Plus haut sommet d’Amérique du nord, culminant à 6190 m, au cœur de l’Alaska, le Denali a été le théâtre d’un exploit hors norme, le 20 juin dernier : la descente en ski alpinisme de Vasu Sojitra et de Pete McAfee, tous deux amputés d’une jambe.
Les exploits d’athlètes handicapés ne sont pas officiellement recensés dans le domaine de l’alpinisme. Mais on sait qu’un certain nombre d’entre eux ont déjà réussi l’ascension du Denali (6190 m). Aucun en revanche n’était parvenu jusqu’à présent à le descendre à ski. Voilà qui est fait. Il y a quelques jours, le 20 juin, les Américains Vasu Sojitra - seul handi-athlète du team The North Face - et Pete McAfee, tous deux amputés d’une jambe (et équipé d’une prothèse dans le cas de Pete), sont les premiers à s’illustrer ainsi sur le plus haut sommet d’Amérique de Nord. Un événement dans le monde du ski alpinisme, un signal fort pour la communauté des personnes handicapées.

Leur équipe comptait six personnes : les alpinistes et cinéastes Erich Roepke, Stein Retzlaff, Ted Hesser et Ben Farrar. Presque tous faisaient leur premier pas sur le Denali. Seul Roepke en avait déjà fait l'ascension auparavant. "Cette première descente par des handicapés va bien au-delà d’un exploit individuel », explique Pete. « Elle permet de montrer au monde entier ce que nous, les personnes handicapées, sommes capables de faire lorsqu’on nous en donne les moyens et l’opportunité.
La course contre la tempête
Vasu Sojitra, 29 ans basé à Bozeman dans le Montana, milite activement en faveur d’une approche plus inclusive de l’outdoor. A titre personnel, il affiche des performances impressionnantes, notamment la première descente handicapée du Mont Moran (3842 m), dans le Wyoming, début 2021. Pete McAfee, technicien en radiologie de 38 ans, installé à Medford, dans l'Oregon, est père de deux enfants. Il a commencé à escalader et à skier des sommets il y a cinq ans seulement. Depuis, c’est devenu une vraie passion, notamment les ascensions. "Vasu est un skieur incroyablement talentueux, et Pete est une bête dans les montées", explique Eric Roepke, skieur pro et réalisateur. "Sur le Denali, j'ai des images de lui tirant une pulka chargée de 80 kg de matos en haut de Motorcycle Hill.
La cordée a profité d’une fenêtre météo pour monter jusqu' à 4260 m, mais le temps que les alpinistes s'acclimatent, une tempête s’est abattue sur eux. Au bout de huit jours d’attente au camp, ils ne savaient toujours pas s'ils allaient bénéficier d'une pause suffisamment longue pour tenter une poussée vers le sommet. Aussi, dès qu'une courte fenêtre s'est ouverte, ils l'ont immédiatement saisie. "Nous sommes passés de 4260 m à 5180 m en un temps éclair", raconte Eric Roepke qui se souvient de leur réveil, le lendemain matin, en plein brouillard.
Bientôt un documentaire sur l'expédition
Malgré tout, l’équipe est parvenue à atteindre le sommet du Denali vers 22 heures en passant par la West Buttress. "Ça n'avait pourtant rien d'évident », explique Pete McAfee. "Je pense que j'étais le gars le moins expérimenté de l'équipe. Mais je voulais me tester et voir si j'étais capable d'aller jusqu'au bout. Je me suis entraîné comme un fou tout l'hiver." Eric Roepke et Stein Retzlaff n'avaient aucun doute, eux, sur ses capacités : ils le connaissaient bien pour avoir déjà fait avec lui une expédition vélo/ski dans l’arc des Cascades, un territoire vertigineux s’étendant de la Colombie britannique, au Canada, jusqu’au nord de la Californie. Eric se souvient également d'avoir entraîné Pete au sommet du Mont Shasta 4316 mètres, où il s’est imposé comme l’alpiniste le plus rapide du groupe !
Ajoutons enfin que cette année, les conditions de ski sur Denali étaient sans doute les pires depuis une décennie. Faute d’un manteau neigeux suffisant, de nombreuses descentes classiques, notamment la Rescue Gully et le couloir Messner, étaient impossibles à ski. L'équipe a donc choisi de descendre en partant juste en dessous de son itinéraire de montée, sur la face de l'Autobahn. "Cette saison, nous avons skié toutes les pentes skiables possibles sur la voie de la West Buttress », raconte Eric Roepke. Mais l’arrivée du mauvais temps a conduit le groupe a rapidement quitter la montagne. Un assaut de 24 heures leur a permis d’arriver du sommet et de redescendre jusqu'à la piste d'atterrissage du camp de base de Kahiltna, à 2225 m. L’annonce de vents violents leur faisant craindre de perdre leur vol de retour. "J’ai poussé à fond sur les trois derniers kilomètres", se souvient Eric. "Ça faisait longtemps que je m’étais pas donné à fond comme ça. Jamais je n’ai avancé aussi vite sur une cordée !"
Vasu Sojitra et Pete McAfee et leurs compagnons ont finalement réussi à regagner la zone du Lower 48, sur le Denali. Ils récupèrent actuellement et prennent le temps d’éditer les photos et vidéos qui devraient nourrir un documentaire à venir en 2022. A ne pas manquer !
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