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Bassa Mawem
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Escalade : comment Bassa Mawem, blessé à Tokyo, est revenu en force sur la scène à 38 ans

  • 23 octobre 2023
  • 7 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

En septembre dernier, l’ainé des frères Mawem décrochait son ticket pour Paris 2024 : un sacré come-back pour un grimpeur qui avait dû déclarer forfait pour blessure en finale des Jeux de Tokyo, en 2021. Un échec qui l’avait laissé totalement désemparé : « J’ai abandonné mon frère « , s’est-il dit alors, pensant que «  si Mike n’avait pas fait médaille », c’était à cause de lui, « parce qu’il était seul ». Au point de vue moral, comme physique, rien n’était donc gagné, raconte-t-il dans une longue interview. 

C’est avec un pote de l’UNSS que Bassa Mawem découvre l’escalade, à 15 ans. « J’ai tout de suite accroché » se souvient le grimpeur. « À cette époque, j’avais la maladie de croissance qu’ont beaucoup de jeunes, Osgood Schlatter. Chez moi, ça s’est traduit par une boule de cartilage éclatée dans le genou. Les médecins me disaient qu’il fallait que j’arrête de courir, de rebondir. Bref que j’arrête le sport. Mais ce n’était possible pour moi. Quand je suis tombé sur l’escalade, j’ai trouvé une discipline qui permettait de me dépenser, de m’éclater, de m’entraîner, tout en ayant ce pseudo-handicap qui, pour la grimpe, n’en était pas un. Mon frère [Mickaël, de six ans son cadet, ndlr] m’a rejoint six mois après. Et à partir de ce moment-là, on s’est entraîné pour devenir les plus forts ».

Avant de se mettre à la vitesse, sa discipline de prédilection aujourd’hui, le grimpeur français a fait un tour par l’escalade de difficulté. « J’ai arrêté à la fin de ma première année en senior [vers 20 ans, ndlr], parce que les compets n’étaient pas hyper funs » raconte-t-il. « Tu faisais des bornes pour aller faire trois voies. Et puis ça ne me plaisait pas du tout. […] J’ai ensuite décidé de passer au bloc. Il y avait une bonne ambiance. J’ai fait partie du top 5 français, suis monté sur des podiums… Mais je n’étais pas au niveau pour rentrer en équipe de France. […] Et puis en 2010, les entraîneurs sont venus me proposer le projet vitesse. Ils voulaient monter une équipe pour que la France soit représentée sur les trois disciplines [bloc, difficulté, vitesse, ndlr] aux championnats du monde à Bercy en 2012. Et à cette époque-là, il n’y avait pas de vitesse en France. C’est comme ça que je me suis lancé ». 

Une très bonne décision puisque Bassa est devenu par la suite un habitué des podiums internationaux, décrochant notamment le titre de vice-champion du monde de vitesse à Innsbruck en 2018, année où il a remporté le classement général de la Coupe du monde (ce qu’il fera également en 2019). S’ajoutent à cela six titres de champion de France et une 8e place aux Jeux Olympiques de Tokyo. Sur cette compétition, en 2021, Bassa s’est blessé, une rupture totale du tendon inférieur du biceps qui aurait pu contraindre le grimpeur de 36 ans à se retirer du circuit international. Mais c’est mal le connaître, lui qui est plus du genre à « essayer de revenir de cette blessure de dingue pour terminer au plus haut ». Ce qu’il nous raconte en détails, depuis la Nouvelle-Calédonie, un lieu d’entraînement qu’il affectionne particulièrement.

Aux JO de Tokyo, en 2021, tu t’es blessé en pleine compétition. Il s’est passé quoi dans ta tête quand ça t’est arrivé ?

Beaucoup de choses. Sur ces JO, je pouvais clairement monter sur le podium. Il fallait que je gagne la vitesse [aux JO de Tokyo, l’épreuve était un combiné mêlant bloc, difficulté, vitesse, ndlr]. Et concrètement, si j’avais fait ce podium, je me serais posé la question sur le fait de continuer ou non ma carrière. Mais ça ne s’est pas du tout passé comme ça, puisque je me suis blessé sur la fin des qualifications. J’ai été extrêmement déçu, non pas parce que j’étais blessé et que je ne pouvais pas aller jusqu’au bout, mais parce qu’avec mon frère, on s’était dit que l’on allait finir cet compet’ ensemble. […] Alors quand je me suis blessé, j’ai tout de suite pensé : « J’ai abandonné mon frère ». Je pense que c’est à cause de cette blessure que Mike n’a pas fait la médaille. Parce qu’il était seul. Parce que si on avait été à deux, il aurait eu le petit truc en plus qui lui aurait permis de se transcender… de finir 1e en bloc et d’être champion olympique. 

Tu t’es dit que ta carrière était finie ?

En fait, je me suis laissé un jour de réflexion. Parce que depuis toujours, je me dis que je veux finir ma carrière au plus haut de mon niveau. Pas sur la descente comme beaucoup de sportifs. Car si je prends l’exemple de Nadal aujourd’hui, c’est quelqu’un qui a été au top sur une décennie, voire plus. Et là, on le voit s’éteindre au fur et à mesure. Même chose pour Federer. Je n’ai pas envie de terminer comme ça. Je veux décider d’arrêter, et de le faire au plus haut de mon niveau. Alors quand je me suis blessé à Tokyo, je me suis posé la question : « Est-ce que j’arrête ? ». Sauf que si j’avais arrêté à ce moment-là, j'aurais été contraint d’arrêter sur une blessure. J’ai alors décidé de tenter un truc de fou : essayer de revenir de cette blessure de dingue pour terminer au plus haut de ma carrière. Dès le lendemain, j’ai décidé de continuer. Je l’ai aussi fait pour mon frère, le haut-niveau, c’est avant tout un projet commun. Mais aussi pour Paris 2024. Les JO en France, ça arrive une fois par siècle. C’est un évènement historique pour tout le monde, pour la France, le sport et nous. Alors ça valait le coup de continuer. Très rapidement, j’ai pris la décision de tenter cette qualification pour Paris, puis de viser cette médaille olympique pour terminer au plus haut de mon niveau.

Après cette décision, tu as passé de longs mois à retrouver ton niveau. Comment s’est passé ton retour à la compétition ? Sachant qu’en ton absence, les chronos internationaux ont énormément progressé...

J’ai arrêté en août 2021. C'était un arrêt total : je n’ai pas pu grimper jusqu’à mi-février 2022. […] J’ai ensuite repris doucement la grimpe et l’entraînement jusqu’à récupérer, en novembre 2022, mon niveau de Tokyo. Une première victoire. Et depuis que j’ai repris, je ne me suis pas arrêté jusqu’à cette qualification à Rome [compétition sur laquelle Bassa a décroché son ticket pour Paris 2024, en septembre, ndlr]. Car il fallait que je m’entraîne pour rattraper le niveau international. Ce que je n’ai pas encore réussi à faire. Car il est incroyable maintenant ! Ça se voit qu’avec les JO, toutes les nations se mettent sérieusement à la vitesse. Concrètement sur cette saison, pour passer les qualifications de Coupe du monde, il fallait être sous les 5’’30 [temps (en secondes) pour gravir le voie, ndlr]. Sachant qu’en 2019, il fallait faire entre 5’’70 et 5’’80, et que mon record était 5’’45. Aujourd’hui, on est vraiment dans un autre monde où mes meilleurs temps d’avant ne me suffisent même plus pour passer les qualifs.

Bassa Mawem qualification JO
(IFSC / Jan Virt)

Maintenant que tu as décroché ton ticket pour les JO, comment as-tu prévu de structurer ton entraînement jusqu’à Paris ? 

J’ai pris vingt jours de repos après Rome. Ce que je n’avais pas fait depuis mon retour à l’entraînement, en février 2022. Là, je suis en reprise en Nouvelle-Calédonie. Je me sens bien ici, j’ai moins de sollicitations, c’est plus simple pour s’entraîner. […] Ensuite je rentrerai en France début novembre où je vais commencer à m’entraîner dur, très dur. Et une fois que je serai très en forme, à la mi-janvier, je retournerai en Calédonie pour faire ma préparation finale, jusqu’au début mars. 

Ton frère, Mickaël, avec qui tu partages ton aventure dans le haut-niveau a été sacré champion du monde de bloc cet été. Tu as ressenti quoi à ce moment-là ?

Un gros soulagement. Beaucoup de personnes, hormis notre famille et notre communauté sur les réseaux sociaux, doutaient de lui. Car il faut savoir que mon frère est capable de faire 1er comme 50e. Mais on a toujours cru en notre projet, on s’est toujours entraînés pour atteindre nos objectifs. Avec Mike, on a le même état d’esprit, la même envie, les mêmes points forts. Mais on s’entraîne différemment parce que l’on ne fait pas les mêmes disciplines. […] On a toujours eu un projet commun. Celui d’être les plus forts au monde une fois dans notre vie. J’ai fait ce que j’avais à faire en 2018 et en 2019 [Bassa a remporté le classement général de la Coupe du monde de vitesse, ndlr]. Et lui, il fallait attendre qu’il fasse sa perf’. Maintenant, avec son titre de champion du monde, c’est fait ! C’est un gros soulagement pour lui aussi. Maintenant, on attend les JO. Quoiqu’il en soit, ça reste la cerise sur le gâteau, car on a fait ce que l’on voulait. Si l’on pouvait se retrouver aux JO tous les deux cette année, ce serait top !

Tu as prévu de mettre fin à ta carrière après les JO de Paris. Que comptes-tu faire après ? 

En dehors de l’escalade, je suis déjà très occupé. J’ai hâte d’avoir plus de temps pour pouvoir faire ces autres tâches en y mettant plus d’énergie. Parce que là, je passe quand-même 30 heures de ma semaine à m’entraîner. Mon projet sportif post-Paris 2024 va être de faire en sorte qu’un des jeunes que j’entraîne se qualifie pour Los Angeles 2028, et vive ce que j’ai vécu. Quand je suis arrivé en Nouvelle Calédonie, en 2017, il n’y avait pas d’équipe, pas de groupe compétition, pas de projection vers le haut niveau. Même si les moyens matériels étaient là, il n’y avait pas les moyens humains pour le faire. J’ai été embauché pour développer la structure d’escalade, faire en sorte qu’elle soit rentable, et que la Nouvelle Calédonie soit visible en métropole et dans le monde. Pour cela, j’ai monté un groupe d’entraînement, y ai formé des jeunes qui ont très vite été champions de France, dès 2018. […] Derrière cette réussite, j’ai continué de développer l’activité compétition. Et aujourd’hui, on a un pôle espoir. Je m’y suis engagé en tant qu’entraîneur jusqu’en 2028. 

Ensuite, en projet pro, le développement des salles d’escalade « Les Frères Mawem ». Avec mon frère, on aimerait avoir quatre salles, pour l’instant, on en a une [à Colmar, en Alsace, ndlr]. Notre sœur a également rejoint nos équipes, elle développe la structure avec nous. Et puis, avec mon frère et deux autres associés, on a un autre projet un peu secret. Je ne peux pas en dire beaucoup plus mais en gros on est sur la création d’un appareil dédié à l’escalade, qui permettrait de rendre l’escalade plus accessible à tous, vraiment à tous, les personnes obèses, en situation de handicap, même en fauteuil. L’idée, c’est d’apporter à ce public un outil pour grimper en autonomie dans n’importe quelle salle d’escalade. 

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