En octobre dernier, Alex Honnold, grimpeur rendu mondialement célèbre par son ascension d’El Capitan en free-solo, annonçait sur Instagram la naissance prochaine de son premier enfant. Arrivera-t-il à concilier prise de risque extrême et vie de famille ? Incitera-t-il son enfant à pratiquer l’escalade, voire même le free-solo ? Autant de questionnements abordés lors d’une longue interview.
Dans le milieu de l'escalade, la naissance de la fille d’Alex Honnold et de Sanni McCandless, c’est l'équivalent de la venue au monde du royal baby. Mais, aussi heureux qu’il puisse être, cet événement pourrait conduire Alex à revoir sa notion de prise de risque. Sachant qu’il est commun aux alpinistes et grimpeurs de haut niveau de réduire leurs comportements les plus extrêmes une fois devenus parents, abordera-t-il de la même façon ses projets dans les années à venir ?
Sans parler de faire de la moulinette dans du 6a pour le reste de ses jours, pourrait-il mettre au placard ses chaussons de free-solo ? Et qu’en sera-t-il de sa fille ? En général, lorsque les athlètes deviennent parents, leurs enfants suivent, sans grande surprise, leurs traces. Alors s’intéressera-t-elle au free-solo ? Qu’en penserait son père, meilleur soloiste du monde ? La soutiendrait-il ? Ou s'y opposerait-il fermement ?
Actuellement, quelles sont tes émotions et celle de ta compagne, Sanni ? Es-tu impatient de devenir père ?
J'ai toujours voulu fonder une famille. Je suis ravi de commencer ce nouveau voyage, même si, pour être honnête, je ne ressens pas grand-chose de particulier. C'est un peu surréaliste car ce n'est pas moi qui porte le bébé. Pour Sanni, pour le moment, il s'agit davantage de gérer le défi physique de la grossesse que de se délecter du plaisir de devenir mère. Nous sommes tous les deux impatients de vivre l’avenir qui se profile.
Tu as toujours su qu'un jour tu aurais des enfants ?
Oui, j’ai toujours voulu être père. J'ai eu des bonnes relations avec ma famille et mes grands-parents sans jamais douter que cela se poursuivrait à l'avenir. On verra bien comment ça se passe !
Est-ce que devenir père pourrait modifier ta relation au risque ?
Je suis tout à fait prêt à ce que cela réduise un peu ma prise de risque, mais je me dis aussi que cela pourrait n’avoir aucun impact. J'essaie, depuis toujours, de gérer et d'atténuer le risque autant que possible. Je ne me considère certainement pas comme une tête brûlée. Il est donc possible que cela ne change pas grand-chose. Mais je n'écarte pas l'idée d'avoir aussi envie de rester à la maison pour jouer avec mon enfant.
Penses-tu continuer à pratiquer le free-solo au niveau où tu l'as fait jusqu'à présent ? Ou pourrais-tu réduire ta pratique ?
Je n’en sais rien. Pour le moment, je n'ai pas de grands objectifs en matière de solo. Mais j'ai quelques idées en tête qui pourraient éventuellement se concrétiser. La plus grande différence, je pense, sera liée à la façon dont j’occuperai mon temps. Avoir un enfant en bas âge semble plus propice à de courtes périodes d'entraînement intense, ce qui se prête bien au bloc et aux voies sportives. En général, lorsque je fais beaucoup de solo, je passe beaucoup de temps à l'extérieur, sur le rocher, ce qui peut s’avérer plus difficile si je m'occupe d'un enfant. Même si j’ai bien l’impression que l'enfant sera ma priorité, je suis ouvert à tout, nous verrons bien.
Comment vas-tu parler à ta fille du free solo ? Tu vas la décourager d'en faire ? Le lui interdire ? Ou bien, vas-tu l'y autoriser ? Est-ce que tu l'y initierait si elle décidait que c'était particulièrement important à ses yeux ?
Je ne suis pas trop inquiet car l’idée qu'elle fasse du free-solo me semble si lointaine. Dans l'immédiat ce qui nous préoccupe le plus, c’est qu'elle naisse en bonne santé. Nous verrons si elle aime l'escalade. Mais si elle se lance dans ce sport, je suis certain qu'elle appréciera fortement l'éventail des risques, de la randonnée aux crapahutages de rocher en rocher, en passant par le free solo. Lors de mes jours de repos, je fais des randonnées qui se terminent par de l’escalade très facile. Elle grandira en grimpant sur des rochers, c’est certain. Mais que cela se transforme ou non en solo sera une question bien plus importante. Tant que ce sera pratiqué avec toutes les précautions qui s'imposent par une adulte mature, je ne m'y opposerai pas.
Imaginons que ta fille, dans quelques années, décide de grimper « Freerider » en solo, comme tu as pu le faire. Qu'en penserais-tu?
Eh bien, je pense que je serais plutôt inquiet. Même si j’aurais de bons conseils à lui apporter. Cependant, cela semble très peu probable. Espérons que nous n'aurons jamais à vivre cela. D'un autre côté, c'est seulement 7c/+. Pour la prochaine génération, ce sera vraiment facile...
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