Le 23 juillet, les fédérations membres de World Climbing doivent se prononcer sur une éventuelle suspension de la fédération israélienne. Une décision réclamée par la Palestine Climbing Association et plusieurs collectifs, qui accusent notamment leur homologue israélienne d’intervenir sur des sites situés dans les territoires palestiniens occupés. Le 12 juillet, lors de la Coupe du monde de Chamonix, un groupe d’alpinistes anonymes a déployé un immense drapeau palestinien dans le massif du Mont-Blanc, en signe de solidarité avec la population de Gaza et pour réclamer cette suspension.
Dimanche 12 juillet, alors que les finales de la Coupe du monde d’escalade réunissaient près de 20 000 personnes dans le centre de Chamonix, un immense drapeau palestinien est apparu sur les aiguilles dominant la ville. Une toile de 30 mètres sur 18, soit 540 m², suspendue à environ 3 500 mètres d’altitude entre le Grand Charmoz et le Grépon. L’opération, menée par un groupe d’alpinistes restés anonymes, représentait à elle seule une prouesse logistique et sportive. Mais ses auteurs entendaient surtout interpeller World Climbing, nouveau nom de la Fédération internationale d’escalade sportive, ainsi que la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME).
« Sur ces montagnes qui illuminent nos vies, nous brandissons le drapeau palestinien, expliquaient-ils dans un communiqué. Avec l’espoir intarissable que les enfants de Gaza et de Cisjordanie pourront, un jour, comme nous : grandir, circuler, grimper, vivre. » Un geste de solidarité qui intervient à quelques jours d’un vote particulièrement attendu. Jeudi 23 juillet, les fédérations membres de World Climbing doivent se réunir en assemblée générale extraordinaire pour se prononcer, notamment, sur une éventuelle suspension de l’Israel Climbers Association (ILCA), fédération israélienne d’escalade. Une procédure engagée à la demande de la Palestine Climbing Association (PCA) et soutenue par plusieurs collectifs internationaux.

Une procédure engagée par la fédération palestinienne
La Palestine Climbing Association a officiellement rejoint la fédération internationale en 2024, devenant alors son 26e membre asiatique. Deux fédérations, israélienne et palestinienne, représentent donc aujourd’hui deux territoires dont les grimpeurs sont loin d’évoluer dans les mêmes conditions. La demande de suspension ne repose pas uniquement sur les opérations militaires menées par Israël à Gaza. Dans le dossier constitué contre l’ILCA, la fédération palestinienne et plusieurs collectifs internationaux mettent directement en cause les activités de leur homologue israélienne.
Ils l’accusent notamment de développer, répertorier ou promouvoir des sites d’escalade situés en Cisjordanie occupée et sur le plateau du Golan, territoire syrien occupé et annexé par Israël. Certains de ces secteurs auraient été équipés ou documentés auparavant par des grimpeurs palestiniens et internationaux, sans que leur travail ni la localisation palestinienne des falaises soient toujours reconnus dans les publications israéliennes. Ces accusations, sur lesquelles World Climbing ne s’est pas encore prononcée publiquement, sont au cœur de la procédure. La fédération palestinienne estime que les activités de l’ILCA dans les territoires occupés contreviennent aux statuts et aux principes de l’organisation internationale.
Des falaises auxquelles les Palestiniens ne peuvent pas toujours accéder
Les organisations réclamant la suspension de l’ILCA dénoncent également une profonde inégalité d’accès aux sites. En Cisjordanie, les déplacements des Palestiniens sont soumis aux postes de contrôle, aux fermetures de routes, aux restrictions militaires et à l’extension des colonies israéliennes.
Certains grimpeurs palestiniens peinent ainsi à rejoindre des falaises pourtant proches de chez eux, tandis que des pratiquants israéliens peuvent y accéder et les faire figurer dans leurs propres topos. Des athlètes palestiniens auraient également été bloqués ou longuement retenus alors qu’ils tentaient de quitter le territoire pour participer à des compétitions internationales. Aux yeux des organisations qui demandent la suspension de l’ILCA, cette situation contredit les principes d’égalité, de non-discrimination et d’équité défendus par World Climbing. Elles dénoncent également un traitement différent de celui réservé aux fédérations russe et biélorusse, suspendues après l’invasion de l’Ukraine.
Une pression grandissante sur les compétitions
Depuis plusieurs mois, la participation d’Israël aux compétitions internationales d’escalade est de plus en plus contestée. En mai dernier, la salle Le Camp de Base, à Bruxelles, a renoncé à accueillir une manche de la Coupe d’Europe jeunes de bloc, prévue les 30 et 31 mai, en raison de la présence annoncée de l’équipe israélienne. Ses responsables expliquaient ne pas vouloir exclure les athlètes en raison de leur nationalité, mais refusaient d’organiser une compétition comportant une représentation officielle d’Israël sans position claire de la fédération internationale. Ils avaient proposé que les grimpeurs israéliens puissent participer sans drapeau, hymne ni tenue nationale. Une solution que la fédération israélienne aurait refusée.
En Espagne, plus de 120 organisations avaient également demandé l’exclusion de la délégation israélienne lors de la Coupe du monde organisée à Alcobendas, fin mai. Une nouvelle mobilisation a accompagné les championnats d’Europe disputés en Catalogne les 18 et 19 juillet. À Chamonix, les actions ont pris une dimension particulièrement visible. Outre le drapeau déployé dans le massif du Mont-Blanc, des slogans comme « Free Palestine », « Israel out » et « Climbers stand for Palestine » ont été projetés au laser pendant les finales de difficulté. Une pétition demandant la suspension de l’ILCA avait recueilli plus de 1 250 signatures au moment de la publication du communiqué.
Que décidera exactement World Climbing ?
World Climbing confirme la tenue en juillet d’une assemblée générale extraordinaire consacrée, entre autres, au statut de certaines fédérations membres. La page officielle de la réunion ne cite toutefois ni Israël, ni la Russie, ni la Biélorussie, et le texte détaillé de la résolution concernant l’ILCA n’a pas été rendu public.
À deux jours du vote, ses modalités et ses conséquences restent encore floues : quelle majorité sera nécessaire ? Une éventuelle suspension serait-elle immédiate ? Concernerait-elle uniquement la fédération ou également ses athlètes ? Et ces derniers pourraient-ils continuer à participer aux compétitions sous bannière neutre, comme le demandent certaines organisations ? La FFME n’a pas davantage fait connaître la position qu’elle défendra lors du vote.
Le 23 juillet, World Climbing devra donc trancher. Une suspension de l’ILCA constituerait une première dans l’escalade internationale depuis le début de la guerre à Gaza et pourrait contraindre les athlètes israéliens à concourir sous bannière neutre. Un rejet laisserait, lui, entière une contestation qui perturbe déjà l’organisation de certaines compétitions.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










