D'un côté le Japonais Sorato Anraku, prodige de 17 ans et le Britannique Toby Roberts, 19 ans. De l’autre Le Tchèque Adam Ondra, 31 ans et l’Autrichien Jakob Schubert, 33 ans, aka « la machine », aux palmarès vertigineux. Sûr que ces deux-là, qui font figures de grands favoris en combiné, auront à cœur de se battre pour l’or ce vendredi 9 août. Mais parmi les 8 qualifiés, dont un Français, Paul Jenft, les challengers ne manquent pas et pourraient créer la surprise.
A l’issue des demi-finales masculines en combiné, huit grimpeurs ont gagné leur ticket pour l’ultime épreuve qui doit se jouer ce vendredi 9 août.

Sans surprise, le Japonais Sorato Anraku, donné favori en combiné, s’est montré éblouissant et parfaitement à la hauteur d'une carrière vertigineuse. Pour rappel, en 2023, il est le plus jeune vainqueur d'une Coupe du monde d'escalade et le premier à remporter la Coupe du monde de bloc et de difficulté dès sa première année chez les séniors. En octobre 2023, à seulement 16 ans, il s'imposait comme le numéro un mondial en difficulté1, en bloc2 et en combiné (difficulté + bloc)3. Un palmarès auquel pas grand monde s’attendait au regard de son «(encore court) parcours antérieur.

Reste qu’à 17 ans, le grimpeur, remarqué pour sa polyvalence dans tous les styles, sa concentration extrême et son énorme capacité à encaisser de gros volumes de travail, se montre d'une régularité aussi marquée en difficulté qu’en bloc. Ajoutez qu’il n’est jamais aussi à l’aise que par temps chauds et on comprend pourquoi ses concurrents auront des soucis à se faire vendredi à Paris.

Parmi eux, des champions qui n’ont plus rien à prouver, ou presque, on y reviendra. Mais la menace, la vraie, pourrait venir pour Sorato d'un autre prodige de 19 ans à peine, le Britannique Toby Roberts, premier grimpeur britannique à se qualifier pour les Jeux olympiques, plus jeune grimpeur britannique à avoir réussi une voie d'escalade sportive cotée 9a (5.14d). Autre révélation de 2023, Toby continue sur sa lancée et talonne Sorato Anraku de près. Seul grimpeur avec le Japonais à avoir remporté une Coupe du Monde de bloc et de difficulté la saison dernière, il peut sans problème viser l’or. Mais rien n’est gagné, car on en connait au moins un, voire deux, qui ont bien l’intention de rappeler qui sont les boss.
La menace Jakob Schubert et Adam Ondra
A commencer par Jakob Schubert. A 33 ans, il fait figure de doyen comparé à la jeune garde qui avance à pas de géants, mais ce serait oublier un peu vite qui est l’Autrichien dont les aimables qualificatifs dont on l’affuble en disent long sur l’athlète : « cyborg » et « machine ». Pas de vains mots du tout, car on ne connait ni irrégularité mentale, ni épuisement physique à ce grimpeur considéré comme l’un des plus forts (physiquement parlant) au monde et l’un des plus titrés sur une carrière en sénior débutée en 2007 : 3 médailles d’or en Coupe du monde de bloc, 19 victoires et 4 titres de champion du monde en difficulté.

Très à l’aise en combiné (médaille de bronze à Tokyo), il semble aujourd’hui dans une condition physique exceptionnelle. Dernier atout, et non des moindres, son intelligence et son sens de la stratégie aiguisées par les années de pratique, mais aussi par les heures passées devant son échiquier. De quoi ébranler Sorato et Toby.

Mais aussi inquiéter un autre vétéran, Adam Ondra. S’il n’est pas donné pour favori dans cette épreuve, le Tchèque de 31 ans va vouloir faire oublier les déboires de Tokyo accumulés sur une épreuve combinant l'escalade de vitesse, l'escalade de bloc et l'escalade en tête. Un combo qui ne lui avait pas porté chance, il avait fini 6e. Le format est différent cette année, et le formidable champion se montre nettement plus confiant, comme il l’expliquait il y a quelques jours dans la presse.
"Objectivement, je dois admettre que mes rivaux ont beaucoup progressé et que le niveau de compétition en escalade en tête s'est considérablement amélioré au cours des dernières années de stagnation(.…) "Huit à dix grimpeurs peuvent aujourd'hui prétendre à une victoire en Coupe du monde de grimpe en tête, et je pense que le nombre de candidats à l'or olympique est à peu près le même. Bien sûr, en ce qui concerne la difficulté, cela dépend toujours beaucoup de la forme physique que l'on a le jour de la compétition.(…)
"L'escalade de bloc est plus une question de chance, mais je suis satisfait des progrès que j'ai faits dans cette discipline, comme en témoignent mes résultats au cours des deux dernières saisons. Je suis plus régulier, mes points faibles s'améliorent, et comme il s'agit d'une épreuve combinée aux Jeux, mes points faibles me désavantageront peut-être un peu moins.
"D'un autre côté, les tournois de qualification olympique de Shanghai et de Budapest ont confirmé que si je veux prétendre à une médaille à Paris, il faudra que je sois dans une forme absolument exceptionnelle et que j'aie de la chance.
"Si je sentais que je n'ai aucune chance de médaille, je ne voudrais probablement pas aller à Paris. Je suis fermement convaincue que j'ai une chance. Je sais que ça va être extrêmement difficile, et pour cela, il faut que toutes les conditions soient réunies : il faut que je peaufine ma forme à 100 %, que j'aie un peu de réussite, et alors peut-être qu'il y aura une chance de médaille."

La finale de vendredi s’annonce donc serrée en combiné. Et passionnante. D'autant qu’on aura à cœur de suivre aussi le jeune Français Paul Jenft, 21 ans, qui a réalisé un gros travail pour se qualifier en finale quand Sam Avezou a échoué sur la difficulté après sa réussite au bloc.
En vitesse : Bassa Mawem va tout donner
Enfin, pour suivre un autre tricolore, c’est dans l’épreuve de vitesse qu’il faudra se plonger dès demain, jeudi 8 août. Car Bassa Mawem est parvenu, sur le fil, à se qualifier en finale.

Certes l’Indonésien Veddriq Leonardo, 27 ans, semble bien parti pour rafler la mise, et l’or, mais rien n’est joué. On sait combien Bassa Mawem tient à prendre sa revanche lui aussi sur Tokyo. Et comment il est parvenu à revenir en force après sa blessure. A 39 ans Bassa dispute la dernière compétition de sa carrière, et il a bien l’intention pour finir en beauté, comme il nous l’expliquait en octobre dernier.

« Depuis toujours, je me dis que je veux finir ma carrière au plus haut de mon niveau. Pas sur la descente comme beaucoup de sportifs. Car si je prends l’exemple de Nadal aujourd’hui, c’est quelqu’un qui a été au top sur une décennie, voire plus. Et là, on le voit s’éteindre au fur et à mesure. Même chose pour Federer. Je n’ai pas envie de terminer comme ça. Je veux décider d’arrêter, et de le faire au plus haut de mon niveau. Alors quand je me suis blessé à Tokyo, je me suis posé la question : « Est-ce que j’arrête ? ». Sauf que si j’avais arrêté à ce moment-là, j’aurais été contraint d’arrêter sur une blessure. J’ai alors décidé de tenter un truc de fou : essayer de revenir de cette blessure de dingue pour terminer au plus haut de ma carrière. Dès le lendemain, j’ai décidé de continuer. Je l’ai aussi fait pour mon frère, le haut-niveau, c’est avant tout un projet commun. Mais aussi pour Paris 2024. Les JO en France, ça arrive une fois par siècle. C’est un évènement historique pour tout le monde, pour la France, le sport et nous. Alors ça valait le coup de continuer. Très rapidement, j’ai pris la décision de tenter cette qualification pour Paris, puis de viser cette médaille olympique pour terminer au plus haut de mon niveau. »
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