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Chiru Divider

L’histoire du Chiru Divider est intimement liée à celle de son concepteur, Pierre-Arnaud Le Magnan, “premier arrivé” notamment de la French Divide 2017 avec ce vélo (d’où son nom) et qui compte sans aucun doute parmi les plus grands spécialistes des courses d’endurance extrême. Le résultat, c’est ce vélo atypique en titane, mi-gravel, mi-VTT, pensé pour le confort et la fiabilité pour emmener son cavalier au bout du monde. Atypique et sans limites…

Chiru, c’est avant tout le bébé d’un passionné, Pierre-Arnaud Le Magnan. Vivant en Asie, où il importe différentes marques françaises et européennes, il a aussi lancé sa propre marque orientée vers les épreuves longue distance, voire carrément ultra-distance. Au-delà de son team, dont on retrouve souvent les membres sur les podiums et dont quelques-uns comme Fred Gombert vous livrent régulièrement leurs récits de courses sur Vojo, Pierre-Arnaud est lui-même un très grand spécialiste des courses les plus folles.

L’an dernier, il a jeté son dévolu (notamment) sur la French Divide. Pour cela, il s’est lancé dans la conception de ce qui est pour lui le vélo idéal pour ce genre d’épreuve de plus de 2000km non-stop, où il faut emporter avec soi l’ensemble de son matériel, en mode bike-packing. Autant dire que le compromis entre performance/confort/fiabilité/résistance à la charge des bagages… n’est pas facile à trouver !

Au niveau du matériau, Pierre-Arnaud Le Magnan s’est très vite orienté vers le titane. Pour le confort, bien sûr. Le poids, aussi. Et enfin, pour la fiabilité. Au niveau de la forme des tubes, on voit de suite que le Chiru Divider n’a rien de conventionnel. Mais chaque courbe a une fonction. A l’avant, la courbure du tube supérieur vise à augmenter l’espace disponible à l’intérieur du triangle pour offrir un maximum de place pour la bagagerie et un porte-bidon.

A l’arrière, les haubans très fins rejoignent le tube de selle très bas, quasiment en son centre, pour augmenter la déformation et apporter un maximum de confort. Toujours dans cet esprit, la tige de selle est en diamètre 27,2mm. Le cadre dispose d’un dégagement très confortable et il peut accepter à peu près tous les types de roues et de pneus, qu’ils soient de route, VTT 29 pouces ou même 27,5 Plus. Ici, il est monté en 29″ avec des pneus de VTT à gros volume mais très faible résistance au roulement, les Continental Race King en 2.2.

La géométrie rappelle très fort celle d’un VTT, avec un tube supérieur assez long, une potence courte d’origine, des bases en 445mm de long et un angle de direction de 69° avec une fourche rigide ou suspendue en 100mm de débattement. Il est même possible de faire plus et de transformer le Chiru Divider en un VTT plus déluré en lui montant une fourche de 120, voire 130mm de débattement. Nous n’avons pas essayé cette configuration, mais Pierre-Arnaud nous assure que c’est possible aussi. Bref, si ce n’est pas la polyvalence à l’état pur, on s’en rapproche quand même assez fort.

Pour une fiabilité optimale sur les courses ultra, Pierre-Arnaud a opté pour une boîte de vitesses Pinion, logée au niveau du boîtier de pédalier. Elle impose un peu de souplesse au moment du passage des rapports, comme un moyeu Rohloff, mais elle se montre moins gourmande en énergie. Elle est couplée à une courroie Gates, sorte de cerise sur le gâteau qui rend tout entretien superflu. Pratique quand, après 15 à 20 heures passées sur le vélo, on s’arrête en n’ayant qu’une idée en tête : dormir ! Mais il n’y a pas que les grands malades comme “monsieur Chiru” à qui cela peut plaire, et on voit déjà dans le fond de la salle quelques gars qui détestent entretenir leur vélo et qui lèvent la main en signe d’intérêt.

Profitant de ses connexions en Asie, Pierre-Arnaud Le Magnan y fait fabriquer ses cadres en titane selon son design et son cahier des charges, chez un des spécialistes les plus réputés de la région. Ce dernier lui offre aussi une certaine flexibilité, puisque le vélo est disponible non seulement en montage avec boîte Pinion avec courroie Gates comme ici, mais auss en transmission classique. Mis à part les freins, le reste des accessoires provient de CEC, la marque d’équipements de Chiru. Le cintre et la tige de selle intègrent des fibres en Dyneema (blanches) qui offrent nettement plus de potentiel de déformation que du carbone classique. Là aussi, la dissipation des vibrations est au centre des préoccupations. Pierre-Arnaud dispose de plusieurs configurations qu’il alterne selon les circonstances (cintre plat avec ou sans prolongateurs, cintre façon “Jeff Jones”, cintre de route/gravel large, etc). Le vélo complet tel que testé ici est affiché à 5528€ et le cadre seul avec boîte Pinion et courroie est à 3374€.

Sur le terrain

Au guidon du Chiru Divider, on retrouve d’emblée des repères très VTT. Le guidon, justement, est un modèle plat auquel nous sommes habitués, et cela joue évidemment beaucoup. On est aussi plutôt redressé et la position est très confortable. Il est fait pour pédaler longtemps, et cela se sent. Démarrage, accélération : wow, il n’a rien d’un gros diesel ! Le cadre est rigide au niveau du boîtier, mais le titane apporte une belle élasticité, synonyme de réactivité. Les roues CEC en carbone sont très légères, et cela se sent aussi.

Très vite, on atteint des vitesse de l’ordre de 35-40km/h sur les grands chemins, sans trop forcer. Et on garde très facilement la vitesse. On s’imagine bien avec les bras sur un prolongateur, façon “triathlon des bois”. Il est d’autant plus facile de rouler vite que le cadre filtre vraiment bien les vibrations et prend soin du pilote. On peut se concentrer sur son pédalage et éviter toute fatigue inutile. La tige de selle prolonge bien cette philosophie en finissant de dissiper ce que le cadre a laissé comme tremblements parasites. Vraiment, on sent que le concepteur de ce vélo sait de quoi il parle.

De façon assez surprenante, la boîte Pinion se montre beaucoup plus fluide que ce à quoi nous nous attendions. Elle ne semble pas manger plus de Watts qu’une transmission classique. Le silence de fonctionnement de l’ensemble est aussi très reposant et agréable si on s’imagine rouler des heures et des heures d’affilée. Au changement de vitesses, on retrouve le gros défaut de ce type de transmission, qui impose de relâcher un bref instant la pression sur les pédales. Inacceptable en XC racing, mais dans le cadre du programme “endurance” du Chiru Divider, on s’en accommode sans aucun mal.

Il est temps de quitter les grands chemins pour voir ce qu’il vaut dans un usage plus VTT. Sur de beaux singles sans trop de pente mais qui tournicotent dans tous les sens, le Divider est très agréable. Il invite à un pilotage plus fluide que nerveux, mais il ne manque pas de réactivité. Aucun souci non plus pour le faire sauter au-dessus des obstacles. On imagine que, chargé de bagages, ce n’est pas la même histoire, mais “à vide”, ça passe sans souci.

Quand on se lance sur des sentiers utilisés par les gars du coin en enduro, il montre fort logiquement ses limites. L’angle de direction de 69° met en confiance, mais l’absence de fourche suspendue met à mal l’équilibre quand ça tabasse. Mais même avec une fourche, pas sûr que ça lui permette de rivaliser avec les meilleurs hardtails XC ou avec un endurigide car la géométrie resterait, il nous semble, trop proche de celle d’un vélo d’endurance, et marquerait le pas par rapport aux purs VTT les plus tournés vers le plaisir de pilotage en descente (on pense notamment à des hardtails typés endurigide comme un Production Privée par exemple… mais qui par contre n’a évidemment pas les mêmes capacités de rouleur que le Chiru).

Où le Divider nous a surpris, c’est dans les ascensions techniques, où l’accroche est excellente (merci les bases relativement longues et le cadre avec un flex bien dosé). On se fraie facilement un chemin dans les cailloux, l’avant reste bien plaqué au sol et il repousse loin le moment où on doit mettre pied à terre.

Verdict

Très typé VTT, le Chiru Divider est un authentique baroudeur. Capable de rouler très vite sur route et sur les chemins sans difficulté, il épate par son confort royal qui, sur les petits chocs, se rapproche de celui d’un full suspendu de XC… alors que c’est un tout-rigide. S’il n’a pas grand-chose à voir avec un vélo de route, il permet d’y rouler à très bon rythme pour avaler les kilomètres presque sans s’en apercevoir, comme d’ailleurs sur les larges chemins où l’asphalte est absent. Pas ridicule quand ça devient technique, c’est un vélo pour découvrir le monde, aux mains d’un biker à l’esprit ouvert.