À l’annonce de la découverte d'un gisement de lithium aux abords du toit du monde, versant tibétain, la question de l'avenir de l'Everest est sur toutes les lèvres. Car si ce minerai, l'un des plus convoités actuellement, est indispensable aussi bien aux batteries des voitures électriques qu’aux téléphones, ordinateurs et autres appareils digitaux, cet "or blanc" est généralement synonyme de désastre environnemental.
Un million de tonnes d’oxyde de lithium pourrait être contenu dans une zone située non loin du sommet de l’Everest et du Cho Oyu, à 3 km du mont Qiongjiagang, au nord de l’Himalaya, à 5 000 mètres d’altitude, sur le plateau tibétain, selon le groupe de scientifiques de l’Institut de géologie et de géophysique de l’Académie chinoise des sciences (CAS) qui y a effectué des recherches l’été dernier. Un gisement particulièrement intéressant, en raison de la forte teneur en oxyde de lithium relevée par les Chinois. Ce qui justifierait largement les coûts d’extraction, de traitement et de valorisation. Sur place, on trouverait quatre strates pour une longueur totale de 1 000 mètres de lithium "facile à extraire", précise Qin Kezhang, le chef de l’équipe de recherche, à un média local. De plus, il serait facilement accessible tout en étant éloigné du coeur de la réserve naturelle du Qomolangma, le nom tibétain de l'Everest, s'est empressé d'expliquer Pékin. Des faits qui ne rassurent personne...

À l’heure où l'industrie, notamment celle de l'automobile électrique, a besoin de nouvelles ressources pour une demande qui ne cesse de croître, certains voient cette découverte comme une formidable opportunité. Rappelons que le lithium, indispensable à la transition écologique, est considéré comme le nouveau pétrole, en démontrent ses cours, qui ont bondi de 400% l’an dernier. "Sur le marché chinois, le prix au comptant grimpe aujourd'hui à plus de 300 000 dollars la tonne, soit quatre fois plus que l'an dernier, boosté par la demande qui n'est pas prête de diminuer" précise France Culture. Véritable manne financière, la demande mondiale de lithium pourrait même exploser de 4 000% d’ici 2040 selon l’Agence internationale de l’énergie.
Un marché dans lequel l’Empire du Milieu - leader dans la production de batteries, grandes consommatrices de lithium - joue un rôle clef en tant que troisième plus grand raffineur au monde de ce rare minerai. « La Chine a beau en être le plus gros transformateur mondial […] plus de trois quarts de ses approvisionnements dépendent des importations », notamment d'Australie et d'Amérique latine, rappelle en effet le South China Morning Post. Aussi si le potentiel minier de gisement himalayen se confirme, la Chine pourrait renforcer sa domination, avec un contrôle sur l’ensemble de la chaîne de production de batteries.

Indispensable à la transition écologique, notamment dans le domaine des transports, l’extraction du lithium souligne le paradoxe de l'énergie verte. En témoigne la situation en Amérique du Sud - notamment au Chili, en Argentine et en Bolivie - où l'on retrouve du lithium sous le lit de lacs salés, les salars. Exploitées à ciel ouvert, ces mines menacent aujourd'hui les écosystèmes et l’accessibilité à l’eau pour les populations locales.

Dans notre cas himalayen, le lithium est situé dans des roches dites pegmatites, nécessitant une extraction par lixiviation, c’est-à-dire par pulvérisation d’un produit suivi de lavage et de percolation. Qu’importe la technique d’extraction employée, ses conséquences sont désastreuses, explique Eco Jungle, site indépendant spécialisé dans les recherches sur l'environnement. Parmi les conséquences : augmentation du dioxyde de carbone, problèmes respiratoires, contamination des eaux de surface, création de pluies toxiques.
Qualifiée par les géologues locaux de "découverte capitale", le projet en est seulement à la première des quatre étapes prévues avant le lancement de l’extraction. La présence de ce gisement aux alentours de l’Everest doit être confirmée par d’autres études de sol mais on peut déjà s’en inquiéter. On se souvient en effet qu'en Serbie, seule une mobilisation générale avait contraint le gouvernement serbe à abandonner un projet similaire mettant en péril le Rio Tinto. Un projet européen, où les citoyens ont eu leur mot à dire. Dans le cas du projet chinois, situé de surcroît dans une zone très sensible pour Pékin, les défenseurs de l'environnement risquent d'avoir beaucoup de mal à se faire entendre. Dès lors le pire serait à craindre pour la population de la région de l'Everest, dont les ressources hydriques sont déjà menacées par le réchauffement climatique.
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