Dans son nouveau livre, “Eloge de la peur”, l’écrivain voyageur Gérard Guerrier s’interroge sur nos comportements face à la prise de risque. Alors que de nombreux ouvrages se sont déjà penchés sur le thème, l’auteur fait un pas de côté en s’attaquant à la peur que l’on choisit délibérément. Il convie Guillaume Néry, Alex Honnold, Stéphanie Bonnet et d’autres grands noms de l’extrême à décortiquer leurs motivations à la transcender. De quoi trouver des clés pour apprivoiser ses propres frayeurs lorsque l’on se confronte à l’inconnu.
“Il y a un équilibre précaire entre la peur et la volonté qui m’interpelle”, écrit Gérard Guerrier, au début de son Éloge de la peur. Les obsessions et la personnalité de l’auteur importent ici, car l’homme livre sans fausse pudeur des pans intimes de sa vie, mêlés aux témoignages de dizaines d’aventuriers et penseurs. En fait de vie, l’homme en a menées plusieurs : ingénieur-plongeur, guide de montagne ou encore journaliste. Minutieux, ce passionné de deltaplane s’attache à tenter de décrire et définir la peur, repère cette dernière aux premiers soubresauts de l’humanité et l’accompagne à travers les âges, les explorateurs, aventuriers et penseurs, livrant au passage le grand drame de sa vie - et peut-être l’une des raisons de l’existence de cet ouvrage.
Évoquant sa légitimité à écrire sur le sujet, Gérard Guerrier explique qu’en “cette matière rien ne vaut le vécu, l’intime”. Le livre se construit en patchwork, avec un auteur qui pioche alternativement dans ses souvenirs et dans l’histoire des aventuriers jusqu’aux plus contemporains. Après l’incontournable exposé sur la peur à travers les âges, l’auteur livre un jugement amer sur notre siècle : “Nos sociétés occidentales n’ont jamais semblé aussi peureuses, comme si les gains de sécurité et de confort avaient été compensés par une pusillanimité exacerbée !”.
Un monde frileux, qui a poussé Gérard Guerrier à resserrer son angle autour de la peur choisie plutôt que celle subie. Tandis que la dernière a été abondamment traitée par les philosophes, psychanalystes et sociologues, celle liée à la prise de risque volontaire n’est finalement que peu documentée. Ici les mots comptent. Attention à ne pas confondre peur et angoisse : la première évoquerait une appréhension face une menace extérieure tandis que la seconde serait plus une inquiétude dans laquelle le danger reste indéterminé.

La peur, à défaut de faire disparaître le danger qui nous l’inspire, permet de se préserver en nous avertissant et nous permettant d’augmenter notre vigilance, que ce soit pour fuir ou se préparer au combat. Celle-ci, tout le monde la ressent. Tout le monde vit des aventures, la seule nuance étant que l’aventurier s’impose les siennes, écrit Gérard Guerrier.
Si de grands noms - Stéphanie Bodet, Alex Honnold, Justine Dupont, Bertrand Piccard, Guillaume Néry, Garrett McNamara, Isabelle Autissier, Felix Baumgartner… - sont passés au crible dans toutes les phases de leur peur, l’auteur fait aussi appel à la science, se penchant sur la fameuse “amygdale endormie” du cerveau du soloiste Alex Honnold qui expliquerait sa résistance à la peur, ou encore sur la supposée dépendance des aventuriers à l’adrénaline versus la dopamine.
Cette enquête, qui peut sembler un peu fourre-tout par moment, a le mérite de ne jamais ennuyer grâce à la richesse des anecdotes et témoignages apportés. Finalement, Gérard Guerrier livre moins un recueil exhaustif sur le sujet qu’une cartographie des constellations de la peur, dont il assume de laisser certaines zones dans le noir. On le referme avec une envie : se réconcilier avec ce qui nous effraye et reprendre possession de notre liberté.
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