En Italie, et plus largement dans le monde de l’escalade, la disparition de Cristian Brenna, hier, mardi 3 juin, laisse un vide immense. Ancien athlète de l'équipe nationale d'escalade italienne, multiple médaillé de la Coupe du monde, guide et secouriste en montagne, il était l’un des grimpeurs les plus talentueux et charismatiques de sa génération, l’esprit même de l’escalade. Lui qui excellait en escalade sportive comme en grande voie, et qui s’était illustré également en alpinisme, a fait une banale chute au cours d'une randonnée sur la crête du Monte Biaina, dans les Alpes italiennes.
C’est peu avant midi, hier, que Cristian Brenna, 54 ans, a chuté. Il se trouvait alors à 1 350 mètres d'altitude sur la Cresta del Monte Biaina, dans le Trentin. Parti randonner avec un ami, il a trébuché sur le sentier avant de glisser sur plusieurs mètres sur la pente boisée et de tomber sur les rochers en contrebas. L'alarme a immédiatement été donnée, mais l’équipe d'hélitreuillage n’a malheureusement pas pu le réanimer. Un accident terriblement banal pour un montagnard hors pair qui avait commencé l’escalade à l’âge de 15 ans. « Mon premier contact avec un rocher date de mai 1987 et depuis, je n'ai jamais cessé de grimper car c'est devenu ma vie », disait-il.
L'expérience de la compétition, décisive en falaise
De 1991 à 2005, l’Italien est une figure incontournable de l’escalade sportive, trois fois champion d'Italie, il détient l'une des plus longues carrières de tous les grimpeurs de compétition. Il est vainqueur d’une étape de Coupe du Monde à Courmayeur en 1998 et des Masters de Serre Chevalier en 1999.
En 2005, il avait arrêté la compétition : « J'ai réalisé qu'il était impossible de gagner une Coupe du monde parce que j'étais trop vieux », expliquait-il en 2013. « Pendant toutes ces années, j'ai été si proche de la victoire au classement général. J'ai toujours été très proche de gagner, mais je ne l'ai jamais fait [Il a souvent terminé deuxième ou troisième, perdant d'abord contre François Legrand, puis contre Yuji Hirayama, puis contre Alex Chabot]. Mais je savais que j'étais capable de gagner. Je pense que je n'ai jamais gagné à cause de l'aspect mental. Trop de stress. En finale, je n'ai jamais grimpé aussi bien qu'en demi-finale. (…). J'ai donc commencé à faire des projets de voies. J'ai finalement enchaîné un 9a avec Underground (5.14d) à Masone ».
Un succès en falaise qu’il devait notamment à son expérience de compétiteur, poursuivait-il : « la compétition m'a appris à être décisif. Prendre une décision et y aller. Choisissez la séquence et faites-la. C'est bénéfique pour l'escalade sportive, mais aussi pour la montagne. En montagne, il faut décider vite, et en compétition aussi. Mais, en plus d'être décisif, vous devez aussi être très flexible au cas où vous prendriez une mauvaise décision. Peut-être que vous voyez la route à suivre, mais lorsque vous y êtes, vous comprenez peut-être que vous avez pris la mauvaise décision, et que vous devez immédiatement vous tourner vers une nouvelle idée. Je dois être suffisamment ouvert d'esprit pour changer. Dans la vie, il existe de nombreuses situations où cette ouverture d'esprit est utile ».
Spécialiste de l’escalade à vue, il grimpait en 8b+. Niveau qu’il disait aussi devoir à son passé de compétiteur : « Pour participer à la Coupe du monde, il faut avoir beaucoup d'endurance et de puissance. Les voies en extérieur sont loin d'être aussi intenses que les voies en compétition qui imposent des repos sur de mauvaises prises. Donc, si vous êtes vraiment bons sur les repos, vous récupérez beaucoup de puissance. La compétition vous apprend aussi à grimper très vite et à bien lire la voie. Ce qui est utile en falaise, même si la lecture est parfois plus difficile ».
De l'escalade sportive aux grandes expéditions
L’univers de la compétition derrière lui, Cristian Brenna s’est également tourné vers l’alpinisme et les grandes expéditions. En février 2008, on le voit notamment ouvrir avec Hervé Barmasse la face nord-ouest du Cerro Piergiorgio via la voie La Ruta del Hermano (950 m, 6b+/A3). Du grand alpinisme. Ses expéditions le conduiront également sur le Chogolisa (Karakorum), le Cerro Piergiorgio, en Patagonie, et le glacier Jangpar dans la vallée de Miyar, en Inde, où il a ouvert une voie avec Massimo Da Pozzo, la baptisant Fiamme Gialle en l'honneur du héros national italien.
Devenu guide de montagne et sauveteur SAGF, Brenna était revenu dans le monde de la compétition en tant que technicien des équipes nationales de la FASI. Parmi ses « élèves », sa fille Sofia, athlète de l'équipe nationale des moins de 17 ans et nouvelle championne d'Italie dans sa catégorie.
En hommage à ce grand grimpeur, aimé et apprécié de tous, la Fédération italienne d'escalade sportive a demandé qu’une minute de silence soit observée avant tous les événements d'escalade sportive qui auront lieu ce week-end.
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