Des Alpes aux Pyrénées, c’est une carte globale de la « France sauvage » que l’on a enfin entre les mains : des géographes viennent en effet de parvenir à cartographier les espaces naturels les moins touchés par les activités humaines. Un précieux outil qui devrait permettre d'identifier de nouveaux territoires sauvages à protéger en priorité, en accord avec les objectifs validés par le Congrès Mondial de la nature organisé à Marseille la semaine dernière.
Les espaces naturels les moins touchés par l’homme, enfin cartographiés par des géographes pour optimiser la préservation des zones naturelles : c’est l’un des derniers résultats du Congrès Mondial de la Nature de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), qui s’est tenu à Marseille du 3 au 11 septembre dernier. Après l’annonce du gouvernement - moyennement convaincante - de vouloir protéger 30% des espaces terrestres et maritimes en France, dont 10% en "protection forte" d’ici 2030, le Comité français de l’UICN propose cette fois-ci une cartographie des espaces les plus sauvages, sur lesquels les autorités de protection de l’environnement devraient se focaliser en priorité. Mais quelles sont ces zones, et sur quels critères ont-elles été déterminées ?
Qui est à l’origine de cette cartographie ?
Le Congrès Mondial de la Nature de l’UICN, organisé à Marseille la semaine dernière, a été un tremplin pour le projet « CARTNAT », qui a pour objectif de développer une méthode de cartographie de la « naturalité à l’échelle de la France métropolitaine terrestre ». Financé par le Comité français de l’UICN, le WWF (World Wide Fund for Nature) et WildEurope Initiative et ces travaux sont dirigés par Adrien Guetté, géographe à l’Université d’Angers et Jonathan Carruthers-Jones de l’Université de Leeds (Royaume-Uni). Autrement dit, des organismes indépendants de l’Etat, qui expliquent vouloir « mettre à disposition des données cartographiques pour les diagnostics servant aux déclinaisons territoires de la stratégie nationale pour les aires protégées » - des espaces protégés, dont nous parlions dans Outside la semaine dernière.
Qu’est-ce que la « naturalité » ?
La naturalité d’un territoire pourrait se définir par son potentiel à rester le plus naturel possible. Elle se mesure à l’aide de trois critères. Le premier, « l’intégrité biophysique de l’occupation du sol », c’est-à-dire si l’espace concerné est artificialisé avec des constructions humaines, urbaines, etc., ou si sa végétation est d’origine (comme une forêt vierge que l’on n’aurait pas défrichée, par exemple). Ensuite, vient « la spontanéité des processus » : il s’agit de savoir si la végétation a été redirigée par l’homme, comme pour aménager des jardins publics ou des parcs ; ou si la nature est restée libre, en évoluant sans être taillée ou élaguée. Enfin, troisième critère, les « continuités spatiales », qui correspond à la surface d’une végétation qui n’a pas été envahie par des constructions urbaines (voir le schéma ci-dessous). Ces trois critères permettent donc d’évaluer si un territoire est resté « sauvage » ou non.

Quelles sont les zones les plus sauvages en France ?
Au vu des cartes du projet « CARTNAT », il apparait plutôt clairement que les espaces les plus protégés des activités humaines restent les montagnes. Difficile d’accès à l’homme et aux constructions massives, les massifs sont aussi en première ligne face au réchauffement climatique, et figurent logiquement parmi les territoires à protéger en priorité. Mais, les chercheurs se sont également aperçus que des tâches de naturalité perduraient dans toute la France, y compris en plaine. « La petite région à l’ouest des causses du Quercy semble ainsi bénéficier d’une nature préservée qui ne bénéficie d’aucun statut », selon Adrien Guetté, géographe à l’Université d’Angers, interviewé par "Sciences et avenir".

(UCIN)
À quoi serviront ces cartes ?
Ces cartes ont été réalisées à partir de carrés de 20 mètre sur 20, une échelle assez précise pour être utilisée comme outil par les collectivités territoriales, pour les politiques d’aménagement et de conservation de la nature. Elles permettront de diagnostiquer les zones à préserver en priorité, dans le cadre de la stratégie nationale des aires protégées. Prochaine étape, « croiser la carte finale avec le réseau actuel des aires protégées. Cette analyse permettra notamment de distinguer les espaces de forte naturalité potentielle qui ne sont pas actuellement couverts par une protection », indique le rapport. Seul bémol précisé par l’organisme, ces cartes sont un premier jet du projet, et méritent encore à être améliorées à l’aide de vérifications sur le terrain.
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