Skier sans neige. C’est la promesse du domaine d’Artouste-Laruns (Pyrénées-Atlantiques) qui vise à accueillir des skieurs toute l’année sans avoir à produire de neige de culture. Elle planifie pour cela la création d’une piste artificielle, soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine qui a favorablement voté, lundi 13 mai, pour subventionner l’équipement. Un projet qui témoigne une nouvelle fois de la fuite en avant de certaines stations en passe de devenir de véritables parcs de loisirs. Au détriment de l’environnement.
Dévaler toute l’année la partie sud du domaine d’Artouste-Laruns (Pyrénées-Atlantiques) jusqu’au pied de la station sur une piste synthétique de 200 mètres de long sur 15 ? Le projet divise. Lancé à l’initiative de la mairie, ce serait un moyen de diversifier les activités du territoire, désormais privé de neige une grande partie de l’hiver. Cette dernière présente cette piste artificielle comme étant un intérêt économique considérable pour la vallée d'Ossau , notamment en ce qui concerne « la préservation de l'emploi ». Un argument de plus en plus utilisé par les collectivités misant sur la stratégie d’un modèle « quatre saisons » remplaçant celui du « tout-ski ». Qui est tout de même à nuancer.
« On ne sait pas ce que le tourisme va devenir dans les prochaines décennies »
C’est d’ailleurs ce que nous avait expliqué Loïc Giaccone, chercheur associé à l’Institut de géographie et de durabilité à Sion (Université de Lausanne), dans le cadre de notre dossier dédié à l’avenir de la vie en montagne. « Le modèle du tout tourisme est aussi en péril, autant que le modèle du tout ski. C’est le discours de Philippe Bourdeau [professeur à l’Institut de Géographie Alpine de l’Université Grenoble-Alpes, ndlr] » détaillait-il. « Quand on est très dépendant du tourisme, on est dépendant de ce qui va arriver au tourisme. Or, on ne sait pas ce que le tourisme va devenir dans les prochaines décennies, cela va dépendre de l’évolution de l’économie, des évolutions climatiques à échelle locale, à échelle mondiale, des politiques qui sont mises en place, de la façon dont les gens évoluent dans leur consommation… ».
Les discours qui évoquent la sortie du tout ski remontent au début des années 2000. L’idée étant de proposer davantage de diversification. Est ensuite venue l’idée de sortir du tout neige, de faire du tourisme quatre saisons, en faisant par exemple fonctionner les remontées mécaniques l’été pour les VTT. Mais ce qui inquiète le chercheur quand on parle de diversification et de quatre saisons, c’est que « l’on a tendance à se dire qu’il faut augmenter la fréquentation car ces pratiques touristiques rapportent moins que le ski. Mais là, on revient à des problèmes environnementaux de base. On l’a vu pendant et après le Covid. Lorsque la fréquentation a fortement augmenté en montagne, on peut vite avoir des problèmes aussi [on parle alors de surfréquentation, lire ici notre article sur le sujet, ndlr] ».
« On n’arrive pas à fidéliser une clientèle qui skie sur la neige, alors sur du plastique ? »
Une pression notable sur l’environnement que n’ont pas manqué de remarquer les élus pyrénéens. D’autant plus que cette piste artificielle serait implantée « à proximité d’un site classé et dans une zone Natura 2000 ». De quoi inquiéter. D'autant que le projet a suscité l’intérêt de la région Nouvelle-Aquitaine qui a favorablement voté, lundi 13 mai, pour le subventionner à hauteur de 75 950 €, sur un montant total de 372 000 €. « Une honte » selon le conseiller régional Les Ecologistes Stéphane Trifiletti. « Ce n'est pas le modèle que nous souhaitons pour nos belles vallées pyrénéennes qui font partie des endroits les plus impactés par le réchauffement climatique […] Au lieu de protéger ces zones et les aménager de manière durable, on les déménage et on met du synthétique ».
De son côté, Jean-Christophe Lalanne, directeur de la station, défend une volonté « de ne pas développer de la neige de culture » afin « d’économiser de l’eau et de l’électricité ». Et affirme que cette piste totalement artificielle, composée « à partir de matières recyclées » est l'alternative idéale pour éviter l'utilisation de canons à neige. Sauf que dans les faits, c’est plus complexe que cela. Notamment parce que « dans le process de recyclage du plastique, on doit quand même réinjecter du plastique » interpellent Les Ecologistes qui appellent, dans un communiqué, à la mise en place d'une étude environnementale.
Se pose également la question de la viabilité économique d’un tel projet. Car pour le moment, rien n’affirme que cette piste artificielle permettra de compenser le déficit de neige dans la station. « On n’arrive pas à fidéliser une clientèle qui skie sur la neige, alors sur du plastique ? » s’interroge Stéphane Trifiletti.
« On apprend à skier dans les ruines du capitalisme »
L’idée du ski sur tapis, sans neige, n’est pas nouvelle. On se souvient de la piste artificielle installée sur les pentes de Fourvière, à Lyon, dans les années 70. Quelques autres stations ont déjà investi dans ce type d’équipement. Et peu de gens savent que la plus grande piste de ski synthétique d'Europe se trouve à Nœux-les-Mines dans le Pas-de-Calais, à moins d’une heure de Lille. Il s'agit en réalité d'un terril, colline artificielle construite par accumulation de résidus miniers. Ce dernier a été réaménagé en base de loisirs, Loisinord. Sur place, une piste de ski de 320 mètres de long, inaugurée en 1996. Et pour donner cette impression de neige éternelle et de garantir des sensations de glisse, la piste est recouverte d'une couche blanche et brumisée en permanence.
Plus récemment, en 2022, était inaugurée à la station Foux d’Allos (Alpes-de-Haute-Provence) une piste synthétique de 162 mètres sur 12. Un revêtement plastique vert fluo qui n’est pas du goût de tout le monde. « Il semble inéluctable qu’avec l’usure, les picots de plastique vont se dégrader. Ce plastique va se retrouver dans le Verdon puis dans la mer », assurait à Reporterre Emmanuel Faure, bénévole à l’association Mountain Wilderness.
Des projets qui, selon Philippe Bourdeau, professeur à l’Institut de Géographie Alpine de l’Université Grenoble-Alpes, rentrent « dans le cadre des stations devenues des parcs de loisirs. Le coup d’après serait de réduire la dépendance au tourisme. Mais les stations ne savent pas faire autre chose... Maintenant, on apprend à skier dans les ruines du capitalisme », conclut-il.
Du côté des Pyrénées, la piste artificielle prévue au domaine d’Artouste- Laruns devrait voir le jour à l'horizon 2025. Elle a déjà reçu l'avis favorable de la commission nationale des sites.
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