La carte des sites n'est pas encore complète, mais le budget des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030, continue de grimper. Il s’élèverait aujourd’hui à 2,1 milliards d’euros d’après la dernière évaluation des organisateurs qui, ce lundi, présentait leur copie au conseil d'administration de l'événement. Une centaine de millions d’euros dépasserait donc de l’enveloppe initiale, si cette hypothèse est validée aujourd'hui. Pour les couvrir, les administrés des Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Sud-Provence-Alpes-Côte d'Azur pourraient bien avoir à mettre la main à poche un peu plus que prévu.
Plus de cent millions d’euros. C’est pour l’instant l’excédent budgétaire du coût prévu pour organiser les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises (JOP 2030). Le budget a été réévalué à 2,1 milliards d’euros par les organisateurs quand l’État imposait de ne pas dépasser les 2 milliards. Ce plafond avait été établi six mois après la structuration des équipes d’Edgar Grospiron, l’ancien champion olympique de ski bosses devenu président du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop), soit fin juillet 2024.
D’où vient ce dépassement ? Il serait dû à la révision du montant de la provision pour aléas, d’après les organisateurs. Ce pôle de dépenses, sous-évalué initialement, atteindrait désormais 240 millions d’euros. Un "petit imprévu" suffisant pour dépasser le plafond de 2 milliards. La provision pour aléas, justement, est un mécanisme pour absorber les imprévus comme des surcoûts, des risques non anticipés, des changements de dernière minute, des travaux en plus… Cette provision, incluse dans le budget initial, doit donc faire tampon pour éviter d’augmenter le coût global. Pour les Jeux d'été 2024, cette enveloppe était de 275 millions d’euros.
Un budget de 3 milliards d'euros selon les observateurs
Mais les JO dans les Alpes ne sont pas les JO de Paris, et les budgets ne sont pas les mêmes. Or, ces 240 millions, qui semblent dérisoires par rapport au budget total, suffisent à déséquilibrer l’ensemble. Surtout, ils sont symptomatiques et certainement annonciateurs d’une tendance presque toujours à l’œuvre dans l’organisation d’une compétition olympique : l’explosion des coûts. Dans un rapport publié en septembre 2025, la Cour des comptes a fait savoir que les JO de Paris ont coûté trois plus cher que prévu. Pour les JO d’hiver en 2030, Sylvain Bersinger, chef économiste au cabinet Asterès, avançait dans une interview début octobre, que le budget précis n’était pas encore connu, mais qu'on savait qu’il y aurait "des dépassements". Selon l’expert, les chiffres qui circulent à l’heure actuelle seraient plus près des 3 milliards d’euros que des 2,1 annoncés.
Dans le détail, le budget des JOP 2030 doit être financé à 50% par le Cojop. Soit la bagatelle de 1 milliard d’euros à trouver à travers les partenariats, les produits dérivés, les hospitalités - des prestations VIP couplées à un billet - et, bien sûr, la billetterie. Pas gagné sur cette dernière source quand on sait que l'événement va se dérouler sur des sites multiples répartis sur deux vastes régions. Rien à voir avec Paris où, dans la même journée, on pouvait assister d'un coup de métro à de multiples compétitions. Le Comité international olympique contribue pour sa part à hauteur de 722 millions de dollars, soit 620 millions d’euros environ. De leur côté, l’État et les régions hôtes participent à hauteur d’un demi-milliard d’euros environ. Soit 362 millions de contribution de l’État. Et environ 100 millions des deux régions. Solidaires dans le financement public des Jeux, tous sont ici solidaires dans les pertes éventuelles. Les collectivités hôtes de compétitions ont déjà été avisées qu’elles auraient à supporter des dépenses supplémentaires, en matière de transports, de déneigement, d’éclairage public…
De + 14% à + 508% de dépassement sur les éditions précédentes
Et ce n'est qu'un début, peut-on craindre. Le budget, réévalué tous les ans jusqu’à la compétition, évoluera encore certainement. La prochaine révision est prévue un peu avant le printemps 2026 et l’État français a d'ores et déjà appelé à la confection d’un budget « fiable et sincère »… mais est-ce seulement possible ?
Avancer le chiffre de 2 milliards d’euros semble en effet peu réaliste. Au XXIème siècle, jamais l’organisation de JO d’hiver n’a coûté si peu. En 2002, à Salt Lake City aux États-Unis, la facture finale s'élevait à 2,7 milliards de dollars, soit environ 2,3 milliards d’euros. Et cette édition reste le seul exemple encourageant au regard de la suite. Turin 2006 en Italie : 4,7 milliards de dollars. Vancouver 2010 au Canada : 3,2 milliards de dollars. Sochi 2014 en Russie : près de 30 milliards de dollars. Pyeongchang 2018 en Corée du Sud : 3,4 milliards de dollars. Quant à Pékin en 2022, en Chine : 8,7 milliards de dollars. Des chiffres fiables, provenant d’une étude de la Saïd School of Business de l’université d’Oxford publiée en 2024. Au-delà du montant brut, tous les exemples cités sans exception dépassent le budget prévu initialement. De + 14% pour Pyeongchang… à + 508% pour Sochi.
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