Seuls 2,4 millions de tonnes de plastiques étaient recyclés en 2021 sur les 51 millions générés par les ménages américains ! Dans une enquête publiée hier, Greenpeace US dénonçait le mythe du recyclage. La conclusion d’une enquête corroborant les recherches de la Française Flore Berlingen, apôtre du « Zéro déchet ». En 2020, la directrice de l’association Zero Waste France publiait en effet les conclusions de son enquête sur l’illusion du « 100% recyclable », un argument faussé devenu moteur de surconsommation, qu’elle démontait, point par point, dans « Recyclage, le grand enfumage ». Une démonstration très détaillée qui, en 128 pages à peine, dévoilait les dessous de cette industrie mensongère. A lire ou à relire avant de s'attaquer pour de bon à une approche "zéro déchets".
Recycler à l’infini, la solution contre la pollution ? Impossible. Pour Flore Berlingen - experte en développement durable et auteure notamment du très remarqué "Zero waste. Zéro déchet, zéro gaspillage" - le virage qu’ont pris les politiques de communication autour du tri des déchets ne nous mène qu’à une chose : foncer dans le mur. À travers « Recyclage, le grand enfumage », paru en juin 2020 aux éditions Rue de l’échiquier, l’auteure déconstruit le mythe de cette pratique - parfois frauduleuse - qui ne réduit pas autant qu’on le croit la pollution de l’environnement. Synthétique, pédagogique et rapide à lire, cette enquête riche en documentation ne laissera aucun néophyte sur le carreau.
« L’ère du jetable », comme le dit Flore Berlingen, est trompeuse. Assommés à coup d’arguments positivistes imprimés en masse sur les étiquettes de tous les produits, emballages, bouteilles, vêtements ... , nous nous détournons du réel problème : la surproduction, et de pair, la surconsommation.

Le plastique, meilleur ennemi ?
À qui la faute - ou plutôt, à quoi ? « Au déploiement d’une innovation révolutionnaire de l’industrie chimique : le plastique », écrit l’auteure, dont la production a explosé depuis 1950, passant d’1 million à 359 millions de tonnes en 2018. Dès les années 1990, le tri et le recyclage apparaissent comme la « la clé du casse-tête de la gestion des déchets ». Mais si le concept apparaît comme séduisant à ce moment-là, la réalité est toute autre.
L'enquête de Flore Berlingen est un cri d’alerte contre « l’utilisation trompeuse du terme ‘‘recyclable’’ », loin d’être appliquable aussi facilement que le laissent sous-entendre les slogans aux trois flèches vertes. Bien trop souvent, le sigle « recyclable » est indiqué sur les produits avant même que les filières de recyclage ne soient opérationnelles. L’auteure utilise l’exemple percutant de Starbucks : lorsque la marque « s’autocongratule d’avoir conçu un nouveau couvercle de gobelet en plastique ‘‘recyclable’’ muni d’un bec et destiné à remplacer le milliard de pailles utilisées chaque année, il oublie de préciser que le couvercle ne passera probablement pas l’étape du centre de tri dans la plupart des pays dans lesquels l’enseigne est présente, à commencer par la France ».
Greenwashing pas si clean
S'appuyant sur de nombreux autres exemples concrets, Flore Berlingen dévoile les entourloupes du secteur du recyclage, au profit d’une production et d’une consommation toujours plus importante. Notamment en cause, les conflits d’intérêts au sein des filières REP - un système de Responsabilité Élargie des Producteurs - sensées oeuvrer pour alléger les charges des collectivités locales, responsables de la gestion des déchets.
Les dispositifs de communication sont également dans la ligne de mire de cet ouvrage. En mobilisant le motif du recyclage, les stratégies marketing misent sur le « greewashing », un argument qui déculpabilise le consommateur. L’auteure s’appuie notamment sur les travaux des chercheurs Monic Sun et Rémi Trudel, qui démontrent que la connotation positive du recyclage incite à surconsommer.
Flore Berlingen tente donc d’éclairer les lecteurs sur la réalité du secteur du recyclage, sans pour autant basculer dans un pessimisme incurable. Elle consacre la dernière partie de son livre à la présentation de plusieurs hypothèses pour mieux recycler : bannir les emballages à usage unique, réduire les déchets en commençant par leur source - la production - ou encore valoriser la vente en vrac, les systèmes de consignes locaux, les ateliers de réparation. Une théorie qu’elle résume en une phrase : « Less is more - ou produisons moins de déchets pour plus de résultats - ce principe devrait être appliqué d’urgence en matière de recyclage ! »

Recyclage, le grand enfumage - Comment l'économie circulaire est devenue l'alibi du jetable.
Flore Berlingen - Éditions Rue de l'échiquier, 128 pages.
13€
Article publié le 23 juillet 2020, mis à jour le 25 octobre 2022
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