L’emblématique aventurier et homme d’affaires s’est entretenu à bâtons rompus avec l’animateur Tim Ferris, considéré comme l’Oprah Winfrey des podcasts outre-Atlantique. Au menu : comment rester en forme, savoir gérer les risques et ne paniquer en aucune circonstance.
On ne présente plus Richard Branson, fondateur et président de Virgin Group. Entrepreneur, aventurier, activiste et symbole du monde des affaires, il a récemment publié sa nouvelle autobiographie, Virgin, mon destin, qu’il considère comme la suite de son ouvrage Mes Virginités, paru en 1998. Il y partage en toute franchise les détails d’une vie de triomphes et d’échecs, et examine intimement sa quête éternelle : repousser les limites et briser les règles, en quête de nouvelles frontières.
Il y a quelques années, j’ai lu un article sur vous qui disait que vous déteniez sans doute le record du nombre d’expériences de mort imminente fortement médiatisées. L’article citait notamment votre hélitreuillage après votre chute en mer lors de votre tour du monde en ballon et votre crash dans le désert algérien. Dans de telles circonstances, que dites-vous aux gens qui paniquent ? Que faites-vous ?
Je crois que l’humour est important. Il faut faire bonne figure, des blagues, prendre les gens dans ses bras. L’aspect tactile est important. Quand j’ai fait le tour du monde en ballon, bien des choses se sont mal passées. Nous étions généralement deux dans la capsule. Dans une telle situation, chacun doit s’efforcer de remonter le moral de l’autre. La seule manière de survivre est de rester concentré, positif. Vous allez mourir à coup sûr, sauf si vous vous battez jusqu’à la dernière limite. Il y a eu des circonstances dans lesquelles, sur le papier, nous avions largement plus de 90 % de chances de ne jamais rentrer chez nous. Je crois que c’est en restant concentrés, positifs - et avec une bonne dose de veine - que nous avons réussi à survivre.
Vous semblez faire beaucoup de sport. Je vous ai vu skier pendant des heures, nager ou faire du kitesurf autour de Necker Island, votre île aux Antilles. Quelles sont les pratiques ou les habitudes qui vous aident à maintenir votre énergie et vos performances à un niveau aussi élevé, et depuis aussi longtemps ?
S’occuper de soi, c’est évidemment la clé absolue. Tout part de là, de votre état de santé physique et mental. Généralement, j’y arrive par le sport. Je me lève tôt le matin et je fais un match de tennis très dur, en simple, contre quelqu’un qui joue mieux que moi. Parfois, je vais ensuite faire du kitesurf, puis je prends mon petit-déjeuner, et la journée commence. Très souvent, je refais la même chose plus tard dans la journée, et je vais parfois faire le tour de l’île à la nage.
Aujourd’hui, mes enfants m’emboîtent le pas. Chaque année, ils fixent un objectif que nous atteignons ensemble. En 2016, nous avons commencé avec le Cervin, en Suisse, nous avons fait une randonnée de huit jours dans la montagne. Ensuite, nous sommes partis en vélo, parcourant 150 kilomètres par jour, traversant toute l’Italie du nord au sud. Puis nous avons nagé jusqu’en Sicile. Ensuite, nous avons refait une virée en vélo, puis un marathon, avant de terminer au sommet de l’Etna. Cela nous a pris un mois. J’étais en miettes au milieu du périple. Mais à la fin, je me sentais comme un jeune homme de 25 ans.
Votre mère a écrit un livre intitulé Mum’s the Word: The High-Flying Adventures of Eve Branson, qui raconte comment elle s’est déguisée en garçon pour prendre des leçons de planeur ou comment elle est entrée dans la branche féminine de la Royal Navy. Comment était-elle, quand vous étiez enfant ?
Tout d’abord, j’ai beaucoup de chance. Nous sommes une famille très soudée, ce qui m’a donné des bases fantastiques. L’approche éducative de ma mère la mènerait en prison aujourd’hui, mais à cette époque, elle pouvait s’en tirer. Quand j’avais dans les cinq ans, elle me faisait parfois sortir de la voiture à quatre ou cinq kilomètres de la maison de ma grand-mère et me disait de me débrouiller pour rentrer. Elle me faisait grimper sur un vélo, quand j’avais sept ou huit ans, et m’obligeait à parcourir plusieurs kilomètres sous la pluie battante, toujours vers la maison de ma grand-mère. Son idée, c’était que si nous survivions, nous serions alors encore plus forts. Elle nous interdisait de regarder la télévision. Elle nous éjectait de la maison et nous disait de revenir le soir : “Sortez, grimpez aux arbres, sauvez des chats, et je vous verrai ce soir.” Nous vivions à la campagne et c’était une enfance joyeuse. Pleine d’amour. Cela n’est peut-être pas évident à première vue. Mais elle n’essayait pas de nous tuer, elle nous aimait.
Beaucoup de gens vous considèrent comme un entrepreneur capable de prendre tous les risques, mettant sa vie en jeu. Mais vous êtes en fait un maître ès limitation des risques, ce qui apparaît clairement lorsque vous décrivez vos débuts dans le transport aérien. Pouvez-vous nous raconter le lancement de Virgin Atlantic dans les années 1980 ?
Eh bien, j’avais la vingtaine. Je n’avais pas vu ma petite amie depuis trois semaines, et j’étais en route pour la retrouver aux Îles Vierges. J’étais à Porto Rico, il était environ 18 heures. American Airlines, a annoncé qu’elle allait repousser le vol au lendemain matin, car elle n’avait pas assez de passagers. Il était hors de question que j’attende aussi longtemps. Donc je suis allé à l’arrière de l’aéroport et j’ai loué un avion, en espérant que ma carte de crédit allait passer. Ensuite, j’ai emprunté un tableau noir et, pour blaguer, j’y ai inscrit : “Virgin Airlines, aller simple pour les îles Vierges britanniques, 29 $ ou 39 $.” Je suis allé voir toutes les personnes restées sur le carreau et j’ai rempli mon premier avion. Après notre atterrissage, l’un des passagers m’a tapé sur l’épaule et m’a dit : “Affinez un peu votre service, Richard, et vous pourrez vous lancer dans le transport aérien.”
Cela m’a fait réfléchir. La plupart des compagnies aériennes ne s’occupaient pas des passagers. Les membres d’équipage ne souriaient pas. La bouffe était affreuse. Le lendemain matin, j’étais sur Necker Island, et j’ai appelé Boeing. J’ai demandé à parler au service commercial. Un homme merveilleux, que j’ai par la suite très bien connu, a décroché. Il s’appelait R. J. Wilson. L’appel s’est passé à peu près comme ceci. Je lui ai dit : “Je m’appelle Richard Branson. Je suis intéressé par l’achat d’un 747 d’occasion.” R. J. Wilson m’a répondu : “Bon. Vous faites quoi dans la vie ?”
Je lui ai rétorqué : “Je suis dans l’industrie du disque. J’ai les Rolling Stones. J’ai les Sex Pistols. J’ai Janet Jackson, et tout un tas d’artistes merveilleux.” Je sentais qu’il pensait que je lui faisais perdre son temps. Il m’a demandé : “Et vous êtes basé où ?” J’ai répondu : « En Angleterre.” J’ai appris plus tard que s’il avait continué à me parler, c’était parce que les gens de chez Boeing estimaient que British Airways profitait d’eux, vu que la compagnie n’avait aucune concurrente. Il pensait que dans un cadre plus compétitif, Boeing aurait un peu plus de marge de négociation. Il m’a donc dit : “Il se trouve que nous avons un 747 d’occasion. Mais je crois vraiment que vous devriez changer de nom. Avec Virgin, les gens penseront que vous n’irez jamais au bout.” Je lui ai répondu : “Merci pour le conseil. J’y réfléchirai.”
Comment l’échec, ou du moins l’apparence de l’échec, vous a-t-il motivé pour vos succès ultérieurs ?
Je me rappelle la première fois que nous avons traversé l’Atlantique en bateau. Nous essayions de battre le record de la traversée et nous avons coulé. Puis nous avons construit un autre bateau, et nous avons réussi. Les Britanniques adorent les outsiders. Cela m’a appris qu’échouer avant de réussir valait mieux que de réussir dès son premier essai.
Quelle croyance, quel comportement ou quelle habitude vous ont-ils permis d’améliorer votre vie ?
Quand j’étais gamin, si je disais quoi que ce soit de mal au sujet de quiconque, mes parents m’obligeaient à rester devant le miroir pendant dix minutes afin que je comprenne quelle mauvaise image de moi cela donnait. J’aime donc à penser que je n’ai généralement jamais dit du mal d’autrui. Je crois que c’est l’un des meilleurs conseils que j’aie jamais reçus, et je l’ai bien sûr transmis à mon tour.
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