Auteur de la "meilleure ascension de l'Everest en termes de style et d'aventure !" selon Reinhold Messner, Ed Webster a dompté, en 1988, la face Kangshung, un nouvel itinéraire menant au toit du monde. Les alpinistes s’en souviendront bien sûr pour cet exploit, les grimpeurs pour sa première ascension de "Supercrack of the Desert", une fissure interminable sillonnant la falaise d’Indian Creek, dans l’Utah. Avide d’aventure sur les voies les plus dures du monde, aux Etats-Unis comme en Himalaya, l’Américain, anthropologue de formation, est décédé subitement fin novembre, à 66 ans. Il laisse derrière lui d'innombrables premières et un film étonnant relatant son incroyable ascension dans le désert de Moab en 1976. Un document rare.
1988. Ed Webster marque définitivement les esprits avec une aventure à l’opposé des déserts américains qui l'ont vu grandir : en Himalaya. Il s'attaque à la première ascension de la face Kangshung, un nouvel itinéraire arrivant au sommet du mont Everest, aux côtés de l'Américain Robert Anderson, du Canadien Paul Teare et du Britannique Stephen Venables. Le tout sans oxygène, sans sherpa ni radio mais aussi sans nourriture pendant quatre jours. La "meilleure ascension de l'Everest en termes de style et d'aventure !", commentera Reinhold Messner, 1er homme à avoir enchaîné les 14x8000.

Un exploit qui ne fut pas sans conséquences pour Ed. Quelques heures avant le sommet, il a enlevé ses sur-gants par des températures de -40 degrés afin de photographier ce qu'il a par la suite qualifié "de lever de soleil parfait, du jamais vu !". Cela lui coûtera toutes les premières phalanges de sa main gauche et trois de sa main droite. Au final, l’alpiniste américain, victime d’hypoxie, n’a pas atteint le sommet. "Si je continuais, je savais que j'allais mourir. J'ai donc fait demi-tour et je suis descendu. C'était le jour le plus dangereux de ma vie" a-t-il souligné par la suite.
"Supercrack of the Desert", une voie qui le fait entrer dans l’histoire
Mais avant d’être un alpiniste chevronné, Ed Webster a commencé, comme de nombreux himalayistes de sa génération, par l’escalade, ouvrant sans cesse de nouvelles voies en Nouvelle-Angleterre, mais aussi dans le Parc National de Black Canyon of the Gunnison, en plein coeur du Colorado. Etudiant en anthropologie à l’université de Colorado Springs de 1974 à 1978, il a énormément grimpé dans l'Eldorado Canyon du Colorado, le Rocky Mountain National Park, à Moab (Utah) ou encore en Arizona (Sedona Spires, Granite Mountain). Tant de lieux emblématiques qui ont marqué l’histoire de l’escalade.
Début novembre 1976, lors de son premier voyage dans le désert, il a signé, aux côtés de Earl Wiggins et Bryan Becker, deux très forts grimpeurs locaux, la première ascension de "Luxury Liner", une fissure désormais emblématique située à Indian Creek, près de Moab dans l'Utah, connue aujourd'hui sous le nom "Supercrack of the Desert" (6c). Un projet d’ampleur, d’autant plus qu’à l’époque, les coinceurs à cames, systèmes de protection qui s’adapte à la largeur de la fissure, n'ont pas été encore inventés. Avec seulement des câblés, des coinceurs constitués d’une petite masse métallique de forme pyramidale qui reposent sur le principe de blocage par encastrement, et des écrous en guise de protection, les grimpeurs ont réalisé une véritable prouesse. De quoi repousser les limites de l’escalade en fissure et rentrer dans l’histoire.
Autre ascension marquante : la Castleton Tower, un édifice de 120 mètres au milieu du désert de Moab, dont Ed gravit pour la première fois en libre les faces ouest et nord, signant au passage les premières ascensions de Stardust Cowboy (6c+) et Black Sun (6a+) au début de années 80.
Outre ses performances en montagne, Ed Webster était passionné d’écriture. Son livre "Snow in the Kingdom : My Storm Years on Everest", un récit fascinant de l'ascension de la face Kangshung, est encore considéré comme le meilleur livre jamais écrit sur l' Everest. Il a d’ailleurs reçu le prix littéraire de l'American Alpine Club en 1990. Egalement photographe accompli, l’alpiniste américain a vu ses images publiées dans de nombreux magazines spécialisés, notamment Climbing, Rock & Ice, Rolling Stone. Ou encore dans le New York Times. Avec Ed Webster, s'est donc toute une mémoire de l'alpinisme qui s'est éteinte.
"Luxury Liner", le film pour mieux comprendre Ed Webster et son rôle dans l'ascension de "Supercrack of the Desert"
Réalisé par Chris Alstrin - et disponible exclusivement en anglais, malheureusement - ce film de 48 minutes revient, trente ans plus tard, sur la première ascension de "Supercrack of the Desert", images d'archives à la clé. L'occasion pour les protagonistes de retourner dans la voie qui les a fait entrer dans l'histoire, et à Ed Webster de reprendre goût à la grimpe en fissure, bien que ses expériences himalayennes lui aient coûté quelques phalanges... De quoi mesurer l’ampleur du projet.
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