pour les semaines à venir.

À bord, la primordiale gestion des déchets
Tous sportifs, les membres de l’équipage sont très sensibles à l’équilibre de leurs apports nutritionnels. « Si la gestion de la nourriture était une chose importante, la gestion des déchets – stockés sur le bateau le long de la traversée – l’était d’autant plus ! » nous ont-ils expliqué. Au menu : principalement de nombreux produits secs et non périssables – féculents, lentilles, tofu sous vide, œufs, lait de coco, fromage, etc. – par sacs d’une dizaine de kilos, un moyen efficace de réduire les déchets. « Lors de nos escales aux Canaries (où ils sont allés grimper sur l’île de Ténérife, ndlr) en Guadeloupe, nous avons fait le plein de fruits et légumes trouvés sur place, une mission de taille – surtout quand il faut, à deux, prendre le bus avec 80 kg de mangues, de patates douces et de concombres ! » se souviennent-ils.

« Faire des photos et vidéos, suspendue à une corde à 500 mètres de haut, toute une aventure ! »
Outre l’ambitieux enchaînement du « Dawn Wall » de Sébastien, les cinq autres grimpeurs envisagent également des projets nécessitant beaucoup de travail – gravir les 1000 mètres d’El-Capitan à la journée mais aussi une voie dans le 8e degré sur cette même paroi. « La maîtrise des techniques spécifiques de l’escalade dite traditionnelle (sur coinceurs, des protections amovibles, ndlr) et en fissure, demandent un temps d’apprentissage et d’adaptation. Ici, l’escalade est à la fois exigeante et terrifiante » nous explique Soline, la cadette du groupe (21 ans).
S’ajoute à cela deux objectifs de réalisation – un film sur l’expédition « Cap sur El Cap » et la prise de clichés, par Julia Cassou, photographe outdoor, de l’ascension de la cordée Sébastien Berthe et Siebe Vanhee dans le Dawn Wall. « Faire des photos et vidéos en étant suspendue sur une corde, à 500 mètres de haut, parfois plus, c’est toute une aventure ! »

Aucun record n’est à battre, même si l’enchaînement du « Dawn Wall » serait une sacrée performance ! Dans tous les cas, « Cap sur El Cap » demeure une expérience inouïe. Reste le retour en France qu’ils effectueront d’ici quelques mois, également en bateau, par les Açores. Au passage, ces grimpeurs passionnés comptent bien prolonger leur voyage en faisant peut-être escale à la découverte des parois du Groenland. À suivre.



En attendant le long métrage filmé par tous les membres du groupe et monté par Solidream, si. vous souhaitez suivre le projet « Cap to El Cap », rendez-vous sur leur Instagram respectifs, notamment celui de Sébastien Berthe et Julia Cassou. Vous pouvez également en savoir plus via leur newsletter.
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