Dans le film « Nothing's For Free : The History of Freeride Mountain Biking » (L'histoire du VTT freeride), sorti en 2023, l’une des séquences les plus émouvantes raconte l'improbable retour de l'Allemand Tarek Rasouli, rider pro de BMX et VTT. L'un des pionniers du freeride au milieu des années 90, Tarek a subi une lourde chute à Whistler, au Canada, en 2002, qui l'a laissé paralysé à partir de la taille et condamné au fauteuil roulant. Plus de vingt ans plus tard, il renoue avec sa passion grâce au Bowhead, un ebike manuel révolutionnaire.
Cette blessure n'a pas entamé sa passion pour le sport. Dans les décennies qui ont suivi, il est devenu l'une des figures les plus influentes de l'industrie du VTT. Le rider a continué à se faire un nom, d'abord en tant que journaliste et juge de compétition, puis en tant qu’organisateur d'événements et manager d'athlètes. Il a également acheté un vélo à main et a commencé à rouler sur route. Aujourd'hui, Tarek gère le Red Bull District Ride, l'une des plus grandes compétitions de Slopestyle, et pédale au quotidien sur son vélo à main depuis son domicile à Munich. Il a été intronisé au Mountain Biking’s Hall of Fame en 2022.
Mais 22 ans après l'accident, le retour de Tarek se poursuit. Fin février, il a fait du VTT pour la première fois depuis son accident, lors du Sea Otter Classic, festival cycliste californien, à bord d'un vélo à main électrique adapté, le Bowhead RX Adventure. Contacté pour en savoir plus, il ne nous a pas caché qu’avant la course, il avait des papillons dans le ventre. « J'étais très nerveux au début, mais aussi très excité, parce que je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre », nous a-t-il raconté.
"C'est la liberté, la pure liberté !"
Tarek s'est inscrit à la course de gravel de 50 miles. La nuit précédente, il a fait une première sortie sur des pistes poussiéreuses de VTT, près du circuit automobile de Laguna Seca. A ses côtés, d'autres icônes du VTT freeride, comme Richey Schley, Hans Rey et Wade Simmons. Il a enchainé les singletracks et dévalé les pistes rocailleuses en s'amusant comme un dingue. Pendant ce ride, Tarek raconte qu’il a eu une illumination. Il voyait clairement sa vie prendre un nouveau chemin grâce à ce nouveau vélo électrique.
« C’est un nouveau chapitre de ma vie qui s’ouvre », dit-il. « Parce que c'est la liberté, la pure liberté ! Je suis libre de rouler avec d'autres gens qui veulent aussi s'amuser sur un vélo. Fini les compromis. Ils n'ont plus à m'attendre ». Cette sortie a marqué l'une des nombreuses étapes de la carrrière de Tarek Rasouli. Il nous raconté que peu de temps après sa blessure, la seule vue d'un vélo lui était douloureuse, et il avait encore plus de mal à s’imaginer rider à nouveau. Certes sa guérison progressait et il recommençait à travailler dans l'industrie du VTT, mais il n'envisageait absolument pas de se mettre au vélo à main.
« Je n'étais pas très chaud. Je n'étais pas très ouvert à cette idée. Je me disais : ‘C'est quoi ça ? Ce n'est même pas un vélo, il a trois roues’. J'avais l'habitude de rouler sur les terrains les plus extrêmes et de sauter du haut de falaises, et maintenant je vais rouler sur ce truc ? » Mais il a fini par en essayer un, puis il s’en est équipé, et le vélo à main est devenu partie intégrante de sa vie. Aujourd'hui, il fait régulièrement des sorties de quatre heures sur les pistes cyclables au sud de Munich. Le passage à un vélo à assistance électrique n'est qu'une nouvelle étape dans son parcours.
Au cours de la dernière décennie, l'assistance électrique s'est progressivement imposée dans l'industrie du cycle et a donné naissance à des dizaines de modèles innovants qui ont révolutionner la pratique.
"C'est beaucoup plus exigeant"
Mais pour les athlètes handicapés, l'assistance au pédalage change plus encore la donne en leur permettant de se rendre à nouveau sur les singles, explique Tarek Rasouli. Les vélos tout-terrain adaptés existent depuis des années – on connait déjà les modèles à bras, couchés ou à genoux et d'autres conçus pour répondre aux besoins spécifiques des différents handicaps - mais en VTT, les pentes raides sont un vrai obstacle qui obligent les riders à ralentir, bien plus que sur un VTT traditionnel. « Or, les moteurs électriques permettent de suivre la cadence », insiste Tarek Rasouli. Mais ce n'est pas facile. Après chaque sortie, le rider dit que ses muscles abdominaux et sa poitrine sont endoloris par les chocs. « Je suis assis bien droit et j'utilise beaucoup plus mes muscles abdominaux que les autres riders, c’est beaucoup plus exigeant », explique-t-il. « Sur un vélo à main traditionnel, on n'utilise que la poitrine, les épaules et les lombaires. »
L'ivresse de la vitesse : "je me sentais tellement bien "
Sur la Sea Otter Classic, Tarek a démarré à l'arrière du peloton, puis il a trouvé son rythme de croisière sur le premier des trois tours de 18 miles. En course, il a été agréablement surpris par son vélo notament par sa conduite dans les virages serrés. Mais il trouvé ses limites dans la montée la plus raide, où une amie a dû le pousser. Lui comme la plupart des concurrents, précise-t-il. L'autonomie est aussi un autre problème. À mi-parcours, il a oublié de changer de batterie et a dû attendre qu’on lui en livre une autre.
Après la prise en main du vélo, Tarek s'est senti assez en confiance pour attaquer l'une des descentes. Et là, c’est tout l'excitation de la vitesse qu’il lui est revenue alors qu'il franchissait à toute allure virages relevés et passages techniques. « À un moment donné, j'ai atteint les 74 km/h ! Je me suis contenté d'incliner mon vélo et de descendre aussi vite que possible », se souvient-il . « Je me sentais tellement bien ! »
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










